Max Goemaere Chloé JazzySnake

Chloé, Max, et leurs histoires de fûts ...

Pour cette deuxième interview croisée, j’ai choisi de m’intéresser à deux batteurs qui ont fait de leur passion un métier. J’ai rencontré Max Goemaere il y a quelques années lorsque je poussais pour la première fois les portes de la Drumlive Academy, son école de batterie dans le Nord de la France. Et il y a quelques mois je découvrais Jades, un groupe de Rock 100% féminin de la région parisienne, doté d’une batteuse à chapeau qui ne me laissa point indifférente : Chloé « JazzySnake » Jalquin.

Entre humour et réflexion, rencontre avec deux musiciens d’exception …

Pour commencer, je vous laisse vous présenter et nous expliquer votre parcours.

Chloé : Je viens d’une famille de musiciens et très jeune j’ai eu envie de jouer d’un instrument. Ma maman m’a d’abord appris un peu le violon et puis je crois que la batterie m’est venue parce que c’est un instrument assez éclectique, on peut jouer de tout. Au début, j’ai pris des cours de percussion classique, puis j’ai fait du jazz, puis les deux en même temps. C’était difficile d’assurer les deux à haut niveau, alors j’ai dû faire un choix. Je me suis orientée vers la batterie qui me paraissait plus sympa pour accompagner d’autres musiciens, je ne me voyais pas derrière un orchestre à attendre des mesures et des mesures pour jouer. Mes premiers cours de batterie, c’était dans les magasins Milonga, avec un jeune prof qui m’a beaucoup appris, puis plus tard je suis allée au CRD (Conservatoire à Rayonnement Départemental) où j’ai passé mon Diplôme d’Etudes Musicales… Et jusqu’à l’année dernière j’étais au CMDL, c’est l’école de Didier Lockwood, un grand violoniste de jazz. Finalement, je me suis mise assez tard à tout ce qui est rock et musiques actuelles.

Aujourd’hui, je donne des cours de batterie et d’éveil musical, et j’interviens également dans les écoles primaires et élémentaires. Niveau groupes, on va dire que j’ai deux projets principaux. Une formation jazz qui s’appelle Up Trio, et un groupe de rock’n’roll qui s’appelle Jades. Je joue aussi dans un groupe de jazz manouche engagé dans la culture bio (oui, ça existe !) qui se produit plutôt dans les Estivales, dans des endroits un peu étranges, et dans une fanfare de filles. Ensuite, j’ai un groupe orienté pop, avec une chanteuse qui s’appelle Kat Galie. C’est assez libre entre le jazz, le rock et la pop, ça me correspond bien.

Max : Tu arrives bien à gérer tout ça niveau planning ?

Chloé : En ce moment oui ! En temps normal, il y a des week-ends où c’est chargé. Quand tu as deux concerts le même jour ou le même soir, il faut de l’organisation. Pour les concerts, en général, je privilégie plutôt Jades parce que nous n’avons pas vraiment de remplaçant, ce sont nos compos, alors qu’en jazz, si ce sont des standards, je peux demander à quelqu’un pour me remplacer. Ce sont des choix, ça dépend vraiment de la situation : qui m’a appelée en premier, si c’est vraiment important …

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Jades - Photo : Faallaway
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Up Trio

Max : Je m’appelle Max Goemaere, j’ai 33 ans. J’ai débuté la musique il y a 25 ans, au conservatoire, dans une classe de percussions. J’ai détesté ça pendant longtemps parce que ce que je voulais moi, c’était FRAPPER, faire du bruit. Avec le recul je suis content d’avoir fait des percussions, ça a développé mon oreille et aujourd’hui dès que j’entends une musique que je n’ai jamais écoutée, je peux improviser dessus. J’ai fait partie d’un orchestre où on était quatre-vingt musiciens. On jouait du classique, des musiques de film et des choses un peu plus modernes. C’était une super expérience mais je me suis fait virer du conservatoire quand j’avais 16-17 ans parce que je frappais trop fort sur la batterie… Je ne rentrais pas assez dans le cadre, je pense ! Du coup, j’ai décidé de continuer à apprendre la batterie tout seul. A cette époque il n’y avait pas YouTube, juste Emule ou KaZaa. Quand tu téléchargeais une vidéo de batterie, une fois sur deux tu avais un film de boules à la place. Donc j’ai appris en jouant sur des disques, à l’ancienne.

Mon premier groupe s’appelait Slaughtered, un mix entre Pantera et Gojira, puis j’ai eu mon premier groupe pro, Nightshade, en 2007 il me semble, du deathcore. On a ouvert plusieurs fois pour Dagoba et on a joué dans pas mal de festivals. Ensuite, j’ai joué avec Dunkelnacht, un groupe de metal extrême. On a enregistré un album et un cinq titres, on a fait beaucoup de concerts, des tournées partout en Europe, c’était encore un peu plus pro avec des effets sur scène… Et puis j’en ai eu un peu marre du metal extrême, et de leur côté ils avaient d’autres aspirations. J’écoute du metal, mais je prends autant de plaisir à écouter un album d’Alain Caron, du Beyonce, ou de la musique electro. Le problème du metal extrême c’est que c’est très demandant, il faut jouer tous les jours pour entretenir l’endurance, la puissance, la vitesse… Je n’avais pas le temps de jouer autre chose et ça commençait à me griser. Après une grosse année sans groupe où je me suis concentré sur mon école de batterie Tama, la Drumlive Academy (qui a fêté ses 10 ans cette année), j’ai commencé à reprendre quelques projets, faire des remplacements. Et depuis environ trois ans je suis avec Death Structure, un groupe de metal mais beaucoup moins extrême. La batterie de leur EP a été enregistrée par Romain Goulon, il a fait des parties très compliquées que j’ai mis environ quatre mois à me réapproprier. C’est moins rapide et moins dur physiquement que mon précédent projet mais mentalement, c’est une autre difficulté. 

J’ai fait aussi quelques team building. J’intervenais en entreprise et j’appliquais les préceptes de la musique au monde professionnel : l’écoute, l’entraide, le fait de travailler dur, d’utiliser les qualités de l’un ou de l’autre, … Tout ce qui peut faire de nous un bon musicien, j’ai appliqué ça au monde de l’entreprise. 

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Death Structure
Death Structure - Photo : Christophe Leroy

Parle-nous un peu de ton matos.

Max : Je joue sur une batterie Tama Starclassic en bouleau et noyer. J’ai une caisse claire Tama SLP en 14×8, bien profonde, et une double pédale Tama Speed Cobra qui me plaît bien. Globalement, j’aime bien quand il y a de la résistance, qu’il faut frapper fort pour que ça sonne bien. 

En cymbales, je suis chez Meinl, essentiellement la série Byzance. J’ai une ride de jazz, elle sonne terrible. Je suis en partenariat avec Tama et Meinl, ainsi que les ear-monitors Legrand, et Cympad. Ce sont des mousses de cymbales super jolies et des pads que tu peux mettre en-dessous des cymbales pour diminuer un peu le son.

Chloé : Pour faire plaisir à tout le monde …

Max : Voilà, pour éviter de casser les oreilles à tout le monde quand tu joues dans des petits lieux où dès que tu mets un coup de crash on te dit : « Ça va trop FORT ! ».

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Le kit de Max
Kit Max arriere

Chloé : Alors moi, je vais te mettre au défi de jouer sur ma première batterie : une petite jazzette Manu Katché que j’aime beaucoup. Elle est très résistante parce que je la trimballe partout dans mon coffre où elle rentre intégralement. C’est ma batterie de jazz… et de transport. Dans les petits bars, c’est très pratique. J’ai aussi une Gretsch Renown Maple en 22 pouces. J’ai fait refaire la caisse claire et le tom basse qui ne sonnait pas très bien par un luthier basé en Angleterre, Bay Custom. Le fils du gérant était au CMDL où j’étudiais et il m’a bien expliqué comment étaient fabriqués ses fûts. Contrairement à d’autres marques, ils effectuent toute la fabrication eux-mêmes. J’ai une autre caisse claire signature « Benny Greb », pratique pour le jazz et qui se règle très bien. Mes cymbales sont plutôt typées jazz, y compris les crashs, mais elles sonnent bien en rock quand même. Justement les ingés son les aiment bien parce qu’elles ne font pas « psssscccchhh » dans leurs oreilles. J’ai du Sabian et une marque peu connue : les cymbales Impression, qui viennent de Turquie. Elles sonnent bien, il n’y a pas d’harmonique qui sort de nulle part. En jazz on est plutôt attachés aux vieilles cymbales d’occasion que quelqu’un te redonne et t’es là : « Ouah ! C’était la cymbale que je voulais ! ». Toutes les cymbales que j’ai achetées sont des cymbales de batteurs que j’ai déjà écoutés pendant des heures et donc, je sais que je vais la prendre après.

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La Jazette de Chloé
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Le kit Gretsch de Chloé

Depuis février dernier je suis endorsée chez ProOrca, avec mes baguettes JazzySnake qui sont magnifiques. J’en ai des vertes et des … Pas vertes, pour le jazz. Les vertes sont un peu plus grosses et elles s’illuminent dans le noir, c’est fabuleux !

Chloé ProOrca

La place de batteur est un peu particulière sur scène. Comment la décrirais-tu pour l’expliquer à quelqu’un qui ne l’a jamais vécu ? Et comment le vis tu personnellement ?

Max : Ça me dérange et en même temps ça ne m’a jamais posé problème. Pour moi, un concert c’est un show. S’il n’y pas un minimum de jeu de scène ou que tu joues ta musique en étant complètement vide, sans émotion, tu vas très vite t’ennuyer et le public aussi. Ça me gêne un peu quand j’arrive et qu’il n’y a pas de lumières sur scène, mais je prends ça aussi comme un défi dans le sens où je suis tout seul au fond, à moi de faire en sorte que les gens me regardent. Ça a peut-être un côté égocentrique, mais dès que j’ai commencé j’aimais bien que les gens me regardent, alors j’ai bossé mon jeu de scène. Quand le jeu le permet, je vais jouer en levant les bras, jongler avec les baguettes, … Ça m’éclate même si ça ne sert à rien pour le jeu en lui-même. En général, ça plaît aux gens et tant pis pour ceux à qui ça ne plaît pas. Il faut faire rêver les gens, de par la musique et la mise en scène, le visuel, etc. 

Pour décrire le ressenti derrière la batterie, je dirais que soit tu te sens le maître du monde parce que t’es un petit peu au-dessus avec les projecteurs qui sont vers toi et tu as l’impression que tout le monde te regarde (ce qui est faux puisqu’on sait très bien que c’est le chanteur et le guitariste qui ont tous les regards, ahah !), soit tu as l’impression d’être seul au monde. Je me souviens d’un live qui m’a marqué à Nantes avec Nightshade. J’avais une estrade qui était environ à deux mètres de haut et je ne voyais pas du tout les autres musiciens. Le guitariste est venu me faire un coucou et jouer à côté de moi à un moment, mais c’est le seul gars que j’ai vu pendant 55 minutes de scène. C’était bizarre, pas franchement une bonne expérience. En plus, j’ai le vertige et je ne m’attendais pas du tout à ça. Quand je suis monté j’avais les jambes qui tremblaient ! 

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Photo : Nicolas Chaigneau
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Photo : Ybu

Et quand ce sont des petites scènes tu ne vois que des culs…

Max : Oui ou même parfois tu ne vois que le dos du guitariste, qui fait tomber une cymbale en se retournant, ou qui vient taper sur ta batterie avec son manche. Il y a aussi une fois où j’ai joué avec un plexiglass tout autour !

Chloé : Ah c’est horrible !

Max : Oui parce que les gens nous voient, c’est transparent, mais nous on voit tous les reflets des lumières.

Chloé : Et en plus tu n’entends vraiment rien ! Pour moi, le pire c’était avec un plexi énorme, il y avait carrément une porte pour y entrer. Ils t’enferment, t’es coupé du monde et tu n’as aucun rapport avec le public ! Je me disais : « OK, je suis en train d’enregistrer en studio… Mais il y a quand même des gens devant, bizarre… ». Tu vois les autres musiciens qui courent sur scène et toi t’es là derrière ton plexi. Les photographes font des photos de merde du coup. Et pour couronner le tout, mon retour avait lâché donc je n’entendais rien du tout.

Max : Moi je me souviens que les mecs du groupe avaient balancé une banane !

