Psychédélisme

Vous commencez à me connaitre, les lignes mélodiques foisonnantes, les métriques improbables, les morceaux à rallonge et les sons fuzzy me mettent les esgourdes en joie.

Et ce sont tous ces éléments que l’on retrouve ce soir avec les voyageurs psychédéliques venus des Pays-bas Iron Jinn qui défendent leur premier LP éponyme sorti cette année. Et quel album ! En tête d’affiche, Blackwater Holylight, le quatuor doom/psyché de Portland qui s’est imposé comme une référence du genre depuis leur premier album sorti en 2018.

Ce soir-là, c’est non sans une certaine émotion que les deux groupes achèvent leur tournée commune par cette date lilloise à la Bulle Café, programmée par l’incontournable toutou à trois têtes : Cerbère Coryphée.

Iron Jinn

C’est au son de l’énigmatique et envoutant « Soft Healers » que le public lillois commence à onduler doucement. Le quintet a sorti son premier album en janvier cette année et je vous en conjure, allez l’écouter. On est happé à la fois par les arpèges intriguant des guitares et l’utilisation du bottleneck qui rend le tout si savoureux, mais aussi par un basse/batterie entêtant, shamanique, groovy à souhait.

L’ambiance est intimiste et électrique à la fois. Le groupe est face à un public d’aficionados du genre et la connexion est immédiate.

Les musiciens enchaînent avec un « Winding World » alarmant, angoissant presque, et une ligne de chant incantatoire qui rappelle fortement le travail de Christian Vander dans son iconique Magma. Et le groupe arrive encore à nous embarquer dans sa transe incroyable jusqu’à la deuxième partie du morceau qui évolue vers des parties plus calmes, émaillées de lignes mélodiques vaporeuse jouées par Jarno Pieter au clavier. La dimension progressive du groupe s’éveille en live, les musiciens n’hésitent pas à nous régaler de solos qui révèlent toute leur virtuosité.

Avec « Lick It Or Kick It », déjà culte, le morceau le plus magma-esque du quintet, on bascule totalement dans la folie et les guitares insidieuses se mêlent aux voix de Oeds Beydals et de Wout Kemkens.

Le morceau emprunte la théâtralité d’un Marillion époque Script For A Jester Tears. Le morceau est à la fois torturé, pur et angoissant, Iron Jinn vous chamboule, quoi qu’il arrive.

« Thruth Is Your Dagger » vient conclure ce magnifique set, avec une section rythmique toujours aussi implacable et groovy à la fois et un chant complétement habité. Un morceau qui finit tout en dissonances et lignes de basse groovy et en riffs de guitare baignés de jazz-rock.

Iron Jinn est un groupe à suivre de très, très près et on a hâte d’écouter la suite !

Blackwater Holylight

C’est au tour des quatre musiciennes de Portland de nous emmener dans leur univers doom/stoner teinté de folk et psyché. Le groupe va majoritairement jouer des morceaux du dernier album Silent/Motion, sorti en 2021. Le set s’ouvre justement sur les deux premiers morceaux de l’album et comme le laisse suggérer le nom du groupe, les subtiles contrastes sont de mise. De jolies mélodies planantes, un clavier mélancolique le tout densifié par une guitare bien fuzzy et la voix si touchante d’Allison Faris vous transporte direct en 1970.

La communion avec le public se fait instinctivement avec les américaines, mais c’est bien lors du solo de clavier que le public ferme les yeux et médite au son des notes de Sarah McKenna.

S’enchaine ensuite une deuxième partie de set plus doom que jamais, avec une certaine montée en puissance et des morceaux qui fleurent bon les vieux Black Sabbath. C’est aussi le moment ou l’on salue la frappe assez exceptionnelle de la batteuse Eliese Dorsay qui ne fait pas dans la dentelle et on l’en remercie, quelle puissance !

On arrive à « Every Corner », probablement le morceau le plus psyché du dernier album et le public se laisse gaiement balloter entre les différentes ambiances du morceau. Le set se termine par un rappel bien mérité et un public totalement conquis.

Un grand merci à la Bulle café et à Cerbère Coryphée pour cette superbe soirée.