Pour cette deuxième interview croisée, j’ai choisi de m’intéresser à deux batteurs qui ont fait de leur passion un métier. J’ai rencontré Max Goemaere il y a quelques années lorsque je poussais pour la première fois les portes de la Drumlive Academy, son école de batterie dans le Nord de la France. Et il y a quelques mois je découvrais Jades, un groupe de Rock 100% féminin de la région parisienne, doté d’une batteuse à chapeau qui ne me laissa point indifférente : Chloé « JazzySnake » Jalquin.

Entre humour et réflexion, rencontre avec deux musiciens d’exception …

Pour commencer, je vous laisse vous présenter et nous expliquer votre parcours.

Chloé : Je viens d’une famille de musiciens et très jeune j’ai eu envie de jouer d’un instrument. Ma maman m’a d’abord appris un peu le violon et puis je crois que la batterie m’est venue parce que c’est un instrument assez éclectique, on peut jouer de tout. Au début, j’ai pris des cours de percussion classique, puis j’ai fait du jazz, puis les deux en même temps. C’était difficile d’assurer les deux à haut niveau, alors j’ai dû faire un choix. Je me suis orientée vers la batterie qui me paraissait plus sympa pour accompagner d’autres musiciens, je ne me voyais pas derrière un orchestre à attendre des mesures et des mesures pour jouer. Mes premiers cours de batterie, c’était dans les magasins Milonga, avec un jeune prof qui m’a beaucoup appris, puis plus tard je suis allée au CRD (Conservatoire à Rayonnement Départemental) où j’ai passé mon Diplôme d’Etudes Musicales… Et jusqu’à l’année dernière j’étais au CMDL, c’est l’école de Didier Lockwood, un grand violoniste de jazz. Finalement, je me suis mise assez tard à tout ce qui est rock et musiques actuelles.

Aujourd’hui, je donne des cours de batterie et d’éveil musical, et j’interviens également dans les écoles primaires et élémentaires. Niveau groupes, on va dire que j’ai deux projets principaux. Une formation jazz qui s’appelle Up Trio, et un groupe de rock’n’roll qui s’appelle Jades. Je joue aussi dans un groupe de jazz manouche engagé dans la culture bio (oui, ça existe !) qui se produit plutôt dans les Estivales, dans des endroits un peu étranges, et dans une fanfare de filles. Ensuite, j’ai un groupe orienté pop, avec une chanteuse qui s’appelle Kat Galie. C’est assez libre entre le jazz, le rock et la pop, ça me correspond bien.

Max : Tu arrives bien à gérer tout ça niveau planning ?

Chloé : En ce moment oui ! En temps normal, il y a des week-ends où c’est chargé. Quand tu as deux concerts le même jour ou le même soir, il faut de l’organisation. Pour les concerts, en général, je privilégie plutôt Jades parce que nous n’avons pas vraiment de remplaçant, ce sont nos compos, alors qu’en jazz, si ce sont des standards, je peux demander à quelqu’un pour me remplacer. Ce sont des choix, ça dépend vraiment de la situation : qui m’a appelée en premier, si c’est vraiment important …

Jades - Photo : Faallaway
Up Trio

Max : Je m’appelle Max Goemaere, j’ai 33 ans. J’ai débuté la musique il y a 25 ans, au conservatoire, dans une classe de percussions. J’ai détesté ça pendant longtemps parce que ce que je voulais moi, c’était FRAPPER, faire du bruit. Avec le recul je suis content d’avoir fait des percussions, ça a développé mon oreille et aujourd’hui dès que j’entends une musique que je n’ai jamais écoutée, je peux improviser dessus. J’ai fait partie d’un orchestre où on était quatre-vingt musiciens. On jouait du classique, des musiques de film et des choses un peu plus modernes. C’était une super expérience mais je me suis fait virer du conservatoire quand j’avais 16-17 ans parce que je frappais trop fort sur la batterie… Je ne rentrais pas assez dans le cadre, je pense ! Du coup, j’ai décidé de continuer à apprendre la batterie tout seul. A cette époque il n’y avait pas YouTube, juste Emule ou KaZaa. Quand tu téléchargeais une vidéo de batterie, une fois sur deux tu avais un film de boules à la place. Donc j’ai appris en jouant sur des disques, à l’ancienne.