Chloé : De mon côté, à part ce petit moment au Pacific Rock avec le plexi, je ne me suis jamais vraiment sentie seule. Peut-être que ça vient de la musique que j’ai jouée en amont. En jazz, tu écoutes beaucoup les musiciens qui sont autour de toi, donc même si c’est une grande scène, on se positionne de façon groupée. Dans un trio jazz, tu as une contrebasse à ta gauche, une guitare à ta droite et on ne va pas se mettre à cinq mètres les uns des autres. Dans les autres groupes, souvent on vient me voir donc je suis bien entourée. Au début, j’étais très crispée derrière ma batterie, je pense que mon groupe de rock m’a décoincée. Tu te dis que t’es sur une scène et que tu ne vas pas rester à faire la gueule derrière ta batterie. En jazz ce n’est pas forcément qu’on fait la tête, je sais que j’aime bien regarder les spectateurs, voir s’ils sont dans le truc. Ce n’est pas la même approche, mais tu peux aussi t’amuser à faire le show à un concert de jazz. Et à la limite je préfère être à ma place qu’à celle du chanteur qui est tout devant !

Est-ce que tu pratiques un autre instrument ? Si non, est-ce qu’il y a un autre instrument dont tu aimerais jouer ?

Chloé : Je me mets à la guitare… C’est compliqué. Il y a des choses que j’ai envie de faire mais mes doigts ne suivent pas forcément, ou alors je sais très bien quelle note c’est mais mes doigts ne suivent pas. J’espère que ça va progresser.

Max : Je compte m’acheter un piano. J’en avais fait un peu il y a quelques années et j’aimerais bien m’y remettre, ça me détend énormément. Pas pour jouer des choses compliquées, rien que de faire quelques accords, juste pour le son, c’est un autre rapport à la musique. Et j’aimerais avoir un harmonica aussi. C’est tout petit, tu peux l’emmener partout. J’adore le blues et c’est un des instruments prépondérants dans ce style de musique, tu peux faire des trucs chouettes assez rapidement.

Chloé : Pour moi la guitare c’est un peu dans ton optique du transport. Une guitare, par rapport à une batterie, c’est quand même rien. Au début, je voulais faire de la contrebasse mais je me suis dit : « Une batterie et une contrebasse dans une même voiture ça ne rentre pas ». Enfin si, ça rentre, mais tu voyages tout seul, ce n’est pas drôle.

Est-ce que tu participes au processus de compo de tes projets ?

Chloé : Ça dépend du groupe. En jazz on faisait des compos à deux avec le guitariste où j’apportais plutôt les mélodies. Parfois, il y a des choses qui me viennent mais je ne sais pas forcément quels accords mettre en dessous. Après, toujours avec Up Trio, on a commencé à faire des musiques d’ambiance. Il y avait des musiques sur la forêt, sur le cheval… Sur des thèmes assez insolites. On a dû puiser nos idées très loin.

Dans Jades, c’est souvent la chanteuse qui compose. Tout le monde donne son idée. Il y a une base et ensuite on ajoute un riff, des accords, une idée rythmique… Pour la batterie, il arrive qu’on m’envoie une petite idée et puis après on essaie sur place et je fais autre chose… Ahah !

Max : Dans Death Structure, les mecs du groupe ramènent des morceaux qui sont finis à 80%, avec une batterie programmée. Dans le metal, il y a un peu moins de liberté donc je respecte en grande partie ce qui est proposé et puis je crée toutes les petites subtilités auxquelles un autre batteur n’aurait peut-être pas forcément pensé : des coups de cymbale, tout ce qui est ghost notes ou ostinato avec la cloche de la ride ou un déplacement, etc. Hormis cela, je ne compose pas. J’ai parfois quelques idées mais je ne sais pas vraiment les matérialiser. J’ai plus d’idées en arrangement par contre. Le guitariste nous envoie les morceaux et en les écoutant je me dis : « Si là il changeait telle chose, si on ajoutait un son avec du piano ou des cordes ou si on stoppait à tel endroit pour reprendre à tel endroit »… Et quand je fais des remplacements pour d’autres groupes, j’ai souvent eu la chance qu’on me contacte pour avoir mon style, pas juste pour avoir un batteur. Et c’est très bien parce qu’en plus d’être valorisant, je n’ai pas à me forcer à adopter le jeu d’un autre.

Qu’est-ce que te plaît dans la batterie ?

Max : J’aime bien pouvoir exprimer toutes les facettes de ma personnalité à travers mon jeu. Autant je peux tout tabasser, frapper comme un porc et exprimer toute ma haine, ma rage et mon énergie, autant je peux jouer des trucs super doux, posés, parce qu’à ce moment-là j’ai envie de m’exprimer différemment. La batterie, et les instruments à percussions en général, c’est un des seuls instruments où tu peux passer du son quasiment imperceptible, ne serait-ce qu’en caressant ta peau sans balais, juste avec les doigts dessus, à un rimshot de l’espace en prenant ta baguette et en frappant super fort ! Alors perso je n’ai jamais caressé ma peau pour faire de la musique mais j’ai déjà vu des gars le faire.

Chloé : Moi je l’ai déjà fait !

Max : Quand j’ai vu ça je me suis dit : « Le mec il caresse sa peau et t’es transporté ! Il ne joue pas de la batterie là en fait, il fait de la musique mais sans jouer de la batterie ». Tu vois, c’est ça, c’est toute la palette qui s’offre à nous, c’est très vaste.

Chloé : Ce qui me plaît le plus, c’est un peu le côté défouloir, qu’on ne peut pas faire avec une flûte, par exemple… Sinon ça risque de ne va pas être très joli. Quand tu fais une grosse balance sur une bonne scène, t’es bien quand même. Et puis le fait d’accompagner je dirais. C’est un peu le seul instrument où tu peux écouter tous les instruments, t’es un peu le « chef » du groupe, sans être non plus égocentrique, mais tu écoutes forcément toutes les parties puisque tu mets tel coup de cymbale avec tel truc de guitare, tu sais que là tu dois baisser un peu la nuance parce que le chant rentre… Et puis aussi, tu peux jouer avec une grosse batterie mais tu peux tout à fait jouer juste avec une cymbale et une caisse claire et vas-y, challenge, sors-nous un truc. Le pire que j’ai fait (parce que ce n’était pas un choix pour le coup), c’était le jour de la fête de la musique. Le conservatoire devait amener la batterie, sauf qu’ils avaient oublié les cymbales et la caisse claire. Et moi j’avais oublié mes baguettes. J’ai réussi à retrouver des baguettes un peu pourries dans un magasin pas loin mais je n’avais quand même pas de cymbales et pas de caisse claire. Je devais avoir à peine 18 ans et je n’avais pas trop l’habitude de faire face à ce genre de situation. Et justement là tu te dis : « Bon, il faut être inventif ».

Après, quand tu arrives sur une scène, tu n’as pas forcément la même batterie à chaque fois. Tu découvres les cymbales de l’autre batteur, il y a une sorte d’échange entre les batteurs que tu n’as pas toujours chez les autres musiciens. Le guitariste ne va pas forcément prêter sa guitare pour le show d’après. Alors que la batterie, c’est souvent le cas. Sauf quand tu as tes roadies qui apportent ta batterie !

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Photo : Nicolas Chaigneau
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Raconte-nous un de tes meilleurs souvenirs en tant que batteur ?

Max : Une des plus grosses scènes que j’ai faites avec les meilleures conditions, c’était avec Nightshade, aux Hivernautes. Il y avait Dagoba en tête d’affiche, T.A.N.K en deuxième et on jouait en premier. La scène était immense, avec de gros décors. Il devait y avoir un peu moins de 1000 personnes et dans les loges il y avait une masseuse ! Après le concert, je suis allé prendre ma douche et je suis allé avec ma petite serviette me faire masser. J’ai regardé le concert de Dagoba depuis les backstages, une des meilleures scènes que j’ai faites.

Et aussi la fois où j’ai passé la journée avec Thomas Lang, mon batteur favori, à Paris. Il jouait avec Paul Gilbert, un grand guitar hero. J’ai passé toute la journée avec lui, j’ai assisté aux balances et ensuite j’ai pu jouer sur son kit. C’était génial de pouvoir jouer sur la batterie de son idole et de passer toute la journée avec lui, de voir comment il faisait ses balances.

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Max et Thomas Lang

Chloé : Je dirais que j’en ai deux. Un peu de la même manière que Max, à moindre échelle, quand on avait joué avec Jades au Mennecy Metal Fest. Quand on est arrivées, il y avait cinq roadies qui transportaient notre matériel. J’étais sur le podium de batterie : il y en a un qui mettait mes cymbales, un qui mettait ma caisse claire, trois qui déplaçaient le podium, et puis il y en a un qui me dit : « Vous voulez quelque chose ? » « Bah non, je n’ai rien à faire ! ». On était vraiment bien accueillies, c’était assez fou. On a fait de bonnes balances, dans de bonnes conditions, un bon concert et on a eu de bons retours.

Et puis l’autre souvenir, c’est un moment de jeu, quand j’avais fait le concert avec le Big Band de l’école. Tu te sens un peu le maître du monde quand t’es batteur dans un Big Band et que tu as tous les musiciens derrière toi, tu fais ton solo et ils envoient des pêches, c’était sympa.

Max, en tant que batteur, que penses-tu des femmes qui font de la batterie ? Et Chloé, comment te sens-tu en tant que batteuse ?

[Moment de silence …] Et là Max se dit « Je suis face à deux femmes, il faut que je fasse attention à ce que je dis » …

Chloé : Du coup je vais te laisser répondre en premier …

Max : Ahah ! Il y a de plus en plus de batteuses et c’est une bonne chose. Je ne vois pas pourquoi une batteuse serait moins douée parce que c’est une femme. Ce qui m’agace un peu par contre c’est quand je vois les filles sur YouTube qui mettent un décolleté pas possible et qui jouent sans que ça soit forcément la folie, mais qui mettent plus en avant leurs attributs… Je trouve ça un peu dommage, je n’ai même pas envie de m’intéresser à son jeu ni à la personne. D’ailleurs, les plus grandes batteuses, par exemple Anika Nilles ou Emmanuelle Caplette, ne sont pas du tout comme ça, aussi belles qu’elles puissent être. Ceci dit, si une femme jouait même à moitié nue et qu’elle jouait du feu de Dieu, ça ne me poserait aucun problème ! 

Le seul défaut que je remarque aux batteuses en général, même quand elles jouent terrible, je trouve que ça manque de frappe. J’aime bien quand un jeu est nuancé, mais parfois j’aimerais que ça tabasse un peu plus. Je ne pense pas que ça soit une question de physique parce que c’est la souplesse qui donne la force et le claquant.

Par contre, une fois je recherchais un second prof pour mon école et j’avais auditionné une nana qui jouait surtout du jazz. Elle a joué des balais, c’était très sensuel. C’était beau à l’oreille et aussi pour les yeux, juste pour la sensualité du geste, et je me suis dit : « Je n’ai jamais vu un mec jouer des balais comme ça ».

Il y a quand même pas mal d’élèves féminines à la Drumlive Academy. Tu as du succès auprès des femmes…

Max : Si c’est pour ma pédagogie… Je préfère que ça soit pour ça plutôt que pour mon physique plaisant, n’est-ce pas ? Mais oui, je le vois dans mes cours, j’ai beaucoup de femmes. A un moment je devais avoir quelque chose comme 40 ou 45% de femmes. Et comme je dis toujours : c’est mieux d’avoir une femme en face de toi plutôt qu’un gros barbu !

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Photo : Ybu
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Photo : Nicolas Chaigneau

Chloé : De mon côté, je dirais qu’il y a encore du chemin à faire. On se prend toujours des remarques, quasiment à chaque concert. Il y a forcément une fois dans la soirée où quelqu’un qui te dit : « Ah c’est bien une fille à la batterie ».

Max : Mais ce n’est pas forcément négatif, ça …

Chloé : Oui mais pourquoi dire ça ? On va te dire : « Oh c’est super un barbu qui n’a pas de cheveux à la batterie ! ». Tu vas dire : « Et alors, j’ai pas de cheveux… C’est bien ».

Max : Ahah ! Non, mais tu vois, c’est le genre de truc que je peux dire parce que je trouve ça bien qu’il y ait de plus en plus de femmes qui jouent de la batterie…

Chloé : Venant d’un batteur, peut-être, ce n’est pas pareil. Alors qu’une personne lambda qui est dans le public et qui vient après le concert… Tu vois, ce n’est pas le même ressenti.

Max : J’ai plein de femmes qui sont venues prendre des cours avec moi et qui m’ont dit qu’elles voulaient s’y mettre plus jeunes mais qu’elles avaient entendu : « Non, la batterie c’est pour les garçons, fais du violon ou du piano ». Je trouve ça bien qu’il y ait de plus en plus de femmes qui n’en ont rien à faire et qui ne se posent même pas la question. Je pense que c’est peut-être plus dans ce sens qu’on te dit ça. Après, tout dépend comment c’est dit effectivement…

Chloé : Dans notre groupe Jades on n’est pas trop dans le truc girl power à fond. On y est un petit peu du fait qu’on est quand même un groupe de quatre nanas donc forcément on nous en parle à chaque fois. Il y a du chemin à faire parce que les gens voient toujours cette séparation homme/femme… Une fois, je suis allée dans une jam et on m’a dit : « Tu vas chanter quoi ? » « Bah rien, t’inquiète, je vais juste te casser les oreilles ». Quand je suis allée m’asseoir, le gars qui m’avait posé la question était très gêné. Après, ils se sentent obligés de se justifier et tu pars dans un truc pas possible… 

Donc ça c’est plutôt par rapport au public, mais est-ce que tu t’es déjà faite bouder par d’autres batteurs lors d’un concert où vous partagiez la scène par exemple ? 

