Explicit Human Porn sort de l'ombre avec "In Excexx"

Explicit Human Porn sort de l'ombre avec "In Excexx"

Les premiers pas …

Explicit Human Porn est un quatuor batterie, basse, guitare, chant que je classerais dans la catégorie metal moderne. Le groupe a commencé à se faire connaître au début de cette année 2020, notamment avec la sortie de leur premier titre en lyric video : « Radiosilk ». Initialement annoncée pour le 4 mars 2020, le groupe a dû lutter plusieurs semaines avec la censure avant que cette vidéo soit enfin publiée sur YouTube.

In Excexx

Le premier EP, « In Excexx », sort le 9 septembre 2020 et j’ai eu la chance de pouvoir l’écouter en avant-première. Explicit Human Porn est un groupe que je qualifierais de généreux puisqu’avec « In Excexx » il nous offre un EP non pas de quatre ou cinq titres, mais plutôt de sept titres ! Et il s’agit bien de sept vrais titres (pas d’intro, d’outro, etc.), pour un total d’un peu plus de 30 minutes de musique. C’est suffisant pour se faire une idée de la direction que prend la formation. On laisse facilement défiler l’intégralité des pistes sans se lasser. La pochette au format digipack est soignée, avec un petit livret contenant les paroles à l’intérieur. C’est simple, propre, et c’est juste assez. Je dirais que ça reflète bien ce qui nous attend au moment d’appuyer sur « play » : simplicité et efficacité.

De nombreuses fois, on ne peut s’empêcher d’agiter la tête de bas en haut au rythme des gros riffs saccadés menés par le trio guitare (David Revan), basse (Crypp Mor), batterie (Kevin Lanssen). La chanteuse, Lowe North, alterne chant clean et scream avec brio et me rappelle sur certains passages la voix de Cristina Scabbia (Lacuna Coil).

Au niveau du son global, il semble que rien n’ait été laissé au hasard. Un premier EP de qualité avec des sonorités claires et bien distinctes, agréable à écouter… Et réécouter à la première occasion.

Digipack In Exxess - Explicit Human Porn

Mon titre préféré arrive en sixième position : « Madmeds ». Je ne saurais pas trop expliquer pourquoi celui-ci en particulier, quoi qu’il en soit, j’ai beau passer l’EP dans n’importe quel ordre, à chaque fois, sur ce titre il se passe un truc. La mélodie du refrain reste en tête, ça groove, ça prend aux tripes, bref, c’est mon coup de cœur sur cet EP (et en plus il y a un passage en slap bien sympa à la basse).

Le disque s’achève sur un cover d’un très célèbre groupe de metal indus allemand (que je ne citerai pas pour laisser un peu de suspense, mais vous avez certainement déjà deviné de qui je veux parler …). J’avoue qu’en voyant le titre sur la pochette j’appréhendais un peu, étant plutôt fan du fameux groupe allemand. J’ai finalement été très agréablement surprise lors de l’écoute. EHP a réussi le pari de reprendre un titre très connu sans le dénaturer mais en y ajoutant sa propre personnalité, et ça, c’est du bon boulot !

Je ne dirais pas que cet EP est pour les fans de tel ou tel groupe ou même tel ou tel style parce qu’il me semble que Explicit Human Porn a su trouver un style bien à lui et accessible à un large public. Je pense que « In Exexx » est tout simplement ouvert à tous les auditeurs qui ont envie de groove et de se faire secouer un peu les méninges.

En résumé, je reste conquise par ce premier opus, « In Excexx ». La crise sanitaire actuelle a malheureusement repoussé les premières dates du groupe, mais ce n’est que partie remise, on espère pouvoir les découvrir rapidement sur scène.

PS : Une interview du bassiste, Crypp Mor, est parue récemment sur Metal Overload. Disponible ici .

PPS : A noter que suite à de nouvelles collaborations, la sortie de l’EP In « Excexx » a finalement été reportée à une date ultérieure. 


Pour suivre l’actualité de Explicit Human Porn :


Carach Angren nous plonge dans un nouveau cauchemar

Carach Angren nous plonge dans un nouveau cauchemar

Le groupe d’horror black metal néerlandais sort son nouvel album : Franckensteina Strataemontanus. Un opus qui conserve toutes les recettes des précédents albums tout en apportant du sang neuf.

L’album mixé par Robert Carranza (Marilyn Manson) s’ouvre avec une intro quasi religieuse, presque féérique. L’auditeur est directement plongé dans l’ambiance comme Carach l’a toujours si bien fait au fil de ses albums, avec une théâtralité souvent exacerbée, jamais « too much ».

L’atmosphère unique créée par les chœurs et le clavier dans « Here In German Woodland » ouvre donc les hostilités.

Sans transition, le batteur Namtar poursuit à la double pédale avec le titre « Scourged Ghoul Undead », qui ravira les fans d’un Carach Angren plus « brut ». Rappelons que Namtar est désormais remplacé par Michiel van der Plicht (God Dethroned). Dans ce morceau, nous avons même droit à des parties de flûte volontairement dissonantes.

Arrive en troisième place le titre éponyme, qui est pour moi sans nul doute le morceau avec la plus grosse influence metal industriel. Le piano lancinant rajoute un effet glaçant à un morceau cependant beaucoup moins complexe dans sa structure que les autres.

Sans la voix caractéristique de Seregor, on croirait écouter le dernier single de « Ghost » en écoutant le titre « The Necromancer ». Un titre qui tombe comme « un cheveu dans la soupe » mais qui a le mérite de briser la monotonie qui risque de s’installer lorsqu’on aborde un style aussi précis que celui des Néerlandais.

Dans « Sewn For Solitude », le violon rappelle fortement l’époque classique : on se croirait à un bal où Mozart lui-même aurait pris possession du piano. La chanson est émotionnellement très forte, et le sentiment de solitude est évident, avec des descentes chromatiques notamment.

« Operation Compass » est assez proche de ce que le groupe a déjà fait par le passé, avec cette fois une voix typiquement death metal.

“Monster”, la chanson dédiée à Frankenstein mais aussi plus globalement à tous les monstres, porte l’influence Marilyn Manson à son paroxysme. On sent bien dans la voix de Seregor toute l’horreur et la terreur du monstre qui prend conscience de lui-même.

L’album poursuit avec « Der Vampir von Nürnberg », qui rappelle fortement certains titres de l’album « Lammendam » (2008). Carach Angren nous explique ici l’histoire du nécrophile qui déterra des femmes pour leur ouvrir la gorge et boire leur sang. L’influence classique que nous évoquions dans le titre « Sewn For Solitude » est de retour dans ce titre, mais cette fois se situe plutôt dans la période romantique, notamment dans une transition très efficace.