Mon premier groupe s’appelait Slaughtered, un mix entre Pantera et Gojira, puis j’ai eu mon premier groupe pro, Nightshade, en 2007 il me semble, du deathcore. On a ouvert plusieurs fois pour Dagoba et on a joué dans pas mal de festivals. Ensuite, j’ai joué avec Dunkelnacht, un groupe de metal extrême. On a enregistré un album et un cinq titres, on a fait beaucoup de concerts, des tournées partout en Europe, c’était encore un peu plus pro avec des effets sur scène… Et puis j’en ai eu un peu marre du metal extrême, et de leur côté ils avaient d’autres aspirations. J’écoute du metal, mais je prends autant de plaisir à écouter un album d’Alain Caron, du Beyonce, ou de la musique electro. Le problème du metal extrême c’est que c’est très demandant, il faut jouer tous les jours pour entretenir l’endurance, la puissance, la vitesse… Je n’avais pas le temps de jouer autre chose et ça commençait à me griser. Après une grosse année sans groupe où je me suis concentré sur mon école de batterie Tama, la Drumlive Academy (qui a fêté ses 10 ans cette année), j’ai commencé à reprendre quelques projets, faire des remplacements. Et depuis environ trois ans je suis avec Death Structure, un groupe de metal mais beaucoup moins extrême. La batterie de leur EP a été enregistrée par Romain Goulon, il a fait des parties très compliquées que j’ai mis environ quatre mois à me réapproprier. C’est moins rapide et moins dur physiquement que mon précédent projet mais mentalement, c’est une autre difficulté. 

J’ai fait aussi quelques team building. J’intervenais en entreprise et j’appliquais les préceptes de la musique au monde professionnel : l’écoute, l’entraide, le fait de travailler dur, d’utiliser les qualités de l’un ou de l’autre, … Tout ce qui peut faire de nous un bon musicien, j’ai appliqué ça au monde de l’entreprise. 

Death Structure - Photo : Christophe Leroy

Parle-nous un peu de ton matos.

Max : Je joue sur une batterie Tama Starclassic en bouleau et noyer. J’ai une caisse claire Tama SLP en 14×8, bien profonde, et une double pédale Tama Speed Cobra qui me plaît bien. Globalement, j’aime bien quand il y a de la résistance, qu’il faut frapper fort pour que ça sonne bien. 

En cymbales, je suis chez Meinl, essentiellement la série Byzance. J’ai une ride de jazz, elle sonne terrible. Je suis en partenariat avec Tama et Meinl, ainsi que les ear-monitors Legrand, et Cympad. Ce sont des mousses de cymbales super jolies et des pads que tu peux mettre en-dessous des cymbales pour diminuer un peu le son.

Chloé : Pour faire plaisir à tout le monde …

Max : Voilà, pour éviter de casser les oreilles à tout le monde quand tu joues dans des petits lieux où dès que tu mets un coup de crash on te dit : « Ça va trop FORT ! ».

Le kit de Max

Chloé : Alors moi, je vais te mettre au défi de jouer sur ma première batterie : une petite jazzette Manu Katché que j’aime beaucoup. Elle est très résistante parce que je la trimballe partout dans mon coffre où elle rentre intégralement. C’est ma batterie de jazz… et de transport. Dans les petits bars, c’est très pratique. J’ai aussi une Gretsch Renown Maple en 22 pouces. J’ai fait refaire la caisse claire et le tom basse qui ne sonnait pas très bien par un luthier basé en Angleterre, Bay Custom. Le fils du gérant était au CMDL où j’étudiais et il m’a bien expliqué comment étaient fabriqués ses fûts. Contrairement à d’autres marques, ils effectuent toute la fabrication eux-mêmes. J’ai une autre caisse claire signature « Benny Greb », pratique pour le jazz et qui se règle très bien. Mes cymbales sont plutôt typées jazz, y compris les crashs, mais elles sonnent bien en rock quand même. Justement les ingés son les aiment bien parce qu’elles ne font pas « psssscccchhh » dans leurs oreilles. J’ai du Sabian et une marque peu connue : les cymbales Impression, qui viennent de Turquie. Elles sonnent bien, il n’y a pas d’harmonique qui sort de nulle part. En jazz on est plutôt attachés aux vieilles cymbales d’occasion que quelqu’un te redonne et t’es là : « Ouah ! C’était la cymbale que je voulais ! ». Toutes les cymbales que j’ai achetées sont des cymbales de batteurs que j’ai déjà écoutés pendant des heures et donc, je sais que je vais la prendre après.

