Avec cet article je signe une grande première. Cette fois-ci ce n’est pas un album que j’ai décortiqué mais un livre. Alyss Haller, auteure française de la région de Bourgogne-Franche-Comté, a sorti au printemps son premier roman intitulé « L’Artiste » . Ancienne chanteuse du groupe de rock Lifeline, Alyss nous plonge dans les coulisses d’une histoire placée sous le signe du Rock n’Roll.

« L’Artiste » est disponible depuis le 6 avril 2023 sur Amazon. Le géant du e-commerce permet une impression à la commande, ce qui est appréciable dans le cas d’une auto-édition comme ici. A la mi-avril, le livre a également fait son apparition dans des commerces locaux de Mâcon d’où est originaire l’auteure. La couverture a été réalisée par une artiste photographe, Enthea, choisie par Alyss elle-même. 

Exercice de style

« L’Artiste » arbore de nombreux passages au langage soutenu, avec de longues descriptions. Une certaine concentration est nécessaire pour ne pas se perdre dans les longues phrases avec des mots parfois complexes mais cela permet de poser vraiment le cadre. On visualise les scènes et on vit l’histoire avec les différents personnages.

J’ai trouvé l’opposition entre ce langage riche et le monde du rock très intéressant. L’auteure a du vécu dans ce milieu et ça se sent. On retrouve du vocabulaire propre aux musiciens qui permet de nous raccrocher en cas d’égarement. Une sensation d’être un peu comme à la maison.

L’histoire est ponctuée de quelques textos, articles de journaux ou extraits de carnet qui permettent aussi de rendre le tout plus vivant, de s’immerger encore un peu plus dans l’environnement des protagonistes.

Le roman d’Alyss Haller présente également une pointe d’humour, sinon ça ne serait pas rock n’roll. Je vous laisse ici un extrait que j’ai adoré notamment par son côté ultra décalé et qui illustre parfaitement le contraste longue description / humour évoqué précédemment. Une pépite de littérature !

Treize heures quarante-cinq. Au milieu d’un amoncellement de vêtements bariolés et de cadavres de bouteilles, le téléphone de Jérôme sonne depuis un quart d’heure sans discontinuer. A la dixième reprise de « Talk To Me » – le propriétaire dudit téléphone ne s’est pas rendu compte de l’à-propos de ce titre au moment de choisir la sonnerie – un grognement sourd en provenance du matelas posé à même le sol annonce que l’individu susmentionné a fini par percevoir, du fond de son sommeil embrumé par les excès divers de la veille, le signal sonore indiquant qu’un autre individu à l’identité encore inconnue cherche à communiquer avec lui au cours d’un échange oral de durée variable.

Alyss Haller
Photo : Enthea
L'Artiste

Au fil du livre, on développe une certaine compassion pour les différents personnages, notamment grâce au fait que l’histoire est racontée depuis plusieurs points de vue. Chaque partie du roman nous emmène aux côtés d’un acteur. Malgré leur force de caractère, chacun finit par céder à la manipulation de la rock star Adam, une célébrité qu’on adore détester.

Intéressons-nous maintenant de plus près à l’auteure Alyss Haller. Je lui ai posé quelques questions pour savoir qui se cache derrière cette folle histoire de rockeurs.

Alyss Haller, l'interview

Bonjour Alyss, on te voit un peu partout ces derniers mois entre la radio, les salons, les librairies. Comment se passe la promo de ton livre ?

Bonjour ! En effet, je suis pas mal occupée ! Pour être très honnête, au début j’avais un peu de mal avec le côté commercial et publicitaire de la notion de « promo » ; je craignais de tomber dans un truc un peu faux où je n’allais pas me reconnaître, un peu comme ce qui arrive au personnage central de mon livre d’ailleurs. Déjà en tant que musicienne, je n’étais pas à l’aise avec l’idée de « se vendre ». Je me suis beaucoup interrogée sur les raisons de ce que je faisais, mes motivations, et maintenant que je suis plus au clair là-dessus, je me surprends à vraiment apprécier. En plus des retours positifs qui font toujours plaisir, c’est l’occasion d’échanger avec les gens, et de faire parfois de chouettes rencontres. En fait, je vois ça comme un moyen de prolonger ce que j’ai commencé dans le livre. Et c’est aussi une super occasion d’expérimenter : j’ai pu, par exemple, proposer lors d’un festival une performance de lecture sur une bande son que j’ai composée spécialement pour un passage du roman. Ça m’a permis de donner une autre dimension au livre, et de continuer à explorer les liens entre les arts tout en offrant au public une autre approche de la littérature, plus vivante. Et j’ai été très surprise d’y retrouver les sensations que j’ai pu avoir sur scène en concert par le passé ! 

Tu as encore des événements de prévus prochainement ?

Mon dernier événement en date était le 26 novembre j’étais sur un salon du livre dans la région de Lyon. J’y ai de nouveau fait une lecture performée. D’autres devraient suivre ; ils seront annoncés sur mon site et mes réseaux.

Quels artistes / groupes t’ont inspirée pour ce roman ?