« Skull With A Forked Tongue » est un bon exemple pour ceux qui affectionnent les guitares. Le jeu est en effet agile en plus d’être très précis. Un court solo, le seul de l’album, y apparaît même.

“Like a Conscious Parasite I Roam”, la dernière chanson de l’album (sans compter le bonus track « Frederick’s Experiments ») est bien plus calme que les autres, et conclut cet opus en installant une ambiance digne d’un film de Tim Burton.

Carach Angren nous plonge dans un nouveau cauchemar

« Frankensteina Strataemontanus » est une « œuvre totale », comme l’aurait dit Wagner. La musique de Carach Angren a cette caractéristique presque magique de « donner à voir » au spectateur quelque chose qu’il ne fait pourtant qu’entendre, en le plongeant dans une narration et une ambiance particulière. Les Néerlandais utilisent les recettes qui fonctionnent (samples très creepy, piano et violon strident, orchestrations quasi opéra, …) tout en incorporant des influences metal industriel et une grande variété vocale.

J’admets être une auditrice difficile : je n’aime que rarement un album à la première écoute, mais celui-ci m’a immédiatement conquise. Mon seul petit regret concerne le mix, qui manque d’après moi de profondeur, pour une musique qui pourtant en réclame beaucoup. Peut-être encore davantage … Et c’est une impression qui traverse l’album de chanson en chanson.

On reconnaît le style typique de Carach Angren, mais même après six albums, ils arrivent encore à innover, en conservant la base black symphonique tout en glissant des influences industrielles. « Frankensteina Strataemontanus » est un album qui prend aux tripes. Et malgré la difficulté de rester au sommet après des albums aussi aboutis que « Lammendam » ou « Where the Corpse Sinks Forever » par exemple, Carach Angren arrive à montrer que la faucheuse est toujours bien présente !

Valentine Cordier


Asylum Pyre : Rejoignez la Résistance !

Asylum Pyre : Rejoignez la Résistance !

Asylum Pyre fait partie de ces groupes qui ne laissent pas indifférent et dont on a peu de mal à se souvenir. Découvert pour ma part il y deux ans lors de leur unique date dans le Nord de la France, je me rappelle avoir été impressionnée par leur capacité à s’approprier les lieux et à captiver le public. Dès les premières secondes du show, le groupe déverse une énergie époustouflante dans toute la salle, sans jamais la relâcher. Et plus les titres défilent, plus on en redemande. Il en est de même pour leur quatrième album intitulé tout simplement « N°4 », sorti il y a un peu plus d’un an chez M&O Music.
« N°4 » est un concept album qui nous propulse en 2052 dans un monde dévasté. Chaque membre du groupe représente un personnage d’une association de résistants, défenseurs de Mère Nature. L’album nous raconte leur histoire, leur combat. L’intro sonne comme la première page d’un livre qui s’ouvre tout en douceur, on sent que c’est le calme avant la tempête. Avec ses allures de comptine, cette première piste nous permet très rapidement de faire connaissance avec les deux voix principales de cet album. Il s’agit du premier opus avec la chanteuse Ombeline Duprat, alias Oxy Hart. Avec les onze titres qui suivent, on est ballottés entre des morceaux très puissants comme « Dearth », « Lady Ivy » ou « The Right To Pain », et d’autres petites douceurs comme « Into The Wild » ou « On First Earth » (qui a récemment fait l’objet d’une « vidéo de confinement »). Deux singles sont sortis peu de temps avant l’album : « Sex, Drugs & Scars », sous forme de lyrics video, avec la participation du chanteur de Beast In Black, Yannis Papadopoulos, et « One Day » avec un clip digne des plus grosses productions, où l’on peut découvrir les différents personnages incarnés par les membres du groupe.

Musicalement parlant, cet album regorge de surprises. A la batterie, oubliez les tapis de double ou les blast beats, c’est à coup de gros patterns groovy qu’on vous botte les fesses. La basse est bien présente et donne toute la profondeur au son, tout en s’accordant une chouette petite partie solo sur « One Day ». Côté guitare, on est clairement sur de l’incisif à grosse disto, avec une mention spéciale pour le début fracassant de « Lady Ivy ». Les solos sont réalisés par Nils Courbaron (Sirenia, T.A.N.K). Le tout est agrémenté de nombreux sons de synthé qui donnent un côté électro moderne à l’album. Au niveau des voix, Oxy nous dévoile ici l’étendue de ses capacités. On la sent à l’aise aussi bien sur des parties calmes et posées où on a presque l’impression qu’elle chuchote à notre oreille, que sur des passages où elle peut laisser éclater toute sa puissance comme sur l’après-solo de « Lady Ivy ». Les parties vocales masculines sont assurées par Johann Cadot, guitariste, principal compositeur et auteur, et autant dire que la symbiose entre les deux chanteurs est remarquable.
L’album s’achève sur « Cemetary Road », une pépite selon moi, qui nous permet une fois de plus d’apprécier la diversité du chant d’Oxy et le travail de nuances apporté par l’ensemble du groupe.
En résumé, ce « N°4 », c’est l’album qu’il te faut quand tu as besoin d’une grosse claque musicale … Mais attention, futur « Fighter », lorsque tu auras appuyé sur « play », tu ne pourras plus t’en passer.

Asylum Pyre : Rejoignez la Résistance !

Il y a quelques jours j’ai rencontré virtuellement Ombeline, confinée en Bosnie, et Johann. Ils nous en disent un peu plus sur le groupe et les projets à venir.

Asylum Pyre a 10 ans ! Johann, lorsque tu as démarré le projet, tu imaginais que ça irait aussi loin ?

J. En fait ça n’a jamais été vraiment réfléchi, je n’ai même jamais pensé avoir de groupe quand ça s’est fait. C’était juste des gens que j’ai rencontré plusieurs fois par hasard, on a fait un bœuf un jour, et peu à peu on a amené une compo, on s’est trouvé un nom, on a fait une démo … Aujourd’hui on pense quasiment à l’album d’après alors qu’on est en train d’enregistrer l’actuel mais au début pas du tout, on ne savait pas du tout ce qu’on faisait, où on allait … On ne savait pas jouer … (rires)

Si tu devais recommencer, est-ce que tu referais tout de la même manière ? Que voudrais-tu changer ?