La Jazette de Chloé
Le kit Gretsch de Chloé

Depuis février dernier je suis endorsée chez ProOrca, avec mes baguettes JazzySnake qui sont magnifiques. J’en ai des vertes et des … Pas vertes, pour le jazz. Les vertes sont un peu plus grosses et elles s’illuminent dans le noir, c’est fabuleux !

La place de batteur est un peu particulière sur scène. Comment la décrirais-tu pour l’expliquer à quelqu’un qui ne l’a jamais vécu ? Et comment le vis tu personnellement ?

Max : Ça me dérange et en même temps ça ne m’a jamais posé problème. Pour moi, un concert c’est un show. S’il n’y pas un minimum de jeu de scène ou que tu joues ta musique en étant complètement vide, sans émotion, tu vas très vite t’ennuyer et le public aussi. Ça me gêne un peu quand j’arrive et qu’il n’y a pas de lumières sur scène, mais je prends ça aussi comme un défi dans le sens où je suis tout seul au fond, à moi de faire en sorte que les gens me regardent. Ça a peut-être un côté égocentrique, mais dès que j’ai commencé j’aimais bien que les gens me regardent, alors j’ai bossé mon jeu de scène. Quand le jeu le permet, je vais jouer en levant les bras, jongler avec les baguettes, … Ça m’éclate même si ça ne sert à rien pour le jeu en lui-même. En général, ça plaît aux gens et tant pis pour ceux à qui ça ne plaît pas. Il faut faire rêver les gens, de par la musique et la mise en scène, le visuel, etc. 

Pour décrire le ressenti derrière la batterie, je dirais que soit tu te sens le maître du monde parce que t’es un petit peu au-dessus avec les projecteurs qui sont vers toi et tu as l’impression que tout le monde te regarde (ce qui est faux puisqu’on sait très bien que c’est le chanteur et le guitariste qui ont tous les regards, ahah !), soit tu as l’impression d’être seul au monde. Je me souviens d’un live qui m’a marqué à Nantes avec Nightshade. J’avais une estrade qui était environ à deux mètres de haut et je ne voyais pas du tout les autres musiciens. Le guitariste est venu me faire un coucou et jouer à côté de moi à un moment, mais c’est le seul gars que j’ai vu pendant 55 minutes de scène. C’était bizarre, pas franchement une bonne expérience. En plus, j’ai le vertige et je ne m’attendais pas du tout à ça. Quand je suis monté j’avais les jambes qui tremblaient ! 

Photo : Nicolas Chaigneau
Photo : Ybu

Et quand ce sont des petites scènes tu ne vois que des culs…

Max : Oui ou même parfois tu ne vois que le dos du guitariste, qui fait tomber une cymbale en se retournant, ou qui vient taper sur ta batterie avec son manche. Il y a aussi une fois où j’ai joué avec un plexiglass tout autour !

Chloé : Ah c’est horrible !

Max : Oui parce que les gens nous voient, c’est transparent, mais nous on voit tous les reflets des lumières.

Chloé : Et en plus tu n’entends vraiment rien ! Pour moi, le pire c’était avec un plexi énorme, il y avait carrément une porte pour y entrer. Ils t’enferment, t’es coupé du monde et tu n’as aucun rapport avec le public ! Je me disais : « OK, je suis en train d’enregistrer en studio… Mais il y a quand même des gens devant, bizarre… ». Tu vois les autres musiciens qui courent sur scène et toi t’es là derrière ton plexi. Les photographes font des photos de merde du coup. Et pour couronner le tout, mon retour avait lâché donc je n’entendais rien du tout.