Chloé : Oui, je dirais que oui. Ou justement, on est venu après et on m’a dit : « Ah ouais, je ne pensais pas que tu allais jouer comme ça ». Ou alors, comme on joue sur la même batterie, le gars à qui appartient la batterie qui te dit : « Non mais vas-y t’inquiète, je suis sûr que tu ne vas pas la casser… ». Genre toi tu peux y aller mais le batteur d’après non. Du coup t’es là : « Bah merci… ». Mais en fait je devrais faire exprès de casser une cymbale. Je vais la garder celle-là du coup ! Ahah !

Est-ce que tu as d’autres hobbies ?

Max : Oui, trop ! Malheureusement, je n’ai pas le temps de m’y adonner autant que je voudrais. Le sport, pour commencer. Quand les salles étaient encore ouvertes j’y allais trois fois par semaine, toute la matinée. C’est un exutoire et ça devient un besoin. Je fais un peu de tout : course, muscu… En ce moment, comme les salles de sport sont fermées, je fais du crossfit à la maison. Et c’est aussi par besoin parce que si je ne fais pas de sport je grossis directement, donc je n’ai pas le choix que de me bouger si je ne veux pas exploser !

Ensuite, il y a la moto. On va dire que je ne travaille que pour ça, pour pouvoir partir à moto et rouler le plus possible, dès que le temps le permet. Parce qu’on est dans le Nord ici, ce n’est pas toujours évident ! J’essaie de partir en roadtrip au moins une semaine par an. C’est un peu similaire à la musique en fait, tu fais plein de rencontres, tu vas à plein d’endroits différents, comme quand tu pars en tournée.

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Le Yamaha Stryker de Max

Et puis les tatouages, les cigares. 

Chloé : Et l’alcool…

Max : C’est un peu ça, pas l’alcool mais les BONS alcools : les bons rhums, les bons whiskys… Toutes sortes d’alcool, tant que c’est un produit noble. Les bons vins aussi.

Et j’ai beaucoup de respect pour les tatoueurs parce qu’ils sont un peu comme nous musiciens, c’est beaucoup de travail et ce sont des artistes à part entière, j’aime beaucoup ça.

Chloé : Je fais beaucoup de musique dans mes journées, en fait… Je ne fais pas trop de sport, j’avoue, à part du Pilates et un peu de vélo. J’aime bien cuisiner. On peut dire que c’est ça ma seconde passion. Si je devais faire autre chose, dans une cuisine je pourrais me plaire. C’est dans mon tempérament, j’aime bien la variété des musiques, j’aime bien la variété de ce que je mange, découvrir plein de choses, plein de saveurs.

On va terminer sur vos actualités, projets à venir …

Max : C’est-à-dire qu’en ce moment…

Chloé : On peut mettre une photo avec un flou…

Max : Avec Death Structure, on prépare le premier album. Normalement je rentre en studio le premier, en avril. On a décidé de prendre une semaine pour enregistrer la batterie, ce qui est très bien parce que dans les projets que j’ai eus avant, c’était : « Tu as trois jours » ! Ça va être un super album. Niveau musique, c’est le seul projet puisqu’on ne sait pas quand on sera autorisés à rejouer en concert. Après, pour mon école, j’ai plein d’idées. Quand on pourra reprendre normalement, il y aura des ateliers collectifs. Je vais faire des ateliers d’étude de styles dédiés à un artiste, pas forcément un batteur. Peut-être aussi changer mes formules, essayer de faire un stage mais cette fois-ci collectif pour l’été prochain. J’ai un autre projet qui me prend beaucoup de temps mais je n’ai pas envie d’en parler plus que ça pour le moment parce que ça ne se fera peut-être pas, mais si ça se fait ça sera bien. Quelque chose en rapport avec la pédagogie, mais pas une méthode de batterie, ça il y en a déjà suffisamment.

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Death Structure - Photo : Bright Nebula

Chloé : Pour ma part, c’est un peu flou… En jazz, on est un peu à l’arrêt parce que ce qu’on comptait faire c’était vraiment jouer dans l’événementiel qui est complètement fermé actuellement. Essayer de finir notre intermittence comme on peut aussi, on verra comment on va gérer ça.

Avec Jades, on a sorti un clip pendant le premier confinement, « Be my Freak ». C’était un peu la galère pour faire le montage parce qu’on était chacun dans notre coin, on faisait des réunions de trois heures pour le montage du clip… Cet été, tout le monde était un peu de son côté, puis en septembre on s’est revues quelques fois et rebelote, nouveau confinement. Donc j’en profite pour commencer à travailler la double pédale et revenir à fond quand on pourra, pour essayer de nouvelles choses, des compos peut-être un peu plus punchy dans la continuité du clip. On a une BD qui va sortir aussi, qui s’appellera « Rockpleaser » et dont on est les héroïnes. Le dessinateur, Thomas, nous a fait une sorte d’histoire avec des serpents, c’est très imaginaire : des serpents, des sorcières… J’ai vu qu’il allait faire une BD avec Ultra Vomit aussi. On est impatientes parce qu’on ne sait pas ce qu’il y a dans l’histoire, on n’a vu que quelques pages par-ci par-là, on va découvrir avec tout le monde. Et normalement cet été, on devrait peut-être faire une mini tournée en Angleterre je crois, je ne sais pas du tout ce qu’il en est.

Dans le groupe de pop c’est un peu pareil en fait, on voulait se lancer avec des vidéos en live et on les a sorties récemment parce qu’il s’est passé plein de choses entre temps qui nous ont un peu ralentis. Il faut que ça se décoince un peu et puis on va mettre le paquet après. Ça fait bizarre quand tu passes de 2-3 concerts en une semaine à rien.

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Jades - Photo : Nicolas Chaigneau

Photos : Jump Cut Event (Max) et Jean Louis Sammut (Chloé)

Pour suivre leurs différents projets :

Jades : https://www.facebook.com/JADESband

Up Trio : https://www.facebook.com/Up-Trio-1990068257742052

Kat Galie : https://www.facebook.com/katgaliemusic

Death Structue : https://www.facebook.com/deathstructure

La Drumlive Academy : https://www.facebook.com/DrumliveAcademyDrumSchool


En croisière avec Orkhys et Remember the Light

En croisière avec Orkhys et Remember the Light

La galerie de photos complète du concert est disponible ici.

C’est sous une météo grisonnante que je prends la route ce samedi 24 octobre en fin de matinée, direction Paris, pour assister à la release party du tout premier opus d’Orkhys : « Awakening ». Le concert était initialement prévu deux jours plus tôt, mais l’instauration soudaine d’un couvre-feu à 21 heures sur une partie du territoire français a bouleversé l’organisation de nombreux événements. Certains ont été reportés ou tout simplement annulés, mais Orkhys et Remember the Light, qui partagent l’affiche, montrent une véritable volonté de se battre et de maintenir l’événement coûte que coûte. Rien que pour cela, je tire mon chapeau à ces deux formations.

Le rendez-vous est fixé pour 16 heures à la péniche Antipode, sur les quais de Seine. Malheureusement, quelques incidents techniques surviennent durant les balances et nous montons à bord du bateau avec près de 45 minutes de retard. Je me résigne alors : il faudra inévitablement quitter la salle avant la fin du concert pour être rentrée avant le couvre-feu, également d’actualité dans le Nord-Pas-de-Calais. Tristesse …

Péniche Antipode
affiche Orkhys RTL

Malgré le changement de date et l’horaire précoce, le public est au rendez-vous. Les soixante places disponibles ont été réservées, l’événement est sold-out dès le début de la semaine.

À peine entrée, j’esquisse un sourire en voyant la superbe batterie installée aux petits oignons sous les projecteurs. Un détail, me direz-vous ? Pas si sûre, la batterie fait partie intégrante de l’esthétique globale du show et là pour le coup, ça brille, ça attire l’œil et ça habille parfaitement le fond de scène dénué de backdrop et de roll-up.

Remember the Light

C’est devant une audience assise et masquée que Remember the Light entre en scène. Découvert pour ma part l’année dernière lors de leur unique date dans le Nord de la France, je suis ravie de les retrouver pour l’occasion. Le set débute avec « Blooming », dont le clip est sorti en 2019, puis vient « The Outcome ». J’apprécie particulièrement ce titre avec un thème jazzy magnifiquement interprété par Olivier au clavier.

Remember the Light
Stayn, Cécile, Grégoire, Bertrand

Les six musiciens affichent une bonne présence dès les premières notes. Pas de préchauffage, ça envoie tout de suite dans tous les sens en dépit de quelques soucis de son qui ne les déstabiliseront pas. Il s’agit du premier concert avec Axel à la batterie et Bertrand à la basse et growls. Malgré un changement de line-up récent, on devine une complicité grandissante entre les membres du groupe. Ils sont nombreux, mais chacun trouve sa place sur la scène qui pourtant n’est pas excessivement grande. Pas de timide chez Remember the Light, le partage de l’espace est équilibré et les interactions entre musiciens fréquentes. Les deux guitaristes charismatiques encadrent la scène et assurent le spectacle avec aisance, même sur les parties plus techniques, et on pourra compter sur la chanteuse et le bassiste pour le headbang. En fond de scène, batteur et claviériste expressifs, bien que cloués derrière leurs instruments, ne passent pas inaperçus non plus.

Remember the Light
Olivier
Remember the Light
Axel

La playlist comporte l’intégralité de l’EP « The Outcome » (2019), « I will Disappear », extrait de la première démo « Exilés » (2016), ainsi qu’un nouveau titre. En milieu de set, on nous propose une pause douceur avec une reprise de « Priscilla’s Song », tirée de la BO du jeu vidéo The Witcher, interprétée ici avec brio par Cécile et Stayn en duo voix/guitare acoustique.

À noter aussi, la participation de deux invités : Charlene Morgan (Priest of Steel, 22 Acacia Avenue) donne la réplique à Cécile sur « Stand Up For What You Are »; et Julien, ancien bassiste/growler du groupe sur « Heroes ». L’un comme l’autre marqueront les esprits par leur prestation parfaitement intégrée au reste du show.

Remember the Light
Julien
Remember the Light
Charlene

Musicalement, la recette Remember the Light est rodée : un metal mélodique travaillé qui laisse paraître les influences classiques du/des compositeur(s), des mélodies qu’on ne peut s’empêcher de fredonner plus tard combinées à des passages plus techniques, un chant tantôt lyrique, tantôt clair flirtant adroitement avec les aigus et pimenté de growls, le tout plongé dans un univers sombre. Les deux guitares gardent constamment l’équilibre, les soli se font entendre, c’est agréable ! On perd malheureusement la basse sur une partie du set suite à un problème matériel et on ne l’entend que trop peu le reste du temps. La batterie, dynamique et cohérente avec les autres instruments, se montre parfois très chargée et peu contrastée. Les orchestrations menées par le clavieriste surplombent subtilement le tout. Globalement le groupe s’en sort haut la main durant les 50 minutes de show qui passent vite, bien trop vite.

Le changement de plateau s’éternise un peu. Je vois l’heure tourner et Orkhys démarre finalement à l’heure où j’avais initialement prévu de partir pour être rentrée avant le couvre-feu. Je tire un peu sur ma marge « embouteillages » en croisant les doigts, j’ai vraiment trop hâte de découvrir ce tout nouveau projet sur scène.

Orkhys

Quoi de mieux pour lancer le set que le premier single du groupe, « The End Of Lies« , dont le clip a été dévoilé fin septembre ? Un titre pêchu aux sonorités heavy dont le refrain vous reste en tête au moins jusqu’au lendemain.
Le groupe n’ayant sorti pour le moment qu’un EP 3 titres, nous nous attendons à beaucoup d’inédits sur la setlist. Pour ma part, c’est uniquement sur les 20 premières minutes de la prestation que je devrai me faire un avis.

L’une des particularités d’Orkhys est l’introduction de parties de harpe, jouée par la chanteuse Laurene, sur certains titres. C’est le cas de « Guardians Of Our Lives« , également présent sur l’EP « Awakening » et interprété ici en début de set. Laurene est typiquement le genre de musicienne qui me captive. Je la vois prendre une grande respiration avant de commencer le morceau et puis c’est parti : les notes défilent avec une fluidité et une émotion déconcertantes, elle est concentrée mais semble détendue, parfaitement en phase avec son instrument. Instant magique.