J. Je pense que je travaillerais un peu plus la théorie et l’instrument avant de me lancer. Il y a eu pas mal d’erreurs dans l’histoire du groupe. Certains choix de personnes n’ont pas été les bons à un certain moment, certains comportements non plus, moi y compris. Prendre plus de recul, essayer d’avoir plus confiance à certains moments … Je n’ai pas la réponse en fait. A part un album qu’on aurait dû arrêter en cours d’enregistrement, se reposer et recommencer depuis le début (Spirited Away), le reste finalement c’était l’évolution naturelle des choses.

J’aurais aimé que le premier bassiste, Julien, puisse rester dans le groupe. J’adore les membres du groupe aujourd’hui, je n’ai aucun problème, au contraire, mais c’est vrai que c’est quelqu’un avec qui on a construit le groupe et qui apportait quelque chose d’autre au projet, quelqu’un d’intéressant, et je regrette d’avoir perdu ce contact-là. J’aimerais l’avoir en plus mais je n’en enlèverais aucun dans l’équipe actuelle.

Ombeline, tu as rejoint le projet assez récemment, il y a deux-trois ans je crois ?

O. Même d’avantage maintenant, fin 2016. Ça commence à dater ! J’ai l’impression effectivement que c’était il y a deux ans mais ça va faire quatre ans cette année. Johann commençait juste à faire les maquettes de N°4 quand on s’est rencontrés.

Qu’est-ce qui t’as donné envie d’intégrer le groupe ? Comment cela s’est -il passé : est-ce que c’est toi qui t’es positionnée ou est-ce que c’est le groupe qui est venu vers toi ?

O. Ça a été une recommandation. Je connaissais déjà Asylum, j’avais vu le groupe jouer auparavant et j’étais super contente quand Johann m’a contactée. C’est un ami, Steve, bien connu de la scène metal parisienne, qui a dit à Johann de s’adresser à moi quand il recherchait une chanteuse. Un jour j’étais au travail et j’ai reçu un message de Johann : « Bonjour, j’aimerais te parler » [lol]. Ensuite j’ai passé une audition. Ce jour-là je suis partie de chez Johann je faisais plus que la gueule, je n’étais pas du tout contente. Il faut quand même dire que Johann a une façon assez particulière de faire passer des auditions. Je suis arrivée chez lui et il m’a présenté les nouveaux morceaux. Il m’en a donné un et m’a dit « tiens vas-y, chante ! ». En gros ça s’est passé un peu comme ça. Je pense qu’on est restés au moins deux ou trois heures ensemble et je suis repartie sans même lui dire au revoir [lol]. Ce n’était pas envers lui c’était envers moi, je pensais vraiment ne pas avoir été à la hauteur.

Vous avez une belle équipe avec vous, pouvez-vous nous parler un peu des autres musiciens ?

J. Non … [lol]

O. On les aime beaucoup, ils nous manquent énormément.

J. En fait le plus ancien dans le groupe après moi c’est Thomas, qui est arrivé 7-8 mois avant Ombeline, quand on préparait les deux tournées avec Stream of Passion et Luca Turilli. Excellent batteur qui amène une touche rock et énormément de groove dans la musique.

O. Et tribal, une touche Rock et Tribal je dirais.

J. Il apporte vraiment quelque chose d’intéressant à Asylum. C’est d’ailleurs à partir d’un de ses patterns de batterie qu’on a quasiment revu toute la copie sur Dearth qui est devenue ce qu’elle est aujourd’hui. Au début il y avait un truc dont on n’était pas contents. On a revu certains passages avec Thomas, et puis le refrain et d’autres passages avec Ombeline, et finalement le morceau n’a plus rien à voir avec sa première version.

Ensuite il y a notre ami P.E à la basse … Alors à la basse et puis maintenant à la guitare, puisqu’il est arrivé d’abord en tant que bassiste, puis il est parti, puis il est revenu. Il a dû partir à cause de problèmes personnels, nous n’étions pas fâchés, il n’avait plus le temps. Et puis finalement il a de nouveau eu le temps et il est revenu en tant que guitariste, ce qui a été une grosse surprise. On l’a réintégré et on est ravis de pouvoir le retrouver. Il a une grosse expérience, il a été dans un groupe qui s’appelle Heavenly très connu des amateurs de Power Metal, il a fait des grosses tournées avec Stratovarius par exemple, ou Edguy à l’époque. Excellent musicien aussi.

Et le petit dernier, Fab, autrement appelé « Le Saumon », qui nous a rejoint depuis notre petite expédition en Slovénie pour les MetalDays où il avait dû justement remplacer P.E à la basse, et qui, depuis nous a rejoint en tant que fier bassiste. Excellent musicien, super sympa également.

Asylum Pyre : Rejoignez la Résistance !

De quoi êtes-vous le plus fier concernant Asylum Pyre ? Qu’est-ce qui fait votre force, selon vous ?

O. Alors si je peux me permettre, je ne peux évidemment pas parler pour toute la carrière du groupe, mais à titre personnel c’est le dernier album et surtout le fait que, pour celui qui arrive, on a tous appris à se connaître. Avec N°4 on a fait un premier essai des influences des uns et des autres, et Johann a réussi à se les approprier et à les combiner tout en gardant le style Asylum Pyre. Parfois quand tu as un compositeur, tu reconnais sa propre patte et c’est tout, mais Johann est hyper ouvert sur ce qu’on peut apporter. Il inclut toutes les idées, on les retravaille, et ça c’est vraiment chouette. Du coup, il y a quand même la patte de Johann qu’on reconnait parfaitement en tant qu’auteur et essentiellement compositeur, mais aussi par exemple le côté un peu fusion, rythmique africaine de Thomas dont je parlais tout à l’heure. Johann est très ouvert par rapport à ça et c’est un vrai plaisir de pouvoir avoir des patterns … tu vois « Toum toukoutou koum » [Ombeline nous chante une rythmique de percussions africaines … un vrai bonheur].

J. Effectivement, je dirais réussir à mélanger les influences de tout le monde. Je viens de nulle part niveau musical, je n’ai aucune base, je n’ai pas pris de cours, je suis parti de zéro … Comme disais un très bon pote qui est passé dans Asylum en tant que bassiste : « Etre arrivé là où tu es avec ce que tu connais c’est incroyable ». C’est peut-être un peu ça la fierté du groupe, en partant de rien du tout et avec très peu de bases, d’arriver à faire quelque chose de sympa et d’avoir pu faire des albums (notamment le dernier) qui ont de la gueule, d’avoir pu jouer l’année dernière dans des salles de 1500 personnes avec un accueil chaleureux, ça c’est une vraie satisfaction pour le groupe.