Max : Moi je me souviens que les mecs du groupe avaient balancé une banane !

Chloé : De mon côté, à part ce petit moment au Pacific Rock avec le plexi, je ne me suis jamais vraiment sentie seule. Peut-être que ça vient de la musique que j’ai jouée en amont. En jazz, tu écoutes beaucoup les musiciens qui sont autour de toi, donc même si c’est une grande scène, on se positionne de façon groupée. Dans un trio jazz, tu as une contrebasse à ta gauche, une guitare à ta droite et on ne va pas se mettre à cinq mètres les uns des autres. Dans les autres groupes, souvent on vient me voir donc je suis bien entourée. Au début, j’étais très crispée derrière ma batterie, je pense que mon groupe de rock m’a décoincée. Tu te dis que t’es sur une scène et que tu ne vas pas rester à faire la gueule derrière ta batterie. En jazz ce n’est pas forcément qu’on fait la tête, je sais que j’aime bien regarder les spectateurs, voir s’ils sont dans le truc. Ce n’est pas la même approche, mais tu peux aussi t’amuser à faire le show à un concert de jazz. Et à la limite je préfère être à ma place qu’à celle du chanteur qui est tout devant !

Est-ce que tu pratiques un autre instrument ? Si non, est-ce qu’il y a un autre instrument dont tu aimerais jouer ?

Chloé : Je me mets à la guitare… C’est compliqué. Il y a des choses que j’ai envie de faire mais mes doigts ne suivent pas forcément, ou alors je sais très bien quelle note c’est mais mes doigts ne suivent pas. J’espère que ça va progresser.

Max : Je compte m’acheter un piano. J’en avais fait un peu il y a quelques années et j’aimerais bien m’y remettre, ça me détend énormément. Pas pour jouer des choses compliquées, rien que de faire quelques accords, juste pour le son, c’est un autre rapport à la musique. Et j’aimerais avoir un harmonica aussi. C’est tout petit, tu peux l’emmener partout. J’adore le blues et c’est un des instruments prépondérants dans ce style de musique, tu peux faire des trucs chouettes assez rapidement.

Chloé : Pour moi la guitare c’est un peu dans ton optique du transport. Une guitare, par rapport à une batterie, c’est quand même rien. Au début, je voulais faire de la contrebasse mais je me suis dit : « Une batterie et une contrebasse dans une même voiture ça ne rentre pas ». Enfin si, ça rentre, mais tu voyages tout seul, ce n’est pas drôle.

Est-ce que tu participes au processus de compo de tes projets ?

Chloé : Ça dépend du groupe. En jazz on faisait des compos à deux avec le guitariste où j’apportais plutôt les mélodies. Parfois, il y a des choses qui me viennent mais je ne sais pas forcément quels accords mettre en dessous. Après, toujours avec Up Trio, on a commencé à faire des musiques d’ambiance. Il y avait des musiques sur la forêt, sur le cheval… Sur des thèmes assez insolites. On a dû puiser nos idées très loin.

Dans Jades, c’est souvent la chanteuse qui compose. Tout le monde donne son idée. Il y a une base et ensuite on ajoute un riff, des accords, une idée rythmique… Pour la batterie, il arrive qu’on m’envoie une petite idée et puis après on essaie sur place et je fais autre chose… Ahah !

