Pensées Nocturnes, aussi étonnant que cela puisse paraître compte-tenu de la complexité et de la finesse de cette musique, c’est le projet d’un seul homme, Vaerohn. Il a accepté de répondre à quelques questions concernant Pensées Nocturnes, un projet qui vous retournera certainement le cerveau et vous transpercera l’âme. Amateurs de Freak Show et de Black Metal à l’âme torturée, leur dernier album « Grand Guignol Orchestra » est fait pour vous !

Pour commencer, quelle est l’histoire de Pensées Nocturnes ? Qu’est-ce qui se cache derrière cette paire de mots bien mystérieuse ?

PN est initialement un projet solo et ce n’est qu’en 2017 que d’autres membres ont rejoint le projet pour les lives, le studio restant pour le moment un travail majoritairement solitaire. Le projet s’autorise toutes les libertés possibles et imaginables pour peu qu’une matière cohérente et logique résulte de ce travail.

De nombreux instruments et des influences diverses sont ainsi employés pour obtenir des effets relativement surprenants pour une musique ayant pour racine le Black Metal. Ayant débuté en 2008, la dernière sortie, « Grand Guignol Orchestra », est le sixième album de PN et développe une ambiance de cirque maudit.

Pourquoi as-tu choisi de monter ce projet seul ?

En parallèle des groupes dans lesquels j’évoluais à l’époque (il y a presque 12 ans !) je ressentais le besoin de pouvoir produire en totale liberté, d’être totalement satisfait de tous les choix effectués sans avoir à négocier ni avoir à justifier toutes les décisions.

Œuvrer à plusieurs est une démarche évidemment plus créative mais implique d’accepter les concessions, ce qui est peu évident dans le domaine artistique. PN me permet de laisser libre cours à mon imagination, sans avoir à prendre en compte d’autres facteurs que mes divagations. Y prennent donc place les genres avec lesquels j’ai des affinités, l’objectif étant de coller au mieux à mes aspirations.

Malgré son efficacité indiscutable, le Black Metal tourne autour d’un spectre d’émotions trop restreint et diversifier les sonorités permet de coller au mieux à l’esprit. Le fait d’être seul entraîne une liberté indéniable, au niveau de la composition mais surtout dans le choix des instruments.

Interview Pensées Nocturnes 3

On note une évolution, musicalement et stylistiquement parlant, chez Pensées Nocturnes, c’est passé d’un DSBM à une sorte de cirque-opéra black metal grandiose. Qu’est-ce qui t’a poussé à « changer de cap » ?

Une œuvre est toujours à l’image d’un artiste, d’un point de vue culturel évidemment mais aussi en termes d’équilibre émotionnel. Les 3 premiers albums, et plus particulièrement le premier, « Vacuum », sont l’œuvre d’une personne en recherche de définition de soi, des autres, c’est l’expression d’un profond vide et le besoin de l’exprimer.

Aujourd’hui j’ai réellement honte de ce petit pleurnichard et de ces albums car en grandissant, en prenant du recul, on se rend rapidement compte que tout le monde se moque des pleureuses de service et de leur déjections.

Les gens suivent ceux envers qui ils ont un intérêt, les leaders, les puissants, les gens forts, en bonne santé, rayonnants et souriants.

Ainsi au final, quitte à vivre, autant répondre à ce vide existentiel par le rire, la moquerie, la destruction des certitudes ancrées des formalismes. Un rire moqueur, provocateur et belliqueux. Voilà ce qu’est PN aujourd’hui. Sans pour autant perdre de vue l’aspect vain de tout cela finalement, en conservant une vision tragique de la vie.

Bien que tu sois seul derrière Pensées Nocturnes, tu as choisi de t’entourer de musiciens pour rendre le projet vivant en concert. Comment as-tu effectué le choix des musiciens qui t’accompagnent pour emmener le public dans un cirque malsain le temps d’une soirée ?

Il s’agit uniquement de véritables tueurs dans leurs domaines respectifs. Je les connaissais déjà personnellement pour avoir pas mal évolué ensemble dans d’autres formations et c’est ce lien qui permet d’obtenir cette cohésion et cette fluidité aussi rapidement, tant sur scène que dans la vie de groupe.

Le public ressent cette volonté commune de lui démonter la cervelle dans le même sens et cela fonctionne vraiment très bien. Il y a pas mal de parties d’impro en live et il était nécessaire de développer cette complicité et cette fluidité pour que la mayonnaise prenne.

Interview Pensées Nocturnes 2

Pour « Grand Guignol Orchestra », le dernier album, tu as choisi l’univers d’un cirque d’une époque passée allié à un genre de jazz et à un black metal torturé. D’où te viennent tes inspirations et comment parviens-tu à faire se rassembler des univers si différents pour créer un tout cohérent et harmonieux ?