O. Petit aparté, je rebondis sur ce que disais Johann, il y a quand même aussi quelque chose de très franco-français où tu dois avoir fait des études de musique etc. Tu as toujours le syndrome de l’imposteur : parce que tu n’auras pas fait telle classe de musique, on va te le faire remarquer parfois. Pour moi c’est une question d’écoute, d’assimilation de ce que tu as déjà pu écouter, après bien sûr il y a la part de talent qui fait que tu vas savoir assembler les choses. C’est aussi le rôle de Johann, le chef d’orchestre, de parvenir à mélanger tout ça.

Avec l’album N°4 vous avez amené tout un univers avec des tenues de scène qui sont plutôt d’actualité. D’où est venu ce concept ?

J. C’est une évolution depuis le début du groupe. Quand on regarde les paroles dès le début ça parlait déjà un peu de ces choses-là. L’année dernière on a d’ailleurs fait un historique de ce que raconte chaque album, et même si ce n’était pas forcément conscient on se rendait compte qu’il y avait une évolution des thématiques assez naturelle depuis la prise de conscience jusqu’au futur proche, jusqu’à une hypothèse du futur plus ou moins proche. Et après ça a été des échanges, des discussions sur ces sujets liés à l’environnement, à la protection de la planète qui me touchent beaucoup. On parle souvent de ces choses-là dans le groupe, on peut déconner un instant et puis tout d’un coup parler politique ou de l’avenir du monde. On ne s’ennuie jamais niveau sujet de conversation. On a beaucoup échangé sur cet univers-là, notamment en discutant de la pochette et de ce que les paroles traduisaient. Donc c’est un peu une maturation longue et commune.

O. C’est ça, ça suit aussi l’évolution de la société, les prises de conscience plus ou moins récentes. De mon côté déjà avant de rejoindre le groupe j’étais déjà consciente, je militais pour WWF notamment, donc les thèmes abordés par Johann ce sont des problématiques que je connais depuis une dizaine d’années voire plus. Il y a une conscience écologique et de devenir du monde, c’est l’avantage de cet album et aussi de l’album à suivre et des prochains, c’est que nous suivons nos propres cheminements. Concernant le masque et le fait que ça ait été designé comme ça pour la pochette, on a un esprit assez cynique, il faut le reconnaître. Pas dans le mauvais sens du terme à toujours tout critiquer, mais plutôt mettre les choses en observation, les confronter. J’avais vu que Louis Vuitton proposait des masques en Chine avec leur acronyme, et c’est assez intéressant de voir que cet outil qui n’est pas du tout esthétique était finalement devenu un outil fashion. C’est complètement cynique quand tu regardes la façon dont ils sont fabriqués, c’est proprement toxique, c’est une catastrophe écologique, mais à côté de ça tu restes quand même dans le côté Fancy et ça corrobore exactement ce qu’on pouvait dire dans les paroles. Il y a toujours des messages à double sens, tu peux comprendre les paroles de façon détachée comme si c’était une histoire, mais si tu creuses un peu tu as énormément de références à plein de choses actuelles.

J. C’est vrai que le coup du masque qui devient un accessoire de mode on ne pensait pas qu’il viendrait aussi vite !

J’ai entendu dire que le prochain album était déjà bien avancé. Que pouvez-vous nous dire sur celui-ci ?

J. Déjà il est très probable qu’il y ait une part I et une part II parce qu’on a déjà pas mal de titres initialisés. Donc même si on va certainement retravailler dessus il y a au moins la base pour une vingtaine de titres. On va les enregistrer comme deux albums, mais comme thématiquement ça va se rapprocher, il y a l’idée d’avoir deux parties. Niveau histoire ça va être la suite de ce qu’on a fait sur N°4. Niveau musique il y a encore des évolutions, encore un peu plus de tribal. On s’était amusés à trouver un nom de style un jour. Comme on n’arrivait pas à définir notre style on disait modern power metal, mais c’est très résumé. Alors on avait dit qu’on faisait du modern and traditionnal power speed electro pop metal avec des touches tribales. Donc ça va être à peu près ça.

Ombeline, sur l’album N°4 tout était déjà quasiment fait quand tu es arrivée, cette fois est-ce que c’est toi qui va composer les parties de chant intégralement ?

O. Non c’est Johann parce qu’il a de bien meilleures idées que moi en matière de chant, si j’ai des propositions bien sûr je vais lui en faire part. Là où je ne suis pas mal c’est pour faire tout ce qui est double voix, et les petits arrangements du fait de mes influences mais ça ça viendra après, dans un second temps.

J. Il y a une vraie touche World que Ombeline apporte sur certains passages.

O. Et Jazz ! C’est ce que Johann appelle « Oxyser » le morceau. Je suis saxophoniste de formation, donc forcément il y a des trucs un peu … ça swing ! C’est ma spécialité.

J. Il y aura encore plus de mélange qu’avant en fait, il y aura quelques petits passages qui vont surprendre les gens je pense.

O. On pourra dire à nouveau qu’on fait du « putassier ».

Quelles sont vos ambitions pour ce nouvel album, et de manière plus générale, pour le groupe dans les quelques années qui viennent ?

O. En toute logique évidemment ça serait de pouvoir défendre l’album. Ensuite je pense que ce sur quoi il faut qu’on mûrisse ce sont les éléments scéniques, renforcer le visuel qui a déjà été développé. Ce n’est pas donné à tout le monde, il faut pouvoir penser les choses graphiquement, il faut avoir une idée de la scénographie, et quand ce n’est pas ton métier ce n’est pas toujours évident de l’envisager.

J. Pour l’instant on ne sait pas trop quand les concerts vont pouvoir revenir. On a un certain nombre de concerts qui sont tombés à l’eau, on en a un en Angleterre normalement en septembre mais il y a de gros risques pour qu’il soit annulé aussi. Donc c’est compliqué aujourd’hui d’avoir cette visibilité-là malheureusement.

O. Je pense aussi qu’en ce qui concerne Asylum, il faut essayer d’utiliser les nouveaux outils médiatiques. Comme l’a dit Johann on ne sait pas quand vont reprendre les concerts, et on devrait profiter de ce temps-là pour mieux se positionner d’un point de vue digital. Ça peut faire partie aussi des projets du groupe.

Cette période de confinement vous a-t-elle permis de réaliser des choses que vous aviez laissées de côté auparavant, pour Asylum Pyre et/ou pour d’autres projets ?