Max : Dans Death Structure, les mecs du groupe ramènent des morceaux qui sont finis à 80%, avec une batterie programmée. Dans le metal, il y a un peu moins de liberté donc je respecte en grande partie ce qui est proposé et puis je crée toutes les petites subtilités auxquelles un autre batteur n’aurait peut-être pas forcément pensé : des coups de cymbale, tout ce qui est ghost notes ou ostinato avec la cloche de la ride ou un déplacement, etc. Hormis cela, je ne compose pas. J’ai parfois quelques idées mais je ne sais pas vraiment les matérialiser. J’ai plus d’idées en arrangement par contre. Le guitariste nous envoie les morceaux et en les écoutant je me dis : « Si là il changeait telle chose, si on ajoutait un son avec du piano ou des cordes ou si on stoppait à tel endroit pour reprendre à tel endroit »… Et quand je fais des remplacements pour d’autres groupes, j’ai souvent eu la chance qu’on me contacte pour avoir mon style, pas juste pour avoir un batteur. Et c’est très bien parce qu’en plus d’être valorisant, je n’ai pas à me forcer à adopter le jeu d’un autre.

Qu’est-ce que te plaît dans la batterie ?

Max : J’aime bien pouvoir exprimer toutes les facettes de ma personnalité à travers mon jeu. Autant je peux tout tabasser, frapper comme un porc et exprimer toute ma haine, ma rage et mon énergie, autant je peux jouer des trucs super doux, posés, parce qu’à ce moment-là j’ai envie de m’exprimer différemment. La batterie, et les instruments à percussions en général, c’est un des seuls instruments où tu peux passer du son quasiment imperceptible, ne serait-ce qu’en caressant ta peau sans balais, juste avec les doigts dessus, à un rimshot de l’espace en prenant ta baguette et en frappant super fort ! Alors perso je n’ai jamais caressé ma peau pour faire de la musique mais j’ai déjà vu des gars le faire.

Chloé : Moi je l’ai déjà fait !

Max : Quand j’ai vu ça je me suis dit : « Le mec il caresse sa peau et t’es transporté ! Il ne joue pas de la batterie là en fait, il fait de la musique mais sans jouer de la batterie ». Tu vois, c’est ça, c’est toute la palette qui s’offre à nous, c’est très vaste.

Chloé : Ce qui me plaît le plus, c’est un peu le côté défouloir, qu’on ne peut pas faire avec une flûte, par exemple… Sinon ça risque de ne va pas être très joli. Quand tu fais une grosse balance sur une bonne scène, t’es bien quand même. Et puis le fait d’accompagner je dirais. C’est un peu le seul instrument où tu peux écouter tous les instruments, t’es un peu le « chef » du groupe, sans être non plus égocentrique, mais tu écoutes forcément toutes les parties puisque tu mets tel coup de cymbale avec tel truc de guitare, tu sais que là tu dois baisser un peu la nuance parce que le chant rentre… Et puis aussi, tu peux jouer avec une grosse batterie mais tu peux tout à fait jouer juste avec une cymbale et une caisse claire et vas-y, challenge, sors-nous un truc. Le pire que j’ai fait (parce que ce n’était pas un choix pour le coup), c’était le jour de la fête de la musique. Le conservatoire devait amener la batterie, sauf qu’ils avaient oublié les cymbales et la caisse claire. Et moi j’avais oublié mes baguettes. J’ai réussi à retrouver des baguettes un peu pourries dans un magasin pas loin mais je n’avais quand même pas de cymbales et pas de caisse claire. Je devais avoir à peine 18 ans et je n’avais pas trop l’habitude de faire face à ce genre de situation. Et justement là tu te dis : « Bon, il faut être inventif ».

Après, quand tu arrives sur une scène, tu n’as pas forcément la même batterie à chaque fois. Tu découvres les cymbales de l’autre batteur, il y a une sorte d’échange entre les batteurs que tu n’as pas toujours chez les autres musiciens. Le guitariste ne va pas forcément prêter sa guitare pour le show d’après. Alors que la batterie, c’est souvent le cas. Sauf quand tu as tes roadies qui apportent ta batterie !

Photo : Nicolas Chaigneau

Raconte-nous un de tes meilleurs souvenirs en tant que batteur ?

Max : Une des plus grosses scènes que j’ai faites avec les meilleures conditions, c’était avec Nightshade, aux Hivernautes. Il y avait Dagoba en tête d’affiche, T.A.N.K en deuxième et on jouait en premier. La scène était immense, avec de gros décors. Il devait y avoir un peu moins de 1000 personnes et dans les loges il y avait une masseuse ! Après le concert, je suis allé prendre ma douche et je suis allé avec ma petite serviette me faire masser. J’ai regardé le concert de Dagoba depuis les backstages, une des meilleures scènes que j’ai faites.