Orkhys
Brice
Orkhys
Laurene

À la batterie, Jean Yves assure un jeu nuancé, ça tabasse aux blasts et tapis de double mais il sait se mettre en retrait sur les parties plus cool. Brice est le seul guitariste du groupe (mais aux multiples guitares !) ce qui laisse suffisamment de place à Julien pour se permettre quelques instants mélodiques à la basse. Le chant est principalement lyrique, parfois poussé à l’extrême, ponctué par des parties de voix claire. On aime ou pas, le rendu est cohérent, voire impressionnant.

Le jeu de scène se fait plus discret chez Orkhys, notamment guitare et basse, mais reste très prometteur pour les prestations futures.

Ce qui est plaisant avec Orkhys, c’est l’aisance avec laquelle ils mélangent les styles. C’est ainsi que pendant une partie de blast tu te dis : « Hey mais il y a 10 secondes on était sur un duo guitare acoustique/harpe, WTF ? ». On retrouve régulièrement une ambiance celte/médiévale comme le laisse deviner le logo du groupe, mais les amateurs de gros riffs agressifs et énergiques y trouvent également leur compte. En résumé, c’est varié et surprenant.

Orkhys
Julien
Orkhys
Jean-Yves

Tout au long du concert, je constate un public attentif et réceptif. Les conditions particulières ne laissent que trop peu de temps pour échanger vraiment avec les groupes et le fait de devoir surveiller l’heure et partir avant la fin me laisse un léger sentiment de frustration. Pour autant, je n’ai aucun regret d’avoir fait le trajet jusqu’à Paris pour ce show avec deux groupes de qualité dotés d’une motivation à toute épreuve.

Bien entendu, je repars avec quelques souvenirs.

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Shadow Pussies Live Lille

Shadow Pussies : Dernière Fête avant la Fin du Monde

En mars dernier avaient lieu les derniers concerts du monde « d’avant ». Depuis, les choses ont changé. Je profite aujourd’hui de ma double casquette rédactrice/bassiste pour vous proposer un Covid-Safe-Live-Report vu de l’intérieur.

Jeudi 1er octobre, 20h30. Je termine ma session de révision du set des Shadow Pussies, girlsband rock lillois que j’ai intégré cet été. Un coup de chiffon sur la Fender Precision avant de la glisser dans la housse, puis je prépare ampli, pedalboard et divers équipements à embarquer. Demain est un grand jour, nous jouons à la Gare Saint Sauveur à Lille. Mais alors, comment ça se passe les concerts Covid-Safe ?

Jusqu’au jour J, c’est la sensation d’avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête. La semaine précédant le show, le gouvernement français annonçait de nouvelles mesures restrictives pour lutter contre la propagation du Coronavirus, parmi lesquelles la fermeture des bars à 22 heures dans les grandes villes, Lille y compris. Malgré cela, notre concert, organisé par la Maison Régionale de l’Environnement et des Solidarités et l’asso Koan dans le cadre de « La Dernière Fête avant la Fin du Monde », est maintenu.

Shadow Pussies
Shadow Pussies : Charlotte, Vanessa, Selene, Fanny juste avant le concert

Vendredi 2 octobre, ça y est, on y est ! Hier soir, l’événement était annoncé sold out, soit 80 personnes avec les restrictions actuelles. Nous jouerons dans la salle de projection, équipée de gradins, et le concert sera retransmis sur l’écran du bar. Depuis la veille au soir je piétine d’impatience. Je n’ai pas mis les pieds sur une « vraie » scène depuis plus de 9 mois et j’ai hâte de retrouver cette émotion si spéciale teintée d’euphorie, de stress et d’une sorte de fierté. Je termine ma journée de taf et je prends la route, direction Lille, pour rejoindre Charlotte, Selene et Fanny, respectivement guitariste/chanteuse, guitariste soliste et batteuse des Shadow Pussies.

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Vers 20h15, le public commence à s’installer. Environ 30 minutes plus tard, nous entrons en scène avec « Pussies in the Shadow », un titre assez bref, énergique et rythmé, parfait pour introduire le set. Le public est assis, masqué, et un siège vide sépare les groupes de personnes venues ensemble.

Depuis la scène on ne distingue que les premiers rangs, éblouies par les projecteurs. Mais dès la fin du premier titre les 80 personnes se font entendre : applaudissements et éclats de voix, nous sommes formidablement bien accueillies et on ne peut s’empêcher d’afficher toutes les quatre un large sourire.

La scène est bien grande, on a de la place pour se promener d’un bout à l’autre, sauter, secouer la tête, et il y a même une estrade pour la batterie où je peux aller squatter de temps en temps pour m’adonner à mon activité favorite sur scène : faire des grimaces à notre batteuse. Le son est très propre, l’ingé son nous a géré ça aux petits oignons.

Bien que le public soit cloué aux sièges, il ne se laisse pas prier pour participer en tapant des mains ou en chantant quand nous le sollicitons. On a l’impression d’avoir réussi à embarquer tout ce petit monde dans notre univers et, malgré la distanciation imposée, le courant passe vraiment bien.

Comme d’habitude, le set passe à une vitesse de dingue. Environ 50 minutes qui en paraissent à peine 15 quand on est sur scène et que tout se déroule bien. Notre dernier titre, une reprise du célèbre « Cherry Bomb » des Runaways, s’achève. Le public en redemande. Comblées, on se rééquipe et on entame « What You Lost » pour clôturer notre prestation.

Retour à la réalité, le bar ferme à 21h30, il est malheureusement trop tard pour partager une pinte avec les copains venus nous soutenir. Snif !

Hey, Charlotte (guitariste/chanteuse), t’en as pensé quoi de cette soirée ?

« Un concert Covid friendly ? Un peu bizarre sur le papier, mais quand on le vit, les choses sont plutôt bien faites ! Que ce soit l’accueil public qui devient assez protocolaire ou les spectateurs qui respectent généralement les gestes barrières. De plus, les gens sont tellement contents de pouvoir voir un concert après des mois d’abstinence que l’ambiance ne peut être que bonne ! »

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En conclusion, c’était vraiment très agréable de retrouver la scène avec des conditions aussi favorables, et ce malgré les restrictions en vigueur. Les occasions se faisant rares cette année, on se sent d’autant plus chanceux de pouvoir vivre ces instants remplis d’émotion, d’énergie et de complicité. Je vous invite fortement à vous rendre aux concerts organisés près de chez vous (ou loin si vous êtes du genre « rien ne m’arrête ! »), même si vous ne connaissez pas les groupes. Les organisateurs se donnent beaucoup de mal pour pouvoir rentrer dans les clous et faire en sorte que tout se passe bien. Leur plus belle récompense est de voir que le public est au rendez-vous et passe une bonne soirée tout en respectant les mesures mises en place. Je sais que le même soir, la Brat Cave, à Lille également, affichait complet pour une soirée metal avec les groupes Death Structure, In Hell et Virgil. Bravo à eux !

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Pour suivre Shadow Pussies sur les réseaux :


Explicit Human Porn sort de l'ombre avec "In Excexx"

Explicit Human Porn sort de l'ombre avec "In Excexx"

Les premiers pas …

Explicit Human Porn est un quatuor batterie, basse, guitare, chant que je classerais dans la catégorie metal moderne. Le groupe a commencé à se faire connaître au début de cette année 2020, notamment avec la sortie de leur premier titre en lyric video : « Radiosilk ». Initialement annoncée pour le 4 mars 2020, le groupe a dû lutter plusieurs semaines avec la censure avant que cette vidéo soit enfin publiée sur YouTube.

In Excexx

Le premier EP, « In Excexx », sort le 9 septembre 2020 et j’ai eu la chance de pouvoir l’écouter en avant-première. Explicit Human Porn est un groupe que je qualifierais de généreux puisqu’avec « In Excexx » il nous offre un EP non pas de quatre ou cinq titres, mais plutôt de sept titres ! Et il s’agit bien de sept vrais titres (pas d’intro, d’outro, etc.), pour un total d’un peu plus de 30 minutes de musique. C’est suffisant pour se faire une idée de la direction que prend la formation. On laisse facilement défiler l’intégralité des pistes sans se lasser. La pochette au format digipack est soignée, avec un petit livret contenant les paroles à l’intérieur. C’est simple, propre, et c’est juste assez. Je dirais que ça reflète bien ce qui nous attend au moment d’appuyer sur « play » : simplicité et efficacité.

De nombreuses fois, on ne peut s’empêcher d’agiter la tête de bas en haut au rythme des gros riffs saccadés menés par le trio guitare (David Revan), basse (Crypp Mor), batterie (Kevin Lanssen). La chanteuse, Lowe North, alterne chant clean et scream avec brio et me rappelle sur certains passages la voix de Cristina Scabbia (Lacuna Coil).

Au niveau du son global, il semble que rien n’ait été laissé au hasard. Un premier EP de qualité avec des sonorités claires et bien distinctes, agréable à écouter… Et réécouter à la première occasion.

Digipack In Exxess - Explicit Human Porn

Mon titre préféré arrive en sixième position : « Madmeds ». Je ne saurais pas trop expliquer pourquoi celui-ci en particulier, quoi qu’il en soit, j’ai beau passer l’EP dans n’importe quel ordre, à chaque fois, sur ce titre il se passe un truc. La mélodie du refrain reste en tête, ça groove, ça prend aux tripes, bref, c’est mon coup de cœur sur cet EP (et en plus il y a un passage en slap bien sympa à la basse).

Le disque s’achève sur un cover d’un très célèbre groupe de metal indus allemand (que je ne citerai pas pour laisser un peu de suspense, mais vous avez certainement déjà deviné de qui je veux parler …). J’avoue qu’en voyant le titre sur la pochette j’appréhendais un peu, étant plutôt fan du fameux groupe allemand. J’ai finalement été très agréablement surprise lors de l’écoute. EHP a réussi le pari de reprendre un titre très connu sans le dénaturer mais en y ajoutant sa propre personnalité, et ça, c’est du bon boulot !

Je ne dirais pas que cet EP est pour les fans de tel ou tel groupe ou même tel ou tel style parce qu’il me semble que Explicit Human Porn a su trouver un style bien à lui et accessible à un large public. Je pense que « In Exexx » est tout simplement ouvert à tous les auditeurs qui ont envie de groove et de se faire secouer un peu les méninges.

En résumé, je reste conquise par ce premier opus, « In Excexx ». La crise sanitaire actuelle a malheureusement repoussé les premières dates du groupe, mais ce n’est que partie remise, on espère pouvoir les découvrir rapidement sur scène.

PS : Une interview du bassiste, Crypp Mor, est parue récemment sur Metal Overload. Disponible ici .

PPS : A noter que suite à de nouvelles collaborations, la sortie de l’EP In « Excexx » a finalement été reportée à une date ultérieure. 


Pour suivre l’actualité de Explicit Human Porn :


Fafa & Crypp : ces chers bassistes …

Fafa & Crypp : ces chers bassistes …

Pour cette nouvelle interview nous testons un nouveau concept : l’interview croisée. Le principe est simple : vous faire découvrir des musiciens, leur côté humain, leur personnalité. Pour rendre le tout encore un peu plus intéressant, nous mettons face à face deux musiciens de groupes différents qui répondent aux mêmes questions. Et qui de mieux pour commencer que deux bassistes, ceux dont on ne parle que très rarement mais qui pourtant ont une place fondamentale au sein d’un groupe.

Rencontre avec Fafa et Crypp, deux musiciens aussi adorables que talentueux …

 Salut ! On va commencer par faire les présentations …

Fafa : Honneur aux dames, donc Crypp vas-y je te laisse commencer …

Crypp : Ah ah ! Très bien … Je suis Crypp Mor, je ne suis pas une femme, contrairement à ce que dit Fafa, et aujourd’hui je joue essentiellement dans deux formations : Except One, dont l’album est sorti il y a bientôt deux ans, et un tout nouveau projet qui vient de naître, EHP (Explicit Human Porn). On sort l’EP en septembre. Je fais aussi un peu de session pour des studios de Hip-Hop.

Fafa : Je suis Fafa, bassiste dans Monolyth, groupe de death mélodique. On a sorti notre premier album il y a environ deux ans. J’ai également fait un peu de chant dans divers projets.

Fafa - Lykh'Arts
Fafa - Photo : Lykh'Arts
Crypp - Juliette Plachez
Crypp - Photo : Juliette Plachez

Quel est ton parcours musical ?

Fafa : J’ai commencé par le chant, vers l’âge de 14 ans, quand ma prof de chant au collège m’a dit que je chantais très bien, elle m’a donné plus de confiance en moi. Quelques années plus tard je me suis mise à la basse un peu par hasard, c’est un instrument qui m’a toujours intéressée. Un jour on se baladait dans le métro avec mon père et on est tombés sur un duo basse/guitare acoustiques. Je suis devenue trop fan du bassiste que je voyais et mon père m’a dit : « ça ne te tente pas de jouer de ça ? ». Je lui ai répondu : « si carrément » et on est allés acheter une basse. Je suis totalement autodidacte. J’ai eu mon premier groupe vers l’âge de 19 ans, directement dans le death metal. Et puis j’ai eu un gros souci au poignet qui m’a contrainte à arrêter la basse pendant près de trois ans. Ensuite, j’ai fait pas mal de blues rock, et puis je suis revenue au metal. Aujourd’hui, j’ai toujours ce souci au poignet mais je fais avec, ça me gêne pour certaines techniques mais globalement ça va. J’ai trouvé une solution avec les fanned fret, parce que ça suit le mouvement du coude et du bras.