J. Pas mal oui … ranger, déjà ! Et puis personnellement j’ai avancé sur plein de projets, du coup là j’ai 5-6 albums qui n’attendent plus qu’à être enregistrés et arrangés.

O. C’est tout ?

J. Oui je parle pour ceux qui sont finis.

O. J’étais un peu déçue à vrai dire.

J. Non sinon il y en a 17 ! Je ne compte que les chansons qui sont à peu près structurées, si on ajoute toutes les idées, les choses où il n’y a que des bouts ou un refrain, on peut multiplier par deux. Et toi Ombeline ?

O. C’était bien de pouvoir enfin se poser pour pouvoir faire des petits trucs, ne serait-ce que revoir les maquettes, tout ce qui a déjà été fait, etc. En règle générale je manque de temps. Et à côté du groupe, j’ai des projets de série. J’ai enfin pu me poser, et vu que j’avais pris mes caméras avant de partir, j’en profite d’être en Bosnie pour pouvoir tourner ce que j’avais en tête. Finalement c’est du temps de gagner sur la suite, quand il va falloir se remettre à temps plein. J’avais aussi un projet de websérie sur la Bosnie sur lequel on a vraiment bien avancé. Et j’ai remis à jour mon site, bref plein de petites choses. Ça a été profitable pour ça.

On a tous rangé un peu autour de nous finalement …

O. Oui d’un point de vue physique et mental aussi !

Ça a permis de faire un recentrage, de s’apercevoir des petites choses qu’on a tendance à oublier surtout en région parisienne je trouve. Finalement tu t’attaches à des choses beaucoup trop matérielles, des comparaisons avec autrui. Hier il faisait orage, j’étais dans le lit et je me disais « mais ça c’est vraiment le bonheur ultime » quand tu peux commencer à t’endormir avec l’orage et la flotte, qu’est-ce que t’as besoin de plus ! C’est le genre de chose quand tu es trop dans un tumulte, et notamment à Paris, tu finis même plus par l’apprécier, tu ne t’aperçois même pas que tu as ça autour de toi. Le fait que les choses aillent un peu plus lentement, en tout cas de mon côté, ça a permis une espèce de recentrage qui était absolument nécessaire.

J. Je suis assez d’accord avec ce que tu dis là, et ça me fait penser à un jeu de mot que j’ai vu passer il n’y a pas longtemps : « Je ne veux pas revenir à l’anormal » et c’est un peu ça. Quand j’ai vu les gens dans les rues, toutes les voitures, je me suis dit « non je ne veux pas revenir à ça ».

Merci beaucoup d’avoir répondu à ces quelques questions. Nous avons hâte de découvrir ce cinquième album et de vous retrouver sur scène. Un dernier mot pour terminer ?

O. J’ai coutume de dire « restez curieux ». On parlait des effets positifs de la quarantaine, en tout cas pour ceux qui ont eu la chance de ne pas avoir de proches malades, il y a justement le fait d’avoir pu découvrir des choses. Certes il y a des gens qui se sont ennuyés, mais pour la plupart ils ont commencé à apprendre une nouvelle langue, ou à se remettre à un instrument. Donc : essayons de faire en sorte que ce qu’on a pu apprendre pendant la quarantaine puisse continuer, restons curieux.J’ai coutume de dire « restez curieux ». On parlait des effets positifs de la quarantaine, en tout cas pour ceux qui ont eu la chance de ne pas avoir de proches malades, il y a justement le fait d’avoir pu découvrir des choses. Certes il y a des gens qui se sont ennuyés, mais pour la plupart ils ont commencé à apprendre une nouvelle langue, ou à se remettre à un instrument. Donc : essayons de faire en sorte que ce qu’on a pu apprendre pendant la quarantaine puisse continuer, restons curieux.

J. Pas mieux !


Photos : Alban Verneret

Pour suivre l’actualité d’Asylum Pyre :


Poncharello offre un quatrième opus décoiffant

Poncharello offre un quatrième opus décoiffant

Le groupe de rock lillois sort (ou plutôt, balance !) son quatrième disque : « Four Wheel Overdrive ». Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ça déménage ! Enregistrés, mixés et masterisés par Olivier T’Servrancx sur le label Antitune Records, les six titres de « rock’n’roll supersonique » s’enchaînent de manière très fluide, dans un ensemble cohérent de rock’n’roll mélangé à du punk saupoudré de stoner, le tout assez énergique, quoique pas encore assez à mon goût. Les titres s’enchaînent sans laisser le temps à mes oreilles de se reposer.

L’opus s’ouvre avec le titre éponyme. 1 minute 15 d’amuse-bouche, puisque le titre, sans partie vocale, donne le ton de ce qui suivra : une musique déterminée et précise. J’ai hâte de découvrir la suite !

Suit Question Mark, un titre très entraînant qui donne immédiatement envie de bouger. Les parties vocales, très douces, s’éloignent des codes du punk pour épouser un rock’n’roll plus traditionnel. A ce stade de mon écoute, je me dis « pourquoi pas ? ». La structure du morceau est surprenante, voire inattendue, mais aucune partie ne se démarque des autres, ce qui donne au final un titre sympa, sans plus.

Pop arrive un peu plus loin. Suis-je en train d’écouter du Rage Against The Machine ? L’intro commence super bien. Arrive ensuite la voix. Et là, c’est la cata. Toute l’ambiance du morceau retombe. Et elle ne reviendra jamais. Ce que je pensais au départ être un trait original qui viendrait chambouler un style punk trop « vu et revu » s’avère avoir pour effet contre-productif de casser l’énergie des morceaux. Cela peut être vu positivement, comme une approche audacieuse du style, mais ce n’est pas mon opinion. Peut-être est-ce là le point faible de Poncharello.

Give It Back sent le Sum 41 à leurs débuts. Pas de chance, je n’aime pas du tout Sum 41. Un mérite cependant : il s’agit d’un titre plus doux pour amener vers la fin de l’opus, qui je l’espère sera aussi bon et énergique que son début …

Déception avec Master, titre qui laisse pourtant imaginer un titre punk revendicateur. On est plutôt partis sur un étrange mélange de stoner et de Ghost (surtout sur le refrain).

Poncharello offre un quatrième opus décoiffant

Une écoute en demi-teinte

Les compositions de Poncharello ne sont pas très complexes, mais globalement tout fonctionne, entre énergie et agressivité. Disons pour faire simple que Poncharello utilise les recettes du punk en les adaptant à leur sauce pour en faire quelque chose d’original, avec une identité propre. La production très propre (pour du punk !) se marie à merveille au style du groupe. Ma déception vient plutôt du chant et de l’aspect « inabouti » de ce disque.