Et aussi la fois où j’ai passé la journée avec Thomas Lang, mon batteur favori, à Paris. Il jouait avec Paul Gilbert, un grand guitar hero. J’ai passé toute la journée avec lui, j’ai assisté aux balances et ensuite j’ai pu jouer sur son kit. C’était génial de pouvoir jouer sur la batterie de son idole et de passer toute la journée avec lui, de voir comment il faisait ses balances.

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Max et Thomas Lang

Chloé : Je dirais que j’en ai deux. Un peu de la même manière que Max, à moindre échelle, quand on avait joué avec Jades au Mennecy Metal Fest. Quand on est arrivées, il y avait cinq roadies qui transportaient notre matériel. J’étais sur le podium de batterie : il y en a un qui mettait mes cymbales, un qui mettait ma caisse claire, trois qui déplaçaient le podium, et puis il y en a un qui me dit : « Vous voulez quelque chose ? » « Bah non, je n’ai rien à faire ! ». On était vraiment bien accueillies, c’était assez fou. On a fait de bonnes balances, dans de bonnes conditions, un bon concert et on a eu de bons retours.

Et puis l’autre souvenir, c’est un moment de jeu, quand j’avais fait le concert avec le Big Band de l’école. Tu te sens un peu le maître du monde quand t’es batteur dans un Big Band et que tu as tous les musiciens derrière toi, tu fais ton solo et ils envoient des pêches, c’était sympa.

Max, en tant que batteur, que penses-tu des femmes qui font de la batterie ? Et Chloé, comment te sens-tu en tant que batteuse ?

[Moment de silence …] Et là Max se dit « Je suis face à deux femmes, il faut que je fasse attention à ce que je dis » …

Chloé : Du coup je vais te laisser répondre en premier …

Max : Ahah ! Il y a de plus en plus de batteuses et c’est une bonne chose. Je ne vois pas pourquoi une batteuse serait moins douée parce que c’est une femme. Ce qui m’agace un peu par contre c’est quand je vois les filles sur YouTube qui mettent un décolleté pas possible et qui jouent sans que ça soit forcément la folie, mais qui mettent plus en avant leurs attributs… Je trouve ça un peu dommage, je n’ai même pas envie de m’intéresser à son jeu ni à la personne. D’ailleurs, les plus grandes batteuses, par exemple Anika Nilles ou Emmanuelle Caplette, ne sont pas du tout comme ça, aussi belles qu’elles puissent être. Ceci dit, si une femme jouait même à moitié nue et qu’elle jouait du feu de Dieu, ça ne me poserait aucun problème ! 

Le seul défaut que je remarque aux batteuses en général, même quand elles jouent terrible, je trouve que ça manque de frappe. J’aime bien quand un jeu est nuancé, mais parfois j’aimerais que ça tabasse un peu plus. Je ne pense pas que ça soit une question de physique parce que c’est la souplesse qui donne la force et le claquant.

Par contre, une fois je recherchais un second prof pour mon école et j’avais auditionné une nana qui jouait surtout du jazz. Elle a joué des balais, c’était très sensuel. C’était beau à l’oreille et aussi pour les yeux, juste pour la sensualité du geste, et je me suis dit : « Je n’ai jamais vu un mec jouer des balais comme ça ».

Il y a quand même pas mal d’élèves féminines à la Drumlive Academy. Tu as du succès auprès des femmes…

Max : Si c’est pour ma pédagogie… Je préfère que ça soit pour ça plutôt que pour mon physique plaisant, n’est-ce pas ? Mais oui, je le vois dans mes cours, j’ai beaucoup de femmes. A un moment je devais avoir quelque chose comme 40 ou 45% de femmes. Et comme je dis toujours : c’est mieux d’avoir une femme en face de toi plutôt qu’un gros barbu !