Je dirais que la trame des morceaux est en général définie par la place qu’ils tiennent dans l’album mais que les détails sont eux pensés secondairement, durant la composition : un peu comme un peintre tracerait les gros traits de son tableau avant d’emprunter les pointes fines. Pour schématiser, la destination est connue mais pas forcément les chemins à emprunter, le parcours se dessinant au fur et à mesure. L’expérimentation étant prédominante dans PN il est pratiquement impossible de savoir à quoi ressemblera un morceau et c’est d’ailleurs tout ce qui fait le charme du projet : le fond est déjà pensé, ne reste plus qu’à lui trouver la forme la plus adéquate.

Pour « GGO », certains passages datent de plus de deux ans. Fidèle à mon habitude, je pétris, travaille, retouche et remodèle sans arrêt les différents passages. PN est une pâte feuilletée que je ne cesse de plier, les couches s’empilent et s’additionnent sans répit. Jamais un morceau ne tombe du ciel tout cru, tout est le résultat d’un travail de tous les instants. La conséquence en est une densité certaine mais également un contrôle parfait de chaque détail. Tout est traité, jaugé, écouté et réécouté des dizaines de fois.

Pensées Nocturnes, l'orchestre infernal

Pourrais-tu me citer entre 3 et 5 albums ou groupes qui ont marqué et influencé ta carrière musicale en expliquant pourquoi ?

Diapsiquir – « ANTI » : pour le côté ultra dissonant / crade et cette créativité hors normes.

Peste Noire – « L’Ordure à l’Etat Pur » : pour cette provocation permanente et le manque de respect total pour la scène et le genre qui l’a bercé.

Unexpect – « In a Flesh Aquarium » : pour la créativité et la multitude d’instrus et de couches dans tous les sens, sans aucun répit.

Circus contraption – « Our Latest Catalogue » : la révélation pour moi en termes de d’influence cabaret / cirque.

Shostakovitch – 1er concerto pour violoncelle : pour la folie qui se dégage du début à la fin.

Lors des concerts, et sur l’album aussi, de « Grand Guignol Orchestra », tu utilises un mégaphone en guise de micro à certains moments. D’où t’est venue cette idée et comment gères-tu ce petit outil capricieux ? Tu es satisfait du rendu ?

Il s’agit effectivement de l’outil avec lequel j’ai le plus de soucis techniques en concert car sur scène, on n’a absolument pas de retour de ce qui en sort, ou pas… Il m’est arrivé à plusieurs reprises de donner tout ce que j’avais à travers l’engin pour au final me rendre compte qu’un mauvais contact bloquait tout, et pendant un moment…

En live il n’est pas vraiment utile de reprendre le mégaphone au micro et cette liberté est assez plaisante. Un peu comme avec la trompette dans une petite salle où il n’est pas utile de repiquer le son.

Mais au-delà de l’aspect bricolage et bourrin de l’ustensile, c’est le timbre et l’aspect saturé / très compressé, de la voix qui en ressort qui m’intéresse. Une voix chantée, avec pas mal de grain, saturée par le mégaphone s’intègre à mon sens vraiment très bien à un mix BM.

Quelle est la chanson que tu préfères jouer en live, celle sur laquelle tu te sens le plus à l’aise ou dont tu es le plus fier ?

Pour la préférence, cela dépend du contexte et du public. Rien de plus exaltant que de jouer du reggae sur une affiche de BM pur et dur avec « Le Marionnettiste », par exemple ! Ou du tango avec « Poil de Lune ». Mais en termes de plaisir et d’aisance personnels je pencherais sûrement pour « Les Yeux Boiteux » avec une montée en puissance de la musique, du tempo et des chœurs pour un final du set bien costaud, après avoir enchaînés les passages très lents et complètement pétés.

Tu as fait pas mal de dates avec Pensées Nocturnes en 2019, est-ce que l’une d’entre-elles t’a particulièrement marquée et pourquoi ?

Nos meilleurs souvenirs de concerts, et qui le resteront pendant un bon moment je pense, sont nos deux participations à Beltane, dont la dernière en mai 2019. Nous avions surpris tout le monde en 2017 entraînant une réaction vraiment hors norme et exaltante de la part du public.

En 2019, lors de notre deuxième apparition au fest, nous étions attendus et la fête a bien été au rendez-vous. Il est un peu triste de se dire que ce petit fest si particulier a pris fin aujourd’hui, mais je suppose que c’est pour laisser place à encore plus très prochainement.

Quelle est la suite du programme pour Pensées Nocturnes ?

Le COVID a un peu stoppé notre lancée mais nous a moins affectés que le reste de la scène car nous étions en période de creux, entre deux albums. Il a dû être fatal aux groupes qui venaient de sortir leurs albums ainsi qu’aux labels qui les produisent.

Nous travaillons donc plus paisiblement sur la composition et l’enregistrement du prochain album, sans trop de distraction et c’est plutôt agréable. Nous reprendrons ensuite la route une fois que tout sera finalisé.

C’est la dernière « question ». Je te laisse champ libre pour laisser un dernier mot de ton choix, quelque chose qui te tient à cœur ou que je n’ai pas abordé.

Merci à toi pour le temps consacré à PN. Bonne continuation à Metal Overload et à très bientôt sous le chapiteau !


Photos Pensées Nocturnes & Les Acteurs de l’Ombre Production

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