En résumé, « Four Wheel Overdrive » est un disque qui commence beaucoup mieux qu’il ne termine. J’aurais aimé plus de nervosité pour un groupe qui qualifie sa musique de « rock’n’roll supersonique ». Le disque est finalement assez déroutant (au sens positif du terme), puisqu’on oscille entre le Sum 41 et le Tagada Jones (s’il fallait vraiment faire une comparaison).

En 15 années d’existence, le groupe a notamment partagé les planches avec Jon Spencer Blues Explosion, Fatso Jetson, Peter Pan Speedrock, The Bronx, Burning Heads, Parabellum, Les Wampas, ou encore Mademoiselle K. Un joli CV, donc !

Poncharello, c’est donc du rock propre et sale à la fois. Cela reste une bonne découverte, mais je sors néanmoins de l’écoute de ce quatrième opus avec un goût de trop peu.

« Four wheel overdrive » peut s’écouter ici !

Valentine Cordier

 

Photo de couverture : (c) Alain Vandeville ; www.alainvandeville.com


ORANSSI PAZUZU – "Mestarin Kynsi" :  dystopie mécanique

ORANSSI PAZUZU – "Mestarin Kynsi" : dystopie mécanique

Pour ce cinquième album, Oranssi Pazuzu nous entraîne une fois de plus dans un univers à la fois psychédélique et sombre : la tension se fait ressentir sur chaque piste, l’énergie oscille entre l’envoûtement et la tourmente. Les Finlandais ont su briser les codes propres à chaque genre pour affirmer leur style unique dont les sonorités explorent les espaces futuristes tout en plongeant dans les racines du rock progressif, et plus particulièrement son sous-genre qu’est le krautrock. Sur cet opus, l’influence electro est plus marquée que sur le précédent, « Värähtelijä » (sorti en 2016). Le quintet a poussé un peu plus loin l’expérimentation sonore qui les définit, construisant des morceaux riches et soumettant l’auditeur à leurs constructions rigoureuses.

 

ORANSSI PAZUZU – "Mestarin Kynsi" :  dystopie mécanique

ORANSSI PAZUZU – "Mestarin Kynsi" TRACKLIST:

  1. Ilmestys 07:14
  2. Tyhjyyden Sakrame 09:19
  3. Uusi Teknokratia 10:20
  4. Oikeamielisten sali 08:12
  5. Kuulen Ääniä Maan 07:14
  6. Taivaan Portti 08:06

Il y a beaucoup à dire sur chaque partie tant la structure est complexe, difficile de ne pas laisser son esprit vagabonder. « Illmestys » est une entrée en la matière hypnotique et lancinante sur laquelle les rythmes cycliques nous baladent à travers l’espace. Mais rapidement, la voix éraflée du chanteur vient se greffer et nous ramène à une réalité beaucoup plus sombre.  S’ensuit « Tyhjyyden Sakramenti », qui amène un son d’autant plus dystopique. Le troisième titre « Uusi Teknokratia » débute sur une touche onirique, à mes yeux, cette entrée en matière collerait parfaitement au film de science-fiction « La Planète Sauvage » de René Laloux, avant de sombrer dans une hystérie mécanique. En parlant de « mécanique », le clip est d’ailleurs un superbe hommage à l’expressionnisme allemand et plus particulièrement au « Metropolis » de Fritz Lang. « Oikeamielisten Sali » continue dans cette veine, avec son violon dissonant, amenant un sentiment d’angoisse. Ensuite,« Kuulen Ääniä Maan Alta » commence dans un brouhaha semblable à des coups de klaxons continus dans une ville lointaine et bondée. Le titre se construit autour de pistes de saxophone bourdonnant et se termine sur des nappes mélancoliques donnant à l’ensemble un caractère cinématographique. L’album s’achève en apothéose avec « Taivaan Portti » et ses premières minutes extrêmement brutes et lourdes s’affinant petit à petit, en chaos maîtrisé.

Finalement, « Mestarin Kynsi » est un rêve hanté, à la fois exaltant et asphyxiant. Tout au long de l’écoute, le terme « réalisme magique » fait écho tant le portrait dépeint par l’album nous semble à la fois familier et étrange. On ressent clairement une approche viscérale, conceptuelle de la musique de la part du groupe mais jusqu’à présent le cœur y est toujours, garantissant l’authenticité de chaque composition. Au niveau du mastering, je ne m’avancerai pas tant l’expérience d’avoir pu les voir sur scène au Magasin 4, et véritablement ressentir leur son live, me paraît inégalable et plus organique que sur CD.  Force est de constater que plus le groupe avance dans sa carrière, plus il gagne en renommée,  pour preuve : « Mestarin Kynsi » sortira ce 17 avril sur le géant Nuclear Blast.

Le groupe se produira sur scène le 03/10/2020 au Magasin 4, Bruxelles (event facebook).

ORANSSI PAZUZU – "Mestarin Kynsi" :  dystopie mécanique

The Lucky Trolls : leur premier EP

The Lucky Trolls : leur premier EP

On a retrouvé le trésor d'un leprechaun belge et il était à Liège !

Commençons par le commencement : la pochette, sobre et efficace avec son slogan accrocheur : « Irish Punk From Liège ». Le logo reflète parfaitement le style du groupe tant au niveau des couleurs que le design avec ses formes celtes et son trèfle au centre. Aucun risque de mauvaise surprise à l’écoute.

La musique est entraînante et ne vous laissera pas de marbre. Vous serez pris par l’envie de vous lever, de créer un pogo en dansant la gigue !
Plusieurs membres posent leurs voix sur ces chansons ce qui apporte une présence et un effet de cohésion : tout le monde touche à tout et ne se limite pas à un seul rôle. Il est donc impossible à mon sens excepté pour certains instruments de dire « Lui c’est le guitariste, lui le chant, elle … » et on a donc l’impression de venir voir / entendre un groupe plus que certaines personnes précisément.  Le chant, au final, colle parfaitement au côté punk et l’utilisation d’instruments tels que la flûte, la cornemuse et le violon apportent ce côté irlandais propre à ce style de musique.

Vous aimez ce que vous entendez ? Alors allez les voir en live car sur scène c’est encore mieux que sur CD ! Leur énergie débordante peut vous contaminer sans même que vous n’y prêtiez attention. Impossible de les voir rester sur place et on en vient même par moment à s’inquiéter de leur santé.
Pour la petite anecdote, au dernier concert où je les ai vus, le bassiste sautait tellement que la scène tremblait faisant bouger tout leur matériel et l’un des guitaristes, sautant lui aussi, a même failli en tomber… Encore heureux que celle-ci n’était élevée que de 30 cm !