Je suis volontairement restée assez floue sur le style de la musique d’Adam, parce que c’était important pour moi que les lecteur·rice·s puissent s’imaginer leur propre musique. Mais j’avais quand même en tête quelques références, ne serait-ce que sur le processus créatif : le côté expérimental, le fait de construire un univers complet intégrant images, vidéos, scénographie… Ce pourrait être une sorte de mélange entre Pink Floyd, Bowie et Nine Inch Nails

Pour le personnage de Zoé et son rapport à l’image, je peux citer la photographe Lynn S.K., dont j’aime beaucoup le travail : un passage du roman a été écrit lors d’une de ses expos qui m’avait bouleversée. 

Dans “l’Artiste” tu dresses un portrait assez caricatural des rock stars, j’ai eu le sentiment que tu avais été déçue du milieu. Est-ce le cas ?

Pas du tout ! D’ailleurs, le but n’était pas de donner une représentation fidèle et complète du milieu de la musique, ni même du milieu rock. Mais en effet, j’ai joué sur le côté cliché du personnage d’Adam tel qu’il est fabriqué par les médias, parce que l’un des fils rouges du livre, c’est justement d’essayer de comprendre qui il est réellement au-delà de cette image dont il se retrouve finalement prisonnier. Et là on s’aperçoit que les choses sont un peu plus nuancées. C’est aussi pour ça que j’ai choisi d’utiliser des points de vue multiples, parce qu’en définitive on ne voit jamais qu’une partie de la vérité, et qu’il faudrait faire la somme de tous les points de vue pour espérer en approcher.

Pourrais-tu envisager de faire à nouveau partie d’un groupe de rock ?

Sans doute pas du rock pur, parce que j’aime beaucoup trop mélanger les styles ! Mais oui, ça me manque énormément. Faire partie de Lifeline a été l’une de mes plus belles expériences, et ça fait quelque temps que je pense à remonter un groupe. Je suppose que j’attends de faire la bonne rencontre : un groupe, c’est pas si différent d’un couple !

Alyss Haller
Alyss sur scène avec Lifeline en 2016 - Photo : Trasher
Alyss Haller
Le groupe Lifeline - Photo : Enthea

Parlons un peu musique, quels sont tes coups de cœur du moment, peu importe le style ?

En ce moment, je suis dans ma période metalcore, Architects en tête (j’ai adoré leur show au Headbangers Parade en janvier dernier, aux côtés de Northlane entre autres), Spiritbox, Polaris, Bad Omens … En bonne place aussi dans ma playlist ces temps-ci, Falling In Reverse. Et pour finir côté concerts, le dernier qui m’a vraiment retournée a été Amenra (dans mon top 5, toutes catégories confondues) : j’ai même pas de mots tellement c’était puissant et beau.

Et côté lecture, que peut-on trouver sur ta table de chevet ou dans ton sac dernièrement ?

Tu ne veux pas voir ma table de chevet, ahah : la pile de livres s’effondre régulièrement tellement j’en entasse, et j’en lis toujours au moins cinq à la fois ! En ce moment, sur le dessus de la pile : la biographie de David Lynch ; un récit de Sophie Létourneau : Chasse à l’homme ; un exemplaire signé de Dévotion de Patti Smith ; un bouquin sur la physique quantique « expliquée simplement » (ce qui ne m’a pas empêchée de m’endormir dessus  plusieurs fois, mais je continue d’y croire !) et un autre sur l’autisme.

Est-ce que tu as d’autres idées de roman pour l’avenir ?

Oui, mais pas que ! J’aimerais pousser plus loin le mélange des formes et des genres, expérimenter encore d’autres approches de la littérature en lien avec les autres arts.

Quel(s) thème(s) souhaiterais-tu aborder dans un futur livre ?

J’ai toujours une sorte d’obsession pour la complexité du réel et de la psyché humaine, j’aimerais continuer d’explorer ça. Je trouve que l’art en général (et la littérature en particulier) est un moyen extraordinaire de vivre des expériences : l’espace d’un film ou d’un livre, on peut vivre la vie de quelqu’un d’autre, ressentir ce qu’il ou elle ressent, ou même vivre dans des mondes qui n’existent pas, et ainsi se décentrer de son propre point de vue et de ses habitudes. Et je voudrais utiliser ça pour aborder des thèmes qui restent malheureusement un peu tabou socialement, comme la question de la mort ou la santé mentale.

Merci Alyss de nous avoir accordé cette interview, je te laisse le mot de la fin pour terminer.

Avec plaisir ! Ah, c’est le moment où il faut sortir un truc d’auteur intelligent ? Ok, alors j’ai envie de dire que l’important, dans la vie, c’est l’histoire qu’on se raconte. Et que peu importe si on la raconte en growlant sur scène, en faisant des claquettes, ou à la pause café de 10h, tant qu’on ne laisse personne l’écrire à sa place. 
Et aussi : dans ce monde où rien ne va, je pense qu’il n’a jamais été aussi important de créer. Alors si tu hésitais encore, c’est le moment de te mettre à la guitare 7 cordes, au crochet, au stand up, à la pâtisserie ou aux fleurs séchées : bref, t’as compris l’idée, mets des paillettes dans ta vie Kévin. 
Merci Metal Overload, merci Vanessa (j’espère que tu ne regrettes pas de m’avoir laissé le mot de la fin) !


Pour te procurer le roman « L’Artiste » d’Alyss Haller, c’est par ici.

Et pour plus d’info sur le livre et l’auteure :