Crypp : J’ai commencé la basse à 18 ans. Je n’avais pas vraiment envie de faire de la musique mais ça n’allait pas très bien dans ma vie à ce moment-là. Un jour, je suis allé voir un groupe et l’un des musiciens m’a dit : « si ça ne va pas, joue de la musique ». J’étais très attiré par les basses fréquences et gros fan de neo metal où la basse est très importante. Donc le lendemain, avec ma première paye, je me suis offert le pack basse Ibanez avec le petit ampli 15 w et la housse matelassée !

Je suis autodidacte aussi, mais j’ai eu la chance de côtoyer beaucoup de bassistes et dans ce milieu, les gens sont très pédagogues. Toutes les techniques que je connais aujourd’hui, ce sont principalement d’autres bassistes qui me les ont apprises. Ça fait 15 ans que je fais de la basse et je cherche toujours à apprendre et m’améliorer au quotidien.

Parle-nous un peu de ton matos …

Crypp : Je joue essentiellement sur des basses ESP, j’ai beaucoup de série F sur lesquelles je monte des cordes Skull Strings avec un tirant un peu particulier. J’aime bien avoir des grosses cordes parce que j’attaque beaucoup et j’ai besoin de quelque chose qui tient bien. Au niveau des effets je suis chez Darkglass, j’ai une panoplie de pédales, de la B7K Utlra jusqu’à l’Alpha Omega. En terme d’ampli je joue avec un tech21 sansAmp RBI, c’est un petit rack mais il est monstrueux ! Et pour terminer je joue avec une simulation d’ampli Two Notes, le petit « bass cab m », ce qui me permet de ne plus transporter 30 kg de baffle, je me branche directement sur la sono. Donc il y a le Preamp qui fait très bien le boulot, les Darkglass qui font les simulations de lampes, et le Two Notes qui donne tout le grain que pourrait avoir un Gallien Krueger par exemple, que j’affectionne particulièrement.

Fafa : Niveau basse j’ai toujours apprécié Ibanez parce que les manches sont très fins et par rapport à mon souci de poignet ça me va bien. Ma basse actuelle avec les fanned fret c’est la SRFF805, qui est vraiment mon bébé, j’adore le manche et elle a un super son. En termes d’ampli, je suis très fan de Orange qui donne des sons très ronds et très profonds. J’ai des pédales, mais je ne saurais même pas te les citer parce que je m’en fiche tant que mon son me plaît. C’est terrible mais c’est comme ça ! J’ai gardé une sorte de je-m’en-foutisme qu’il y a beaucoup dans le blues rock.

Comment tu caractérises ton son ?

Fafa : Un son très rond, très mate et avec un peu de disto. En gros dans ma tête je matérialise mon son comme une grosse boule noire mate, il faut que mon son ressemble à ça quand il sort de l’ampli. J’ai besoin de cette rondeur, cette profondeur, que je trouve vraiment importante quel que soit le style de musique. Vous connaissez la synesthésie ? C’est par exemple quand tu vois des couleurs en écoutant de la musique. J’ai ce truc-là, et il faut que mon son ait une couleur et une forme quand il sort de l’ampli.

Crypp : Pour moi ça dépend vraiment de quoi je joue. Dans Except One ça sera un son très sec avec beaucoup de basses et de hauts mediums, il faut que ça soit très tranchant et puissant. Sur EHP c’est un peu comme Fafa, un peu grunge, Rock n’Roll, un peu rond tout en étant un peu sale. Ensuite ça dépend, selon si je fais de la Funk ou du Rap je change, je vais chercher le son qui fait plaisir.

La grosse question : plutôt doigts ou médiator ?

Fafa : Je joue uniquement au doigt, avec quelques techniques comme le tapping, etc. Mais jamais au médiator, tout simplement parce que je n’aime pas ça.

Crypp : Doigt et médiator. J’ai une préférence pour le doigt (et essentiellement le slap) mais c’est vrai qu’arrivé à une certaine vitesse, je manque d’attaque avec les doigts, donc le médiator me permet d’avoir la même attaque tout le temps. Par contre je rejoins Fafa sur le fait que le doigt c’est sacré et il y a plein de bassistes qui jouent super vite au doigt.

Le petit truc en toi qui fait que … C’est sûr, tu es bassiste ?

Fafa : Je ne suis pas chiante ! Ah ah !!! Non mais c’est vrai, quand tu regardes, les gratteux c’est toujours relou, le chanteur je ne t’en parle même pas, et les batteurs ont vraiment leur côté princesse aussi. Quand t’es pas chiant, t’es bassiste !

Crypp : Je pense que ce que j’aime chez les bassistes c’est la simplicité. J’ai remarqué que tous les bassistes que j’ai rencontré sont des gens extrêmement simples, mais dans le bon sens du terme.

Fafa : C’est vrai, ils ne se prennent pas la tête. Je le voyais notamment pour les prêts de matos. Si tu te retrouves en galère pour une raison ou pour une autre à un concert, rares sont les cas qui ont rechigné à prêter leur matos. En général, on va plutôt s’arranger pour jouer tous sur le même matos.

Est-ce que tu as des habitudes, des rituels avant de monter sur scène ? Est-ce que tu pratiques un échauffement ?

Crypp : Je peux passer cinq minutes à m’échauffer les mains, il y a plein de techniques. Je ne veux pas me faire mal, et surtout tu remarques que quand tu t’échauffes, tu joues mieux. Quand j’étais plus jeune j’arrivais sur scène sans m’échauffer et j’attrapais très mal aux mains. En plus de l’échauffement, j’ai besoin de rentrer dans mon personnage. Je repense à tout ce qui m’énerve et comme je monte sur scène j’ai la capacité d’être au-dessus de tout ça, c’est comme si je donnais des coups à tous mes problèmes.

Fafa : Échauffement des bras, des mains, de la nuque, etc. J’applique du baume du tigre sur tout l’avant-bras et le poignet. C’est un baume à base de camphre qui te chauffe les articulations et les muscles … Ensuite, on se réunit avec le groupe et on se marre cinq minutes pour se booster les uns les autres. Et surtout : se préparer une bière, c’est important.

Juste avant de monter sur scène (à l’époque où on pouvait), tu es plutôt stressé ou détendu ?

Fafa : Ça dépend des configurations, je vais plus stresser dans des petites salles où on est proche du public. Sur les grandes scènes il y a une distance et je me sens plus à l’aise. Mais de manière générale, je suis vraiment détendue à la basse. Au chant beaucoup moins, parce que tu es en position de front, à la basse on est plus en retrait. Je pense que je suis peu stressée parce que je vois ça comme un moment que je vais vivre avec mes potes et je suis trop contente de le vivre.

Crypp : Je suis méga stressé, qu’importe la scène. Je ne dis pas que je perds mes moyens mais je suis très excité. Je gère mon stress avec mes rituels. D’un sens j’aime ce stress, et je pense que tout musicien aime ce stress, ça montre que c’est important. A chaque fois c’est comme sauter d’un plongeoir, tu le fais parce que tu aimes cette sensation mais d’un sens c’est quand même haut.

As-tu un autre rôle au sein du groupe ?

Fafa : Driver ! Enfin, avant les concerts je suis driver … Après les concerts je suis bourrée ! Plus sérieusement, je ne sais pas si c’est le fait que je sois la seule femme parce que je ne suis pas du tout considérée comme « La gonzesse du groupe », mais j’ai un côté un peu rassurant pour eux. Je leur fais du bien spirituellement du fait d’être détendue.

Crypp : Dans Except One je fais beaucoup de trucs administratifs (SACEM, papiers, etc). Je suis un vrai psychorigide. On a un serveur partagé et je suis le mec qui range tout, qui nettoie tout, qui fait en sorte que tout soit à sa place. Dans EHP, on n’est que quatre membres, je m’occupe aussi de tout ce qui est administratif, mais également stratégie commerciale, marketing. On a un très bon compositeur, un très bon graphiste, un super mec qui fait tout ce qu’il faut sur Internet et moi je m’occupe de tout ce qui va être la communication, les publications, les échanges …

Ta place et ton attitude sur scène ?

Fafa : Je sais qu’avec Crypp on est le même genre de personne !

Crypp : Ah oui ! Surtout Monolyth et Except One parce que ce sont des groupes avec deux guitaristes, et forcément ils prennent les 2 coins donc toi t’es en train de te balader à chercher ta place !

Fafa : C’est ça ! C’est marrant parce que comme dit Crypp, on a chacun dans une de nos formations deux gratteux qui prennent les deux coins de la scène, et chaque fois au moment des balances on commence par le batteur, après ce sont les gratteux : « tu veux quoi dans les retours gna gna gna », et toi en tant que bassiste tu n’as pas forcément de retour, et on te dit : « tu veux te mettre sur quel retour ? ». Alors je dis : « tu me mets de la basse dans TOUS les retours parce que de toute façon je ne tiens pas en place, je vais me balader partout ». Je ne peux pas rester au même endroit, c’est impossible.

Crypp : C’est l’horreur, surtout sur les petites scènes où t’es obligé !

Fafa : Oui, du coup tu fais d’avant en arrière, c’est chiant … Le Klub à Paris par exemple, les coups de manche que j’ai mis dans la tronche des autres parce que je voulais bouger !

Crypp : C’est vrai qu’on a un grand manche, et qu’on soit droitier ou gaucher, il y a toujours un musicien du mauvais côté. Chaque fois, quand on veut repartir en arrière, c’est l’angoisse ! En plus je ne fais pas des choses compliquées à la basse donc je peux bouger facilement.

Fafa : Pareil, c’est pas du tout compliqué ce que je fais à la basse, je peux aller embêter un guitariste en plein solo, arriver derrière et lui lécher l’oreille …

Ta plus belle scène ?

Fafa : En vrai il y en a eu pas mal de catastrophiques mais il y en a eu pas mal de bonnes aussi … Crypp quand tu as joué à l’Empreinte en première partie de Lacuna Coil ça a dû être top. C’est une salle que je connais très bien, dans laquelle j’ai déjà joué, et je sais que les conditions sont vraiment top là-bas.

Crypp : Les conditions étaient top, on avait un son de furieux, on était très excités. En plus Lacuna Coil c’est un groupe que j’écoute depuis que je suis môme, bien avant d’avoir commencé la basse. Le bassiste est très bon, et il était là en face de moi, on a discuté, c’était super …

Par contre, une des scènes les plus dingues humainement parlant, ça a été le dernier concert de la tournée qu’on a fait avec HateSphere. C’était la première tournée, on avait fait plein de dates avant, et ce soir-là il n’y avait pas spécialement de monde, c’était notre dernière date et je peux t’assurer qu’on a tout donné. On avait passé une douzaine de jours ensemble, on picolait tous les soirs, on se réveillait ensemble tous les jours, on connaissait l’odeur des pieds de tout le monde ! Et lors de notre dernier concert, tu vois CE dernier concert, on s’est totalement lâchés. Ça reste un de mes plus beaux souvenirs. J’ai adoré cette communion, on se regardait sur scène, il n’y avait pas besoin de mots, de communication ou de chorégraphie, on faisait ce qu’on aimait le plus faire.

Fafa : Je te rejoins un peu parce que, en réfléchissant, oui il y a eu des concerts où les conditions étaient vraiment top au niveau du son, de l’accueil, etc, notamment au Lions Metal Fest l’année dernière avec Monolyth, mais je reste sur les tournées que j’ai fait avec eux. Quand tu t’entends bien avec les mecs de ton groupe, tu as une osmose qui se met en place. Peu importe les scènes que tu fais, tu es en tournée avec ton groupe et en gros ça devient ta famille pendant une dizaine de jours ou plus. Quand je suis rentrée dans le groupe je ne connaissais que Julien, le guitariste rythmique. Je suis partie avec des mecs que je ne connaissais pas du tout. Je ne leur ai pas forcément fait une bonne impression dès le premier soir mais on est partis en ne se connaissant pas et on est revenus en frangins.

Fafa Live 4 - Fred Bikerkiss
Photo : Fred Bikerkiss

Ta période préférée : compo, enregistrement, tournée ?

Fafa : J’aime beaucoup les trois. Je compose très peu dans Monolyth, c’est vraiment plus Amaury, notre chanteur, et les guitaristes qui composent. Je ne suis pas très forte pour ça, je ne vais pas m’en cacher. J’aime beaucoup les enregistrements, et par contre les tournées … Si je ne pouvais faire que ça, je ne ferais que ça !