Photo : Ybu
Photo : Nicolas Chaigneau

Chloé : De mon côté, je dirais qu’il y a encore du chemin à faire. On se prend toujours des remarques, quasiment à chaque concert. Il y a forcément une fois dans la soirée où quelqu’un qui te dit : « Ah c’est bien une fille à la batterie ».

Max : Mais ce n’est pas forcément négatif, ça …

Chloé : Oui mais pourquoi dire ça ? On va te dire : « Oh c’est super un barbu qui n’a pas de cheveux à la batterie ! ». Tu vas dire : « Et alors, j’ai pas de cheveux… C’est bien ».

Max : Ahah ! Non, mais tu vois, c’est le genre de truc que je peux dire parce que je trouve ça bien qu’il y ait de plus en plus de femmes qui jouent de la batterie…

Chloé : Venant d’un batteur, peut-être, ce n’est pas pareil. Alors qu’une personne lambda qui est dans le public et qui vient après le concert… Tu vois, ce n’est pas le même ressenti.

Max : J’ai plein de femmes qui sont venues prendre des cours avec moi et qui m’ont dit qu’elles voulaient s’y mettre plus jeunes mais qu’elles avaient entendu : « Non, la batterie c’est pour les garçons, fais du violon ou du piano ». Je trouve ça bien qu’il y ait de plus en plus de femmes qui n’en ont rien à faire et qui ne se posent même pas la question. Je pense que c’est peut-être plus dans ce sens qu’on te dit ça. Après, tout dépend comment c’est dit effectivement…

Chloé : Dans notre groupe Jades on n’est pas trop dans le truc girl power à fond. On y est un petit peu du fait qu’on est quand même un groupe de quatre nanas donc forcément on nous en parle à chaque fois. Il y a du chemin à faire parce que les gens voient toujours cette séparation homme/femme… Une fois, je suis allée dans une jam et on m’a dit : « Tu vas chanter quoi ? » « Bah rien, t’inquiète, je vais juste te casser les oreilles ». Quand je suis allée m’asseoir, le gars qui m’avait posé la question était très gêné. Après, ils se sentent obligés de se justifier et tu pars dans un truc pas possible… 

Donc ça c’est plutôt par rapport au public, mais est-ce que tu t’es déjà faite bouder par d’autres batteurs lors d’un concert où vous partagiez la scène par exemple ? 

Chloé : Oui, je dirais que oui. Ou justement, on est venu après et on m’a dit : « Ah ouais, je ne pensais pas que tu allais jouer comme ça ». Ou alors, comme on joue sur la même batterie, le gars à qui appartient la batterie qui te dit : « Non mais vas-y t’inquiète, je suis sûr que tu ne vas pas la casser… ». Genre toi tu peux y aller mais le batteur d’après non. Du coup t’es là : « Bah merci… ». Mais en fait je devrais faire exprès de casser une cymbale. Je vais la garder celle-là du coup ! Ahah !

Est-ce que tu as d’autres hobbies ?

Max : Oui, trop ! Malheureusement, je n’ai pas le temps de m’y adonner autant que je voudrais. Le sport, pour commencer. Quand les salles étaient encore ouvertes j’y allais trois fois par semaine, toute la matinée. C’est un exutoire et ça devient un besoin. Je fais un peu de tout : course, muscu… En ce moment, comme les salles de sport sont fermées, je fais du crossfit à la maison. Et c’est aussi par besoin parce que si je ne fais pas de sport je grossis directement, donc je n’ai pas le choix que de me bouger si je ne veux pas exploser !

Ensuite, il y a la moto. On va dire que je ne travaille que pour ça, pour pouvoir partir à moto et rouler le plus possible, dès que le temps le permet. Parce qu’on est dans le Nord ici, ce n’est pas toujours évident ! J’essaie de partir en roadtrip au moins une semaine par an. C’est un peu similaire à la musique en fait, tu fais plein de rencontres, tu vas à plein d’endroits différents, comme quand tu pars en tournée.

Le Yamaha Stryker de Max

Et puis les tatouages, les cigares. 