En conclusion : dommage que l’album ne fait que 4 pistes car on en aurait apprécié plus d’une vingtaine sans se lasser !


Review Oldd WVRMS

Review de Codex Tenebris d'Oldd Wvrms

Review Oldd WVRMS

Track list:

  1. Ténèbres
  2. A l’or, aux ombres et aux abîmes
  3. Misère & Corde
  4. La vallée des tombes
  5. Fléau est son âme

Envie d’acheter Codex Tenebris ?


Codex Tenebris c’est le nom du nouvel EP des Ardennais de Oldd Wvrms.

D’abord, cet opus porte très bien son nom car les morceaux sont bien empreints de ténèbres, de lourdeur. Tout au long de l’écoute on sent ces « ténèbres » qui nous pèsent et nous guettent.

Musicalement parlant, c’est très réussi, tout cadre bien. Lors d’une interview réalisée, les membres du groupe m’ont expliqué avoir fait le choix de laisser petit à petit tomber le chant qui, à leur sens desservait la musique. Pour avoir écouté leur deux précédents opus « Ignobilis » et « Ritae », je peux dire qu’en effet le choix de laisser tomber le chant n’était pas une mauvaise idée.

Pour poursuivre la « comparaison » entre ces trois albums, je dirais que je les aime tous autant les uns que les autres mais pour des raisons différentes. Peu importe celui que vous choisissez le leitmotiv d’Oldd Wvrms reste le même, faire les choses à fond, proprement et correctement et ça se ressent.

En résumé, si vous amateurs de produits locaux de qualité, Codex Tenebris est fait pour vous. Si comme moi, vous aimez voyager, planner, être transporter au plus profond de votre âme quand vous écoutez de la musique, vous devez absolument jeter une oreille à ce dernier EP mais aussi au reste de leur discographie.


Cortez - "No More Conqueror"

Cortez - "No More Conqueror"

Cortez - "No More Conqueror"

Sortie : 9 Novembre 2018

Style : Hardcore

Pays : Suisse

Cortez est un trio helvète puissant composé de Antoine LÄNG (Chant),  Samuel VANEY (Guitare), Grégoire QUARTIER (batterie) et pour la première fois, uniquement pour cet opus, s’invite, à la basse, Loic GROBETTY. Ils nous présentent leur nouvel album « No More Conqueror » : 

Dimension explosive de sonorités entre le Hardcore, le Mathcore et le Noise Rock. Cortez propose un son hargneux et agressif qui fait preuve de technicité et de maîtrise. Tout le long de l’opus se dégage une grande dynamique et une énergie détonante ravageant tout sur son passage. Une production massive de riffs robustes et de percussions frappant lourdement pour des répercussions fougueuses. La voix hurlée à distance apporte encore plus cette dimension de rage. A noter que cet album est le premier avec Antoine LÄNG au chant et qu’il assure avec brio et ténacité. Les titres s’enchainent avec une forte intensité emportant tout dans une violente tempête, le tout dévoré par une énergie haletante et stimulante toujours aussi agressive. Un ensemble concentré permettant de ressentir encore plus la frénésie qui les emparent. Grâce à des titres d’environ 3 à 4 minutes on va à l’essentiel et on frappe fort.

Cortez opère dans une magie de rage intense mélangeant technicité et son ravageur avec une grande habilité. « No More Conqueror » ne laisse pas indifférent et nous prend dans une dimension d’ardeur bouillonnante d’énergie. 

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Pour plus d’informations :


colinve

CHVE "10910"


Sortie : 2016

Style : Dark Ambiant / Néo méditative -contemplative music

Label : Counsouling Sounds

Pays : Belgique

CHVE

CHVE sont les initiales de Colin H. Van Eeckhout. Il s’agit ici, de l’œuvre personnelle et intimiste de LA voix et l’un des 5 cœurs d’Amenra. Originaire de Courtrai, Colin est à la base issu du milieu hardcore. Il a officié dans plusieurs formations dont Spineless. Il est présent dans bon nombre de collaborations musicales et artistiques dans différents milieux.

En particulier connu pour son identité de  chanteur charismatique au sein du groupe fondateur de la Church Of Ra. Je le qualifierais comme étant pourvu d’une « humilité charismatique ». C’est une personnalité qui fuit une certaine mise en lumière tout en étant propulsé par sa propre puissance artistique présente dans tout ce qu’il entreprend et le mettant inévitablement en avant. Il transmet cette impression paradoxale d’expérience mystique vécue dans la douleur propre à ceux qui créent avec leurs tripes. On peut nommer ça une psychomachie.

Je pense que l’on admire ou non, mais ça ne laisse pas indifférent.

Cet opus paru en 2016 chez Counsouling Sounds (Gent-Belgique), suit la précédente sortie de l’artiste, RASA (2015) et la prolonge. Il s’agit d’une piste de 26 minutes qui comporte 3 titres : « RASA », « Le Petit Chevalier » et « Charon ». C’est un enregistrement “live” retravaillé.

Le fil conducteur de ces plages sonores est la vielle à roue que CHVE utilise comme un véritable creuset imposant ses longues et solennelles nappes méditatives. Cet instrument est originellement médiéval, son corps est proche de celui d’un luth. Vous pourrez découvrir ici la portée d’un tel support couplé à la voix « angélique » de Van Eeckhout qui alterne psalmodies, chants et murmures.

Le tout rythmé par une batterie discrète et quelques lignes de basse. Cela peut paraitre brut de prime abord mais il n’en n’est rien. Le travail du son et la consistance sont bel et bien présents, aucun sentiment de vide n’est à déplorer.

« Le Petit Chevalier » est un titre de Nico, des années 70 aux paroles évocatrices.

La redondance du phrasé combinée à la vielle sont tout à fait hypnotiques tout comme le placé de chant aux mélismes typiquement médiévaux.

Subjectivement, le chef d’œuvre de cette pièce est ce troisième titre, Charon. Il recèle une volubilité éthérée délicieusement amère et tout particulièrement propre à Colin Van Eeckhout. La vidéo de ce titre est somptueuse et met en scène les fils du musicien. Dans la mythologie grecque, Charon est le passeur d’âmes, le nocher qui fait traverser les eaux du Styx aux âmes des morts. Tout cela est très imagé, un père et ses fils, la transmission, le passage de la génération précédente.