Crypp : Je suis plutôt enthousiaste sur les trois. Je rajoute un autre aspect que j’aime beaucoup, ce sont les réunions. C’est le moment où tu te projettes dans plein de délires, plein de trucs parfois inaccessibles … J’adore, il y a l’émotion. Ça c’est vraiment ma période préférée où tout le monde commence à avoir plein d’idées. Sinon, je vais être franc, les tournées, le studio, les concerts, c’est toujours selon avec qui tu es. Je sais que l’enregistrement dans certains de mes anciens groupes, ce n’était pas la partie la plus amusante. Le metal, ce n’est pas vraiment le style à enregistrer le plus amusant, réellement pas. Je bosse dans d’autres styles où je me marre mille fois plus.

Fafa : Pareil, c’est vrai que le metal ce n’est pas super intéressant à enregistrer. Par contre, ma meilleure expérience c’était dans le blues rock où on faisait des enregistrements live et c’était vraiment intéressant.

Crypp : Je suis d’accord avec toi. Avec certains groupes ça va être plus marrant de faire du studio que du live parce que ça s’arrange tout le temps à la toute dernière minute, c’est genre : « cette note, écoute comment ça sonne », « mais mec, on a fait trois putain de sessions de pré-prod, pourquoi on change encore maintenant ?! ». Je travaille dans des studios de hip-hop où quand j’arrive il y a déjà une ligne de basse, je prends le morceau et j’arrange la basse. A chaque fois on redécouvre des choses.

En fait, tous les aspects d’un groupe sont importants du moment que tu as cette part de rêve, et cette part de rêve elle s’entretient avec les bonnes personnes.

Il y a des moments moins drôles dans la vie d’un groupe, c’est normal. Il t’arrive une merde, ou on n’était pas d’accord sur ci ou ça mais ça passe vite.

Un truc que tu as très envie de réaliser en tant que bassiste ? (hormis une interview croisée dans Metal Overload bien sûr !)

Fafa : Pour le coup je n’ai jamais été bonne au slap. Je sais que Crypp est extrêmement doué. Peut-être qu’un jour quand j’aurais la motivation … Savoir bien jouer du slap.

Crypp : J’aimerais bien faire autre chose qu’une fondamentale !

Sérieusement, il y a un truc que j’aimerais savoir vraiment faire techniquement à la basse pour ne plus jouer au médiator, c’est le slap aller/retour. Je sais slapper, je peux aller assez vite, mais slap aller/retour c’est vraiment un confort de jeu pour obtenir de la vitesse, ou même une rythmique totalement différente.

Après, grâce à Except One, et je remercie vraiment ce groupe de m’avoir autant apporté que ça soit humainement que musicalement, j’ai accompli énormément de mes rêves. J’ai fait mon premier clip avec eux, mon premier album, j’ai fait des tas de scènes, ma première tournée, mon premier festival. Aujourd’hui, ce que j’aimerais qu’on fasse, c’est un gros festival, même à 10h du matin peu importe, mais je rêverais de faire un Motocultor ou un HellFest, un Wacken.

Fafa : J’avoue, je l’ai fait au chant et c’était énorme ! J’étais choriste ! C’est fou quand t’as 5000 personnes devant toi qui hurlent.

As-tu d’autres hobbies ?

Fafa : Beaucoup trop ! Je me tape des pulsions obsessionnelles régulièrement. Il y a un moment dans ma vie où je vais vouloir absolument faire du dessin, d’un seul coup j’ai envie de créer des bijoux, puis après j’ai envie de faire de la peinture … Ca reste dans la création. J’en ai un qui reste, c’est la photo. J’ai d’ailleurs fait un shooting de Crypp.

Crypp : Je suis en kiff de tes photos Fafa. Elles sont géniales !

Fafa : Ah merci beaucoup ! Et Crypp est un excellent modèle.

Crypp : Mon premier hobby reste la basse. A côté de ça j’adore tout ce qui est DC, Marvel, j’ai pas mal de bouquins, de figurines, etc … Je fais aussi beaucoup de sport. J’adore les séries. Je suis comme Fafa, mais en moins manuel ! J’adore les jeux de rôles, les jeux de cartes, j’aimerais essayer Dungeon and Dragons. Et dernièrement, j’ai découvert l’ébénisterie. Sinon, le truc que vous allez trouver un peu étrange, mais mon premier hobby en plus de la musique, c’est mon travail. C’est mon équilibre.

Crypp by Fafa
Crypp by Fafa

Est-ce que tu as animal de compagnie ou un Doudou ?

Crypp saisi une grosse peluche Yoshi qui se trouve juste à côté de lui.

Fafa : Donc a priori Crypp c’est Yoshi ! Moi j’ai un bouledogue français qui répond au nom de Noob ou Boudin pour les intimes. Et par procuration, mon copain a deux chiens qui sont mes doudous aussi. Un croisé boxer-labrador et l’autre qui est croisé staff malinois. On a ce petit trio qu’on adore.

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chiens Fafa

La période est propice, tes vacances préférées ?

 Fafa : Je suis actuellement en road trip. On a un camion aménagé et on se ballade un peu partout au jour le jour avec notre camion, c’est ça que j’aime : faire ce qu’on veut quand on veut. Je ne supporte pas les contraintes.

Crypp : Avec deux groupes de musique, j’ai beaucoup de congés qui sont partis dans des enregistrements et des concerts, donc peu de vacances. Sinon je suis plutôt comme Fafa, j’adore partir à l’aventure. J’aime beaucoup les maisons d’hôtes ou dormir chez l’habitant. Je n’ai pas réellement de programme, mais je ne pourrai jamais me mettre dans un hôtel en me disant : « je vais faire tel musée demain, tel site, etc. ».

Nous arrivons au moment fatidique où nous allons nous quitter. Un grand merci à vous pour cette première expérience de l’interview croisée. Pour finir, ton actu dans les mois qui viennent ?

Fafa : Chez Monolyth on est en fin de composition. Je pense qu’il y a une éventualité pour que l’album sorte au printemps 2021. Il y a aussi des dates de concerts qui sont confirmées mais qui ne sont pas encore communiquées donc on ne peut pas trop en parler. Mais pour la fin d’année, si concerts possibles, il y en aura du côté de Monolyth c’est sûr.

Crypp :  Avec Except One on est en train d’enregistrer l’album. Je pense qu’on va avoir une belle surprise avec le dernier line-up. Je ne peux pas vous dire quand il va sortir mais c’est pour bientôt. Et chez EHP, l’EP sort le 9 septembre, et s’en suivra d’autres choses. On prépare pas mal de choses, hormis des dates. Il faut être honnête, aujourd’hui un groupe qui démarre, pour trouver des dates, ce n’est pas impossible, mais je pense qu’il y a d’autres groupes qui méritent plus la place que nous. Dans l’immédiat on va continuer à bosser, et si on trouve des opportunités on les fera. On a décalé les dates de l’EP à cause du Covid et à cause de censures YouTube sur notre clip. Les dates qu’on commençait à avoir sont annulées progressivement. On ne vit pas ça comme un stress mais plutôt comme une bonne expérience parce que malgré tout, l’EP est super. La période n’est pas propice aux concerts mais si on nous propose des dates, on court ! On a eu la chance de faire notre résidence à l’Usine à chapeaux, c’est une immense salle qui est vraiment bien. On a un show rodé, on sait quoi faire sur scène.

A côté de ça, c’est une actualité que peu de gens savent, il y aura un album solo. J’adore la funk et les morceaux des années 90 et 2000. Ça fait deux ans que je travaille sur un projet et j’enregistre l’année prochaine. J’attends de voir avec qui je vais bosser en studio puis je contacterai d’autres musiciens. C’est un truc qui me turlupine depuis quelques années. Ça sera un album concept juste pour me marrer … Et pour perdre beaucoup d’argent. Je n’ai pas envie que ça aille sur scène, c’est vraiment un truc studio, un délire.

Crypp Live 2 - Djinn Photography
Photo : Djinn Photography
Fafa Live - Freddy Gheorghe
Photo : Freddy Gheorghe

Photos : La Dame Blanche Photography (Crypp) & Laura Lazurite (Fafa)


Asylum Pyre : Rejoignez la Résistance !

Asylum Pyre : Rejoignez la Résistance !

Asylum Pyre fait partie de ces groupes qui ne laissent pas indifférent et dont on a peu de mal à se souvenir. Découvert pour ma part il y deux ans lors de leur unique date dans le Nord de la France, je me rappelle avoir été impressionnée par leur capacité à s’approprier les lieux et à captiver le public. Dès les premières secondes du show, le groupe déverse une énergie époustouflante dans toute la salle, sans jamais la relâcher. Et plus les titres défilent, plus on en redemande. Il en est de même pour leur quatrième album intitulé tout simplement « N°4 », sorti il y a un peu plus d’un an chez M&O Music.
« N°4 » est un concept album qui nous propulse en 2052 dans un monde dévasté. Chaque membre du groupe représente un personnage d’une association de résistants, défenseurs de Mère Nature. L’album nous raconte leur histoire, leur combat. L’intro sonne comme la première page d’un livre qui s’ouvre tout en douceur, on sent que c’est le calme avant la tempête. Avec ses allures de comptine, cette première piste nous permet très rapidement de faire connaissance avec les deux voix principales de cet album. Il s’agit du premier opus avec la chanteuse Ombeline Duprat, alias Oxy Hart. Avec les onze titres qui suivent, on est ballottés entre des morceaux très puissants comme « Dearth », « Lady Ivy » ou « The Right To Pain », et d’autres petites douceurs comme « Into The Wild » ou « On First Earth » (qui a récemment fait l’objet d’une « vidéo de confinement »). Deux singles sont sortis peu de temps avant l’album : « Sex, Drugs & Scars », sous forme de lyrics video, avec la participation du chanteur de Beast In Black, Yannis Papadopoulos, et « One Day » avec un clip digne des plus grosses productions, où l’on peut découvrir les différents personnages incarnés par les membres du groupe.

Musicalement parlant, cet album regorge de surprises. A la batterie, oubliez les tapis de double ou les blast beats, c’est à coup de gros patterns groovy qu’on vous botte les fesses. La basse est bien présente et donne toute la profondeur au son, tout en s’accordant une chouette petite partie solo sur « One Day ». Côté guitare, on est clairement sur de l’incisif à grosse disto, avec une mention spéciale pour le début fracassant de « Lady Ivy ». Les solos sont réalisés par Nils Courbaron (Sirenia, T.A.N.K). Le tout est agrémenté de nombreux sons de synthé qui donnent un côté électro moderne à l’album. Au niveau des voix, Oxy nous dévoile ici l’étendue de ses capacités. On la sent à l’aise aussi bien sur des parties calmes et posées où on a presque l’impression qu’elle chuchote à notre oreille, que sur des passages où elle peut laisser éclater toute sa puissance comme sur l’après-solo de « Lady Ivy ». Les parties vocales masculines sont assurées par Johann Cadot, guitariste, principal compositeur et auteur, et autant dire que la symbiose entre les deux chanteurs est remarquable.
L’album s’achève sur « Cemetary Road », une pépite selon moi, qui nous permet une fois de plus d’apprécier la diversité du chant d’Oxy et le travail de nuances apporté par l’ensemble du groupe.
En résumé, ce « N°4 », c’est l’album qu’il te faut quand tu as besoin d’une grosse claque musicale … Mais attention, futur « Fighter », lorsque tu auras appuyé sur « play », tu ne pourras plus t’en passer.

Asylum Pyre No4 pochette

Il y a quelques jours j’ai rencontré virtuellement Ombeline, confinée en Bosnie, et Johann. Ils nous en disent un peu plus sur le groupe et les projets à venir.

Asylum Pyre a 10 ans ! Johann, lorsque tu as démarré le projet, tu imaginais que ça irait aussi loin ?

J. En fait ça n’a jamais été vraiment réfléchi, je n’ai même jamais pensé avoir de groupe quand ça s’est fait. C’était juste des gens que j’ai rencontré plusieurs fois par hasard, on a fait un bœuf un jour, et peu à peu on a amené une compo, on s’est trouvé un nom, on a fait une démo … Aujourd’hui on pense quasiment à l’album d’après alors qu’on est en train d’enregistrer l’actuel mais au début pas du tout, on ne savait pas du tout ce qu’on faisait, où on allait … On ne savait pas jouer … (rires)

Si tu devais recommencer, est-ce que tu referais tout de la même manière ? Que voudrais-tu changer ?

J. Je pense que je travaillerais un peu plus la théorie et l’instrument avant de me lancer. Il y a eu pas mal d’erreurs dans l’histoire du groupe. Certains choix de personnes n’ont pas été les bons à un certain moment, certains comportements non plus, moi y compris. Prendre plus de recul, essayer d’avoir plus confiance à certains moments … Je n’ai pas la réponse en fait. A part un album qu’on aurait dû arrêter en cours d’enregistrement, se reposer et recommencer depuis le début (Spirited Away), le reste finalement c’était l’évolution naturelle des choses.