Chloé : Et l’alcool…

Max : C’est un peu ça, pas l’alcool mais les BONS alcools : les bons rhums, les bons whiskys… Toutes sortes d’alcool, tant que c’est un produit noble. Les bons vins aussi.

Et j’ai beaucoup de respect pour les tatoueurs parce qu’ils sont un peu comme nous musiciens, c’est beaucoup de travail et ce sont des artistes à part entière, j’aime beaucoup ça.

Chloé : Je fais beaucoup de musique dans mes journées, en fait… Je ne fais pas trop de sport, j’avoue, à part du Pilates et un peu de vélo. J’aime bien cuisiner. On peut dire que c’est ça ma seconde passion. Si je devais faire autre chose, dans une cuisine je pourrais me plaire. C’est dans mon tempérament, j’aime bien la variété des musiques, j’aime bien la variété de ce que je mange, découvrir plein de choses, plein de saveurs.

On va terminer sur vos actualités, projets à venir …

Max : C’est-à-dire qu’en ce moment…

Chloé : On peut mettre une photo avec un flou…

Max : Avec Death Structure, on prépare le premier album. Normalement je rentre en studio le premier, en avril. On a décidé de prendre une semaine pour enregistrer la batterie, ce qui est très bien parce que dans les projets que j’ai eus avant, c’était : « Tu as trois jours » ! Ça va être un super album. Niveau musique, c’est le seul projet puisqu’on ne sait pas quand on sera autorisés à rejouer en concert. Après, pour mon école, j’ai plein d’idées. Quand on pourra reprendre normalement, il y aura des ateliers collectifs. Je vais faire des ateliers d’étude de styles dédiés à un artiste, pas forcément un batteur. Peut-être aussi changer mes formules, essayer de faire un stage mais cette fois-ci collectif pour l’été prochain. J’ai un autre projet qui me prend beaucoup de temps mais je n’ai pas envie d’en parler plus que ça pour le moment parce que ça ne se fera peut-être pas, mais si ça se fait ça sera bien. Quelque chose en rapport avec la pédagogie, mais pas une méthode de batterie, ça il y en a déjà suffisamment.

Death Structure - Photo : Bright Nebula

Chloé : Pour ma part, c’est un peu flou… En jazz, on est un peu à l’arrêt parce que ce qu’on comptait faire c’était vraiment jouer dans l’événementiel qui est complètement fermé actuellement. Essayer de finir notre intermittence comme on peut aussi, on verra comment on va gérer ça.

Avec Jades, on a sorti un clip pendant le premier confinement, « Be my Freak ». C’était un peu la galère pour faire le montage parce qu’on était chacun dans notre coin, on faisait des réunions de trois heures pour le montage du clip… Cet été, tout le monde était un peu de son côté, puis en septembre on s’est revues quelques fois et rebelote, nouveau confinement. Donc j’en profite pour commencer à travailler la double pédale et revenir à fond quand on pourra, pour essayer de nouvelles choses, des compos peut-être un peu plus punchy dans la continuité du clip. On a une BD qui va sortir aussi, qui s’appellera « Rockpleaser » et dont on est les héroïnes. Le dessinateur, Thomas, nous a fait une sorte d’histoire avec des serpents, c’est très imaginaire : des serpents, des sorcières… J’ai vu qu’il allait faire une BD avec Ultra Vomit aussi. On est impatientes parce qu’on ne sait pas ce qu’il y a dans l’histoire, on n’a vu que quelques pages par-ci par-là, on va découvrir avec tout le monde. Et normalement cet été, on devrait peut-être faire une mini tournée en Angleterre je crois, je ne sais pas du tout ce qu’il en est.

Dans le groupe de pop c’est un peu pareil en fait, on voulait se lancer avec des vidéos en live et on les a sorties récemment parce qu’il s’est passé plein de choses entre temps qui nous ont un peu ralentis. Il faut que ça se décoince un peu et puis on va mettre le paquet après. Ça fait bizarre quand tu passes de 2-3 concerts en une semaine à rien.

Jades - Photo : Nicolas Chaigneau

Photos : Jump Cut Event (Max) et Jean Louis Sammut (Chloé)

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