Quoi qu’il en soit, les trois titres sont indissociables.

Cette façon de transporter l’auditeur dans cette ambiance monolithique et opaque n’est pas sans rappeler les liens profonds qui unissent Colin et le groupe d’Oakland, NEUROSIS voir plus précisément Scott Kelly dans son travail avec “The Road Home”.

C’est sous la forme d’un digisleeve que j’ai acquis cet « album ». Le support physique est d’une importance sans pareil. Le concept visuel développé autour de la musique par le biais du packaging est capital. C’est le renforcement du sentiment autour d’une œuvre sonore et mélodique.  On pourrait en utilisant un oxymore, dire ici que nous somme face à un tableau « richement dépouillé ». Ce qui à mon sens sied parfaitement au type de mise en scène iconographique qu’utilise CHVE.

Le digi est noir mat avec en couverture, un médaillon central et circulaire contenant la photo en dégradés de gris, d’un agneau noir fraîchement né et semblant faire ses premiers pas.

À l’ouverture du digipack, on retrouve ce médaillon circulaire mais blanc obturant le visage de Colin occupé à jouer de la vielle.

Cela met en évidence plusieurs choses permettant d’entrer dans sa dimension artistique.

En premier lieu, il ne montre pas cette “figure” connue, celle du « chanteur d’AMENRA ».  Ce qui peut sembler vain car c’est sa marque de fabrique scénique, évoluant en live en grande partie de dos dans une forme d’auto repli. Ce paradoxe offre donc les deux perspectives de la démarche.

La vielle est mise en avant photographiquement, ainsi que les mains de l’artiste, montrant le chemin à l’auditeur sur ce qui est primordial dans l’œuvre.

Dernièrement et non des moindres, l’image de l’agneau qui d’un pan à l’autre s’intercale parfaitement dans cette forme solaire pour ainsi prendre la place du vielliste.  Une forme d’allégorie de lui-même en filigrane de cette figure iconographique christique de l’Agneau  Mystique venant laver l’humanité de son péché de par son innocence.

Mais cet agneau est noir, ce qui nous ramène au mouton noir, le personnage sombre, marginal, celui qui marche seul.

Ce qui me parait d’autant plus évident lorsque l’on s’attarde plus profondément dans le livret, c’est le rapport à l’art et à la mort.

Au cours des différentes photos, on découvre que cet agneau noir  est en fait naturalisé, donc mort. Si vous avez visionné le documentaire «Le Petit Chevalier », Colin s’exprime sur sa vision de la vie, de la musique, de la famille et de l’art. Il y parle de la perte de son père et d’une espèce de fatalité/malédiction familiale voulant que les hommes des générations précédentes n’aient pas fait  de vieux os. Il vit et crée comme si ses jours étaient comptés, comme si il avait une « deadline ».

Dans ce livret hormis une photographie très épurée de lui-même, vous trouverez également, une partie mutilée de son corps (les mamelons) disposés sur une table… « Ceci est mon corps »… Ainsi qu’un reliquaire les contenant, comme deux hosties en suspension. Témoignant de cette mort en suspens. Car en effet, les reliquaires ne contiennent que très rarement les reliques de personnes vivantes (des exceptions ont existé par le passé en Europe). Sauf si ces reliques sont contenues dans un ciboire et sont des hosties nommées « le corps du Christ » (le Christ étant ressuscité, donc vivant aux yeux des chrétiens).

Il y a ici une vraie volonté cathartique (au sens propre) et ascétique qui n’est pas étrangère à une vision christique du « straight edge ».

Je ne peux que vous conseiller de vous procurer ce CD, de l’écouter seul. Consultez les vidéos se rapportant à cet opus, contemplez le livret et prêtez sens à ce concept artistique dans sa globalité.

Vous pourriez plonger profondément en vous-même…


Fabulae Dramatis - "Solar Time's Fables"

Fabulae Dramatis - "Solar Time's Fables"

Fabulae Dramatis - "Solar Time's Fables"

Sortie : 29 Septembre 2017

Style : Metal Progressive

Pays : Belgique

Le groupe belge Fabulae Dramatis , nous présente son second album sorti l’année dernière « Solar Time’s Fables », un mot pour le décrire : C’est la diversité autant dans le mélange de styles , mélange de cultures , d’instruments et de langages. Un vrai voyage au cœur de l’univers de Fabulae Dramatis et de leur opus concept autour de fables et d’histoires issus de cultures du monde qui cesse de nous surprendre au fil de l’écoute.

Si leur musique se décrit de Metal Progressif ou aussi d’Avant Gardiste ce qui représente la mixité de leur musique expérimentale une exposition d’un mélange de différents genres entre Metal Symphonique, Death, Power, Folk allié à de la musique du monde.  Chaque titre est différent et possède sa propre personnalité faisant la force de cet opus. Cette diversité est aussi renforcée avec l’alliance des voix d’Isabel Restrepo offrant une grande palette de sa voix mezzo-soprano et de growls, et Wesley Beernaert offrant aussi une belle alliance entre sa voix clean et hargneuse. Un autre point qui m’a marqué dans cet album est la qualité des nombreux solos de guitares dans les titres tel sur « Sati (Fire II) ou encore sur le titre final « Barren (Gravel).  Plus on s’aventure dans l’album, plus les titres sont expérimentaux et plus le voyage est intense. On retrouve pleins d’instruments variés : Du djembé, du Sitar, de l’harmonium, du saxophone, du violon, de l’accordéon  … On peut citer des titres offrant une belle originalité tels que : Le remarquable « Roble Para El Corazon » un tango rythmé et entremêlé de guitares et de ligne mélodique en subtilité.  Aussi avec « Sirius Wind » apportant une touche jazz et groovy grâce au saxophone et « Nok Terracottas » accentué de violon offrant un bon rythme. Pour finir « Forest » nous permet de rencontrer ce joli instrument le Sitar. Tous ces instruments accentuent et enrichissent les titres et apportent un rythme folk avec finesse et avec un côté mélodique.

Il est difficile d’extraire et d’évoquer toutes les subtilités de « Solar Time’s Fables » tellement il est riche en diversité.  Un voyage intense rempli de sensations, d’émotions et d’ambiances différentes. Fabulae Dramatis nous propose une musique éclectique entre différents genres de Metal et musique du monde surprenante et retentissante ne laissant pas insensible. La force de « Solar Time’s Fable » se trouve dans son originalité et sa diversité et cela nous captive du début à la fin de l’écoute.