Pour ce cinquième album, Oranssi Pazuzu nous entraîne une fois de plus dans un univers à la fois psychédélique et sombre : la tension se fait ressentir sur chaque piste, l’énergie oscille entre l’envoûtement et la tourmente. Les Finlandais ont su briser les codes propres à chaque genre pour affirmer leur style unique dont les sonorités explorent les espaces futuristes tout en plongeant dans les racines du rock progressif, et plus particulièrement son sous-genre qu’est le krautrock. Sur cet opus, l’influence electro est plus marquée que sur le précédent, « Värähtelijä » (sorti en 2016). Le quintet a poussé un peu plus loin l’expérimentation sonore qui les définit, construisant des morceaux riches et soumettant l’auditeur à leurs constructions rigoureuses.

 

ORANSSI PAZUZU – "Mestarin Kynsi" :  dystopie mécanique

ORANSSI PAZUZU – "Mestarin Kynsi" TRACKLIST:

  1. Ilmestys 07:14
  2. Tyhjyyden Sakrame 09:19
  3. Uusi Teknokratia 10:20
  4. Oikeamielisten sali 08:12
  5. Kuulen Ääniä Maan 07:14
  6. Taivaan Portti 08:06

Il y a beaucoup à dire sur chaque partie tant la structure est complexe, difficile de ne pas laisser son esprit vagabonder. « Illmestys » est une entrée en la matière hypnotique et lancinante sur laquelle les rythmes cycliques nous baladent à travers l’espace. Mais rapidement, la voix éraflée du chanteur vient se greffer et nous ramène à une réalité beaucoup plus sombre.  S’ensuit « Tyhjyyden Sakramenti », qui amène un son d’autant plus dystopique. Le troisième titre « Uusi Teknokratia » débute sur une touche onirique, à mes yeux, cette entrée en matière collerait parfaitement au film de science-fiction « La Planète Sauvage » de René Laloux, avant de sombrer dans une hystérie mécanique. En parlant de « mécanique », le clip est d’ailleurs un superbe hommage à l’expressionnisme allemand et plus particulièrement au « Metropolis » de Fritz Lang. « Oikeamielisten Sali » continue dans cette veine, avec son violon dissonant, amenant un sentiment d’angoisse. Ensuite,« Kuulen Ääniä Maan Alta » commence dans un brouhaha semblable à des coups de klaxons continus dans une ville lointaine et bondée. Le titre se construit autour de pistes de saxophone bourdonnant et se termine sur des nappes mélancoliques donnant à l’ensemble un caractère cinématographique. L’album s’achève en apothéose avec « Taivaan Portti » et ses premières minutes extrêmement brutes et lourdes s’affinant petit à petit, en chaos maîtrisé.

Finalement, « Mestarin Kynsi » est un rêve hanté, à la fois exaltant et asphyxiant. Tout au long de l’écoute, le terme « réalisme magique » fait écho tant le portrait dépeint par l’album nous semble à la fois familier et étrange. On ressent clairement une approche viscérale, conceptuelle de la musique de la part du groupe mais jusqu’à présent le cœur y est toujours, garantissant l’authenticité de chaque composition. Au niveau du mastering, je ne m’avancerai pas tant l’expérience d’avoir pu les voir sur scène au Magasin 4, et véritablement ressentir leur son live, me paraît inégalable et plus organique que sur CD.  Force est de constater que plus le groupe avance dans sa carrière, plus il gagne en renommée,  pour preuve : « Mestarin Kynsi » sortira ce 17 avril sur le géant Nuclear Blast.

Le groupe se produira sur scène le 03/10/2020 au Magasin 4, Bruxelles (event facebook).

ORANSSI PAZUZU – "Mestarin Kynsi" :  dystopie mécanique