J’aurais aimé que le premier bassiste, Julien, puisse rester dans le groupe. J’adore les membres du groupe aujourd’hui, je n’ai aucun problème, au contraire, mais c’est vrai que c’est quelqu’un avec qui on a construit le groupe et qui apportait quelque chose d’autre au projet, quelqu’un d’intéressant, et je regrette d’avoir perdu ce contact-là. J’aimerais l’avoir en plus mais je n’en enlèverais aucun dans l’équipe actuelle.

Ombeline, tu as rejoint le projet assez récemment, il y a deux-trois ans je crois ?

O. Même d’avantage maintenant, fin 2016. Ça commence à dater ! J’ai l’impression effectivement que c’était il y a deux ans mais ça va faire quatre ans cette année. Johann commençait juste à faire les maquettes de N°4 quand on s’est rencontrés.

Qu’est-ce qui t’as donné envie d’intégrer le groupe ? Comment cela s’est -il passé : est-ce que c’est toi qui t’es positionnée ou est-ce que c’est le groupe qui est venu vers toi ?

O. Ça a été une recommandation. Je connaissais déjà Asylum, j’avais vu le groupe jouer auparavant et j’étais super contente quand Johann m’a contactée. C’est un ami, Steve, bien connu de la scène metal parisienne, qui a dit à Johann de s’adresser à moi quand il recherchait une chanteuse. Un jour j’étais au travail et j’ai reçu un message de Johann : « Bonjour, j’aimerais te parler » [lol]. Ensuite j’ai passé une audition. Ce jour-là je suis partie de chez Johann je faisais plus que la gueule, je n’étais pas du tout contente. Il faut quand même dire que Johann a une façon assez particulière de faire passer des auditions. Je suis arrivée chez lui et il m’a présenté les nouveaux morceaux. Il m’en a donné un et m’a dit « tiens vas-y, chante ! ». En gros ça s’est passé un peu comme ça. Je pense qu’on est restés au moins deux ou trois heures ensemble et je suis repartie sans même lui dire au revoir [lol]. Ce n’était pas envers lui c’était envers moi, je pensais vraiment ne pas avoir été à la hauteur.

Vous avez une belle équipe avec vous, pouvez-vous nous parler un peu des autres musiciens ?

J. Non … [lol]

O. On les aime beaucoup, ils nous manquent énormément.

J. En fait le plus ancien dans le groupe après moi c’est Thomas, qui est arrivé 7-8 mois avant Ombeline, quand on préparait les deux tournées avec Stream of Passion et Luca Turilli. Excellent batteur qui amène une touche rock et énormément de groove dans la musique.

O. Et tribal, une touche Rock et Tribal je dirais.

J. Il apporte vraiment quelque chose d’intéressant à Asylum. C’est d’ailleurs à partir d’un de ses patterns de batterie qu’on a quasiment revu toute la copie sur Dearth qui est devenue ce qu’elle est aujourd’hui. Au début il y avait un truc dont on n’était pas contents. On a revu certains passages avec Thomas, et puis le refrain et d’autres passages avec Ombeline, et finalement le morceau n’a plus rien à voir avec sa première version.

Ensuite il y a notre ami P.E à la basse … Alors à la basse et puis maintenant à la guitare, puisqu’il est arrivé d’abord en tant que bassiste, puis il est parti, puis il est revenu. Il a dû partir à cause de problèmes personnels, nous n’étions pas fâchés, il n’avait plus le temps. Et puis finalement il a de nouveau eu le temps et il est revenu en tant que guitariste, ce qui a été une grosse surprise. On l’a réintégré et on est ravis de pouvoir le retrouver. Il a une grosse expérience, il a été dans un groupe qui s’appelle Heavenly très connu des amateurs de Power Metal, il a fait des grosses tournées avec Stratovarius par exemple, ou Edguy à l’époque. Excellent musicien aussi.

Et le petit dernier, Fab, autrement appelé « Le Saumon », qui nous a rejoint depuis notre petite expédition en Slovénie pour les MetalDays où il avait dû justement remplacer P.E à la basse, et qui, depuis nous a rejoint en tant que fier bassiste. Excellent musicien, super sympa également.

Asylum Pyre band

De quoi êtes-vous le plus fier concernant Asylum Pyre ? Qu’est-ce qui fait votre force, selon vous ?

O. Alors si je peux me permettre, je ne peux évidemment pas parler pour toute la carrière du groupe, mais à titre personnel c’est le dernier album et surtout le fait que, pour celui qui arrive, on a tous appris à se connaître. Avec N°4 on a fait un premier essai des influences des uns et des autres, et Johann a réussi à se les approprier et à les combiner tout en gardant le style Asylum Pyre. Parfois quand tu as un compositeur, tu reconnais sa propre patte et c’est tout, mais Johann est hyper ouvert sur ce qu’on peut apporter. Il inclut toutes les idées, on les retravaille, et ça c’est vraiment chouette. Du coup, il y a quand même la patte de Johann qu’on reconnait parfaitement en tant qu’auteur et essentiellement compositeur, mais aussi par exemple le côté un peu fusion, rythmique africaine de Thomas dont je parlais tout à l’heure. Johann est très ouvert par rapport à ça et c’est un vrai plaisir de pouvoir avoir des patterns … tu vois « Toum toukoutou koum » [Ombeline nous chante une rythmique de percussions africaines … un vrai bonheur].

J. Effectivement, je dirais réussir à mélanger les influences de tout le monde. Je viens de nulle part niveau musical, je n’ai aucune base, je n’ai pas pris de cours, je suis parti de zéro … Comme disais un très bon pote qui est passé dans Asylum en tant que bassiste : « Etre arrivé là où tu es avec ce que tu connais c’est incroyable ». C’est peut-être un peu ça la fierté du groupe, en partant de rien du tout et avec très peu de bases, d’arriver à faire quelque chose de sympa et d’avoir pu faire des albums (notamment le dernier) qui ont de la gueule, d’avoir pu jouer l’année dernière dans des salles de 1500 personnes avec un accueil chaleureux, ça c’est une vraie satisfaction pour le groupe.

O. Petit aparté, je rebondis sur ce que disais Johann, il y a quand même aussi quelque chose de très franco-français où tu dois avoir fait des études de musique etc. Tu as toujours le syndrome de l’imposteur : parce que tu n’auras pas fait telle classe de musique, on va te le faire remarquer parfois. Pour moi c’est une question d’écoute, d’assimilation de ce que tu as déjà pu écouter, après bien sûr il y a la part de talent qui fait que tu vas savoir assembler les choses. C’est aussi le rôle de Johann, le chef d’orchestre, de parvenir à mélanger tout ça.

Avec l’album N°4 vous avez amené tout un univers avec des tenues de scène qui sont plutôt d’actualité. D’où est venu ce concept ?

J. C’est une évolution depuis le début du groupe. Quand on regarde les paroles dès le début ça parlait déjà un peu de ces choses-là. L’année dernière on a d’ailleurs fait un historique de ce que raconte chaque album, et même si ce n’était pas forcément conscient on se rendait compte qu’il y avait une évolution des thématiques assez naturelle depuis la prise de conscience jusqu’au futur proche, jusqu’à une hypothèse du futur plus ou moins proche. Et après ça a été des échanges, des discussions sur ces sujets liés à l’environnement, à la protection de la planète qui me touchent beaucoup. On parle souvent de ces choses-là dans le groupe, on peut déconner un instant et puis tout d’un coup parler politique ou de l’avenir du monde. On ne s’ennuie jamais niveau sujet de conversation. On a beaucoup échangé sur cet univers-là, notamment en discutant de la pochette et de ce que les paroles traduisaient. Donc c’est un peu une maturation longue et commune.

O. C’est ça, ça suit aussi l’évolution de la société, les prises de conscience plus ou moins récentes. De mon côté déjà avant de rejoindre le groupe j’étais déjà consciente, je militais pour WWF notamment, donc les thèmes abordés par Johann ce sont des problématiques que je connais depuis une dizaine d’années voire plus. Il y a une conscience écologique et de devenir du monde, c’est l’avantage de cet album et aussi de l’album à suivre et des prochains, c’est que nous suivons nos propres cheminements. Concernant le masque et le fait que ça ait été designé comme ça pour la pochette, on a un esprit assez cynique, il faut le reconnaître. Pas dans le mauvais sens du terme à toujours tout critiquer, mais plutôt mettre les choses en observation, les confronter. J’avais vu que Louis Vuitton proposait des masques en Chine avec leur acronyme, et c’est assez intéressant de voir que cet outil qui n’est pas du tout esthétique était finalement devenu un outil fashion. C’est complètement cynique quand tu regardes la façon dont ils sont fabriqués, c’est proprement toxique, c’est une catastrophe écologique, mais à côté de ça tu restes quand même dans le côté Fancy et ça corrobore exactement ce qu’on pouvait dire dans les paroles. Il y a toujours des messages à double sens, tu peux comprendre les paroles de façon détachée comme si c’était une histoire, mais si tu creuses un peu tu as énormément de références à plein de choses actuelles.

J. C’est vrai que le coup du masque qui devient un accessoire de mode on ne pensait pas qu’il viendrait aussi vite !

J’ai entendu dire que le prochain album était déjà bien avancé. Que pouvez-vous nous dire sur celui-ci ?

J. Déjà il est très probable qu’il y ait une part I et une part II parce qu’on a déjà pas mal de titres initialisés. Donc même si on va certainement retravailler dessus il y a au moins la base pour une vingtaine de titres. On va les enregistrer comme deux albums, mais comme thématiquement ça va se rapprocher, il y a l’idée d’avoir deux parties. Niveau histoire ça va être la suite de ce qu’on a fait sur N°4. Niveau musique il y a encore des évolutions, encore un peu plus de tribal. On s’était amusés à trouver un nom de style un jour. Comme on n’arrivait pas à définir notre style on disait modern power metal, mais c’est très résumé. Alors on avait dit qu’on faisait du modern and traditionnal power speed electro pop metal avec des touches tribales. Donc ça va être à peu près ça.

Ombeline, sur l’album N°4 tout était déjà quasiment fait quand tu es arrivée, cette fois est-ce que c’est toi qui va composer les parties de chant intégralement ?

O. Non c’est Johann parce qu’il a de bien meilleures idées que moi en matière de chant, si j’ai des propositions bien sûr je vais lui en faire part. Là où je ne suis pas mal c’est pour faire tout ce qui est double voix, et les petits arrangements du fait de mes influences mais ça ça viendra après, dans un second temps.

J. Il y a une vraie touche World que Ombeline apporte sur certains passages.

O. Et Jazz ! C’est ce que Johann appelle « Oxyser » le morceau. Je suis saxophoniste de formation, donc forcément il y a des trucs un peu … ça swing ! C’est ma spécialité.

J. Il y aura encore plus de mélange qu’avant en fait, il y aura quelques petits passages qui vont surprendre les gens je pense.

O. On pourra dire à nouveau qu’on fait du « putassier ».

Quelles sont vos ambitions pour ce nouvel album, et de manière plus générale, pour le groupe dans les quelques années qui viennent ?

O. En toute logique évidemment ça serait de pouvoir défendre l’album. Ensuite je pense que ce sur quoi il faut qu’on mûrisse ce sont les éléments scéniques, renforcer le visuel qui a déjà été développé. Ce n’est pas donné à tout le monde, il faut pouvoir penser les choses graphiquement, il faut avoir une idée de la scénographie, et quand ce n’est pas ton métier ce n’est pas toujours évident de l’envisager.

J. Pour l’instant on ne sait pas trop quand les concerts vont pouvoir revenir. On a un certain nombre de concerts qui sont tombés à l’eau, on en a un en Angleterre normalement en septembre mais il y a de gros risques pour qu’il soit annulé aussi. Donc c’est compliqué aujourd’hui d’avoir cette visibilité-là malheureusement.

O. Je pense aussi qu’en ce qui concerne Asylum, il faut essayer d’utiliser les nouveaux outils médiatiques. Comme l’a dit Johann on ne sait pas quand vont reprendre les concerts, et on devrait profiter de ce temps-là pour mieux se positionner d’un point de vue digital. Ça peut faire partie aussi des projets du groupe.

Cette période de confinement vous a-t-elle permis de réaliser des choses que vous aviez laissées de côté auparavant, pour Asylum Pyre et/ou pour d’autres projets ?

J. Pas mal oui … ranger, déjà ! Et puis personnellement j’ai avancé sur plein de projets, du coup là j’ai 5-6 albums qui n’attendent plus qu’à être enregistrés et arrangés.

O. C’est tout ?

J. Oui je parle pour ceux qui sont finis.

O. J’étais un peu déçue à vrai dire.

J. Non sinon il y en a 17 ! Je ne compte que les chansons qui sont à peu près structurées, si on ajoute toutes les idées, les choses où il n’y a que des bouts ou un refrain, on peut multiplier par deux. Et toi Ombeline ?

O. C’était bien de pouvoir enfin se poser pour pouvoir faire des petits trucs, ne serait-ce que revoir les maquettes, tout ce qui a déjà été fait, etc. En règle générale je manque de temps. Et à côté du groupe, j’ai des projets de série. J’ai enfin pu me poser, et vu que j’avais pris mes caméras avant de partir, j’en profite d’être en Bosnie pour pouvoir tourner ce que j’avais en tête. Finalement c’est du temps de gagner sur la suite, quand il va falloir se remettre à temps plein. J’avais aussi un projet de websérie sur la Bosnie sur lequel on a vraiment bien avancé. Et j’ai remis à jour mon site, bref plein de petites choses. Ça a été profitable pour ça.

On a tous rangé un peu autour de nous finalement …

O. Oui d’un point de vue physique et mental aussi !

Ça a permis de faire un recentrage, de s’apercevoir des petites choses qu’on a tendance à oublier surtout en région parisienne je trouve. Finalement tu t’attaches à des choses beaucoup trop matérielles, des comparaisons avec autrui. Hier il faisait orage, j’étais dans le lit et je me disais « mais ça c’est vraiment le bonheur ultime » quand tu peux commencer à t’endormir avec l’orage et la flotte, qu’est-ce que t’as besoin de plus ! C’est le genre de chose quand tu es trop dans un tumulte, et notamment à Paris, tu finis même plus par l’apprécier, tu ne t’aperçois même pas que tu as ça autour de toi. Le fait que les choses aillent un peu plus lentement, en tout cas de mon côté, ça a permis une espèce de recentrage qui était absolument nécessaire.

J. Je suis assez d’accord avec ce que tu dis là, et ça me fait penser à un jeu de mot que j’ai vu passer il n’y a pas longtemps : « Je ne veux pas revenir à l’anormal » et c’est un peu ça. Quand j’ai vu les gens dans les rues, toutes les voitures, je me suis dit « non je ne veux pas revenir à ça ».

Merci beaucoup d’avoir répondu à ces quelques questions. Nous avons hâte de découvrir ce cinquième album et de vous retrouver sur scène. Un dernier mot pour terminer ?

O. J’ai coutume de dire « restez curieux ». On parlait des effets positifs de la quarantaine, en tout cas pour ceux qui ont eu la chance de ne pas avoir de proches malades, il y a justement le fait d’avoir pu découvrir des choses. Certes il y a des gens qui se sont ennuyés, mais pour la plupart ils ont commencé à apprendre une nouvelle langue, ou à se remettre à un instrument. Donc : essayons de faire en sorte que ce qu’on a pu apprendre pendant la quarantaine puisse continuer, restons curieux.J’ai coutume de dire « restez curieux ». On parlait des effets positifs de la quarantaine, en tout cas pour ceux qui ont eu la chance de ne pas avoir de proches malades, il y a justement le fait d’avoir pu découvrir des choses. Certes il y a des gens qui se sont ennuyés, mais pour la plupart ils ont commencé à apprendre une nouvelle langue, ou à se remettre à un instrument. Donc : essayons de faire en sorte que ce qu’on a pu apprendre pendant la quarantaine puisse continuer, restons curieux.

J. Pas mieux !


Photos : Alban Verneret

Pour suivre l’actualité d’Asylum Pyre :


Cellar Darling en campagne puis en live !

Cellar Darling en campagne puis en live !

Le 13 avril dernier, devait avoir lieu le premier concert de la tournée européenne de Cellar Darling en compagnie du groupe Turilli / Lione Rhapsody. Pandémie oblige, toutes les dates sont annulées un mois plus tôt. Mais le trio ne se laisse pas abattre, tout de suite, ils proposent un live streaming pour compenser au mieux. La date annoncée est le dimanche 5 avril. Entre temps, les mesures de quarantaine prennent plus d’ampleur et il devient rapidement impossible de maintenir cette date. À force de propositions, Cellar Darling lance alors sa Lockdown Content Campaign.

La "Lockdown Content Campaign"

Il s’agit alors de faire patienter le public jusqu’au moment où le live streaming pourra avoir lieu, de rester proche des fans, de montrer qu’ils sont bien là, et qu’ils ont la niac. Et pour ce faire, le groupe va proposer pas moins d’une dizaine de vidéos durant tout le mois d’avril. La campagne débute le 5 avril par un live chat avec Anna Murphy, Ivo Henzi et Merlin Sutter, le groupe répond aux diverses questions des fans. Parmi les vidéos suivantes, on retrouve notamment des playthroughs, des versions acoustiques de « Under The Oak Tree » et « Death », des vidéos « A day in the lockdown of … » avec Ivo Henzi et Merlin Sutter, ou encore une version voix/vielle à roue du titre « The Spell » par Anna Murphy.

La nouvelle date annoncée pour le live streaming est le 3 mai, et cette fois, elle est maintenue. Il est proposé un système de « Pay As You Want » pour soutenir le groupe, mais la vidéo est également accessible gratuitement. À noter que si on contribue à hauteur de 15€, nous recevons une carte postale dédicacée.

Le Live-Streaming

Dimanche 3 Mai, aux alentours de 20h20, nous retrouvons le groupe au Soundfarm Studio, en Suisse, dans une ambiance chaleureuse. Un post Facebook annonce quelques minutes avant « Nous avons branché environ cent câbles, quatre caméras, vingt-quatre canaux audio et connecté le tout sur Internet. Mais rien n’a été pré-enregistré et tout sera en direct ! ».

Le concert commence presque tout de suite après le lancement du streaming avec le titre « Pain ». Une caméra est braquée sur Anna Murphy qui jongle entre la vielle à roue, la flûte et le clavier en plus du chant, une autre caméra sur la batterie de Merlin Sutter, une troisième sur le duo guitare/basse Ivo Henzi et Nicolas Winter (bassiste de session du groupe), et une dernière fait un plan large du studio. Le son est très agréable avec beaucoup de reverb notamment sur la batterie, tous les instruments sont distincts, on assiste à un vrai live de qualité. Les titres s’enchaînent : « Death » (avec son magnifique solo de flûte), « Love », « The Spell ». L’absence d’applaudissements et de jeux de lumière entre les chansons surprend un peu au début, mais l’enchaînement se fait rapidement. Anna Murphy prend la parole après ce quatrième titre. On la sent stressée, et c’est d’ailleurs ce qu’elle explique durant son intervention : ils sont nerveux et elle a perdu sa voix pendant les balances.

C’est ensuite les titres « Insomnia » et « Freeze » qui sont joués. Puis, une nouvelle intervention où le groupe lit quelques commentaires sur le chat YouTube pour avoir le ressenti du public : « Parle plus ! », ce à quoi la chanteuse répond « Mon cerveau est en train de fondre ! ». Ah ah !

Le titre « Black Moon » prend la suite, puis « Hullaballoo », « Starcrucher », « Fire Wind And Earth » et « Six Days ». Avant le dernier titre, Anna annonce : « C’est le moment de la question : est-ce que vous en voulez encore ? ». Le groupe nous offre alors un « Avalanche » magistral pour clôturer le concert qui aura duré un peu plus d’une heure, le tout sans incident technique. Environ 30 minutes après le début du live nous étions 1500 connectés. Ce live streaming est, selon moi, une belle réussite. Les quatre musiciens se sont donnés à fond et sont restés souriants et enthousiastes du début à la fin, ce qui a largement permis de combler les caméras et lumières fixes.

Le direct se termine sur une dernière intervention d’Anna qui remercie assez longuement le public qui a regardé le live et ceux qui ont contribué pour permettre au groupe de « survivre » pendant cette période de crise. Elle est ensuite prise d’un fou-rire lorsqu’elle ajoute : « Je ne sais pas si nous le ferons à nouveau, peut-être pas, nous devons réfléchir à ce qu’il vient de se passer », ce qui laisse à penser que cette expérience a été une véritable aventure pour eux. Quelques minutes avant, elle avait déjà laissé échapper un : « C’est incroyable ! ».

Pour ceux qui ont raté le live, il est toujours disponible sur la chaîne YouTube de Cellar Darling (https://www.youtube.com/watch?v=vk7Sp44ySso&t=148s), ainsi que toutes les vidéos de la Lockdown Content Campaign.

Cellar Darling before live

Crédit photo : Urs Gantner


Dear Mother, nouveau bébé de Merel Bechtold

Dear Mother, nouveau bébé de Merel Bechtold

Le 5 mars dernier commençait la campagne de crowdfunding d’un tout nouveau groupe : Dear Mother. Nous retrouvons à la tête de ce projet Merel Bechtold, guitariste dans MaYaN et ex-guitariste du groupe de metal symphonique Delain. À ses côtés, c’est Joey Marin (Delain) qui s’installe à la batterie, et le chanteur russe David Hruska (Deadly Circus Fire) complète le trio.

Le groupe annonce un style modern metalcore. Une preview de quelques secondes comprenant des extraits de trois titres laisse effectivement présager des sonorités modernes, avec des riffs bien lourds sur lesquels on pourra headbanguer à souhait, accompagnés de passages plus planant.

Le crowdfunding se terminait le 1er avril. Mais dans la soirée du 24 mars nous apprenions pendant un direct Facebook de Merel Bechtold que les 100% des fonds espérés étaient atteints. Félicitations ! Le groupe avait annoncé que s’il y avait du surplus, celui-ci servirait à réaliser une autre vidéo. Ce n’est donc pas un, mais bien deux clips que nous pouvons espérer pour ce premier album.

Parmi les contreparties disponibles, il y avait bien entendu les grands classiques : photobook, albums dédicacés, t-shirts, baguettes, médiators, cours d’instrument par Skype, … Mais le trio avait également fait preuve d’originalité puisqu’on pouvait s’offrir, par exemple, un bracelet en corde de guitare fabriqué par Merel, une participation à la composition d’une chanson, une partie de jeu vidéo en ligne avec le groupe, ou encore une balade à moto en compagnie de Merel.

L’enregistrement de l’album est imminent. La sortie est annoncée pour février 2021 et un premier single devrait être révélé en septembre 2020.

La chaîne YouTube du groupe (Dear Mother Official) est déjà très complète. Merel, Joey et David assurent pour le moment eux-mêmes la promotion du projet et nous avons régulièrement droit à des vidéos explicatives sur les treize titres qui composeront l’album.

J’ai eu la chance d’échanger quelques mots avec Joey Marin sur Skype à propos de ce premier album. Ci-après, notre conversation.


« Dear Mother » ça n’est pas commun comme nom pour un groupe de metal. Tu peux nous expliquer ?

Merel est arrivée avec le nom.

Tout le monde a sa propre histoire avec ce nom, parce que chacun a ou a eu une mère, fondamentalement.

Ça sonne bien !

Comment s’organise la composition ? Qui écrit les paroles ?

David, notre chanteur, a écrit toutes les paroles pour cet album.

Merel est le compositeur principal, et David et moi ajoutons ou modifions nos parties.

C’est une collaboration entre nous tous.

Quels sont les thèmes abordés dans cet album ? Vos inspirations ?

C’est personnel à David.

Il y a des chansons qui parlent de suicide par exemple, ou du monde d’une manière générale.

Ce n’est pas un concept album avec un thème principal.

Quand penses-tu enregistrer la batterie ?

Nous allons enregistrer la batterie dès que nous le pourrons. Pour le moment il y a des restrictions à cause de la crise du CoronaVirus. J’espère que ça sera très bientôt, nous allons essayer durant le mois d’avril.

Avez-vous déjà choisi quel serait le premier single ?

Nous n’avons pas encore officiellement décidé, mais la plus forte probabilité est « 12 Years In Exile ». Nous devons choisir le titre qui est le plus représentatif de Dear Mother, le titre qui touchera le plus le public. Je peux te dire maintenant : « c’est cette chanson » et peut-être, un peu plus tard ça sera une autre. Nous attendons que tout soit enregistré pour avoir le rendu final de tout l’album et pouvoir choisir ce qui nous semblera le mieux. Donc, rien de définitif pour le moment.

Quels sont vos projets pour 2021 ? Pensez-vous vous produire sur scène avant la sortie de l’album ?

Je pense que nous allons faire quelques lives « test » pour la sortie de l’album. Cela dépendra de quand nous pourrons répéter. 2021 sera consacrée aux concerts et à la promotion de l’album.

Super ! On sera là !

La question suivante n’est pas en rapport avec la musique mais c’est certainement la plus importante pour nos lecteurs métalleux ? Quelle est ta bière préférée ?

Hum … Je dirais … la Corona ! Et ce n’est pas en rapport avec la situation actuelle. Oui, je pense que la Corona est ma préférée.

Le mot de la fin est pour toi, que voudrais-tu dire à nos lecteurs ?

Merci d’avoir suivi cette interview. Gardez un œil sur Dear Mother, on espère vous voir tous en 2021 !


Photo : Dave Pelham Photography

 

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