Né en Argentine en 2004 et maintenant basé en Suède, Tersivel est un groupe de metal indépendant qui évolue dans un registre pagan/folk, pour le dire simplement. C’est Lian Gerbino (chant et guitares) qui nous présente ce projet unique qui mélange habilement Histoire et combats intérieurs sur un fond atmosphérique contrebalancé par des riffs profonds et lourds.

Pour commencer simplement, qui sont Tersivel ?

Nous sommes Franco Robert aux claviers, Danny Ebenholtz à la batterie, et moi-même, Lian Gerbino, au chant et à la guitare.

Que signifie « Tersivel » et comment avez-vous choisi ce nom en particulier ?

Pour faire court, Tersivel est un mot inventé que je rattache au mot « rassemblement ». J’ai beaucoup écrit à ce sujet, depuis des années, en essayant d’en peaufiner le sens et la signification. Une explication exploratoire approfondie sera disponible dans mon livre, dont la sortie est prévue pour la fin de l’année 2020.

Comment ce nom est devenu celui du groupe… Je suppose qu’au début du groupe, nous étions un peu trop influencés par Tolkien. Personnellement, j’étais fasciné par la création de langues, de mots, de races et de lieux différents et, pour une raison quelconque, il me semblait juste de créer un nom pour le groupe, au lieu d’utiliser quelque chose qui existe déjà. Pour notre premier album, « For One Pagan Brotherhood », j’ai poursuivi cette tendance à créer des noms et des lieux, c’est ainsi que des personnages comme Vosslat et Brënn et des lieux comme Endera et Elveria ont été créés.

Tersivel : un voyage à travers l'Histoire et les sentiments

Vous êtes considérés comme l’un des premiers groupes pagan/folk d’Argentine. Qu’est-ce qui vous a amené à ce style en particulier et quelles ont été vos inspirations à cette époque ?

C’était une sorte d’évolution, je suppose. Ce n’est pas comme si j’avais décidé de former un « groupe pagan/folk metal » en soi, je voulais juste faire du bruit, vous savez, faire de la musique, m’exprimer, explorer. Aujourd’hui, 16 ans plus tard, cela a un sens complètement différent. À l’époque, je me souviens que j’étais (et, à bien des égards, je le suis toujours) très fragile émotionnellement et je ne savais pas comment gérer cela. Une sorte de vide me dévorant de l’intérieur. Alors, comme tout autre être humain, j’avais besoin de trouver un moyen de faire face au Chaos. La musique, la poésie et les livres, surtout concernant Rome et la Grèce antiques, ont commencé à combler ce vide et, pour le meilleur ou pour le pire, à me donner des réponses sur moi-même. Ce que j’aime, ce qui m’amuse, etc. En ce qui concerne la musique, je suis accro à la musique. Il y a tellement de disques que j’aime et dont je m’inspire, qu’il serait impossible de tous les évoquer.

Aussi, comment expliquez-vous le fait que vous ayez été les pionniers de ce style dans votre pays ?

Je pense que c’était une question de timing. Dans les années 2000, il y avait une demande de nouveauté. Grâce à la mondialisation, les films, les jeux et, bien sûr, la musique, les gens, surtout les adolescents, avaient plus de possibilités de divertissement. Leur goût était… Sophistiqué, pour ainsi dire, et cela a ouvert une brèche pour le folk metal en Argentine. J’avais l’habitude de dire : « Retirez le Seigneur des Anneaux de l’Histoire et probablement que vous retirez aussi le folk metal », du moins en Argentine, cela semble tout à fait vrai.

À l’époque, il n’y avait que trois groupes, dont nous, qui jouaient ce style de musique dans notre pays. Le terme pagan/folk metal est apparu des années plus tard. Nous étions simplement connus comme le groupe jouant en jupe (prétendus kilts) ou le groupe en costumes.

Vous êtes là depuis un certain temps maintenant, alors ce style est-il plus populaire en Argentine ? Y a-t-il d’autres groupes dans le même registre que vous pourriez nous recommander ?

Je ne pense pas qu’il soit plus populaire qu’avant. J’ose dire qu’il est même moins populaire. Vous vous souvenez de cette brèche pour le folk metal dont j’ai parlé plus tôt ? Eh bien, ce « gap » est vraiment un gap, pas un grand espace. Et à mon avis, ce fossé se referme maintenant que la nouveauté pour les groupes costumés est passée. Bien sûr, il y a des fans purs et durs qui ne laisseront pas le genre tomber dans l’oubli, mais le fossé se referme quand même. En ce qui concerne les groupes argentins : Skiltron, Tengwar, Cernunnos, Vorgrum, Einher Skald, Triddana et Wulfshon me viennent à l’esprit.

Tersivel existe déjà depuis 2004. Quels sont les highlights de votre carrière ?

Je ne sais pas, je suis le genre de gars qui regarde toujours vers l’avenir. Il m’est difficile de considérer quelque chose que j’ai fait comme un moment fort. Je suis fier de ce que nous avons fait jusqu’à présent, bien sûr. Notre catalogue comporte de bons moments. Nous avons aussi des clips sympas. Nous avons fait des tournées et rencontré des gens sympas. Mais encore une fois, je pense que le meilleur de Tersivel est encore à venir.

D’un autre côté, j’ai lu que vous êtes maintenant basés en Europe, que s’est-il passé ? La scène metal et la culture sont-elles différentes ici de celles de l’Amérique du Sud ?

Ce sont juste des aléas de la vie. Aucun d’entre nous ne vit du groupe, donc quand j’ai déménagé en Suède, il était logique de concentrer nos efforts ici. En ce qui concerne les différences entre l’Amérique du Sud et l’Europe, la culture n’est pas si différente. Surtout dans les villes. Je ne sais pas comment c’est dans les endroits reculés, bien sûr, mais en gros, le « Nouveau Monde » est surtout une extension de la civilisation occidentale. Quant aux différences spécifiques, je suis enclin à penser que la musique metal, en général, est bien plus populaire en Europe qu’en Amérique du Sud. Et cette popularité contribue à façonner une scène underground/moyenne plus saine. Vous avez peut-être vu Megadeth jouer à Buenos Aires devant 50 000 personnes, mais 99 % de ce public n’ira jamais voir des groupes underground/moyen. Vous voyez le tableau…

Vous décrivez votre musique comme « toujours changeante, parfois épique et ésotérique » et c’est drôle parce que c’est exactement ce que j’ai ressenti en écoutant votre dernier album « Worship Of The Gods » (2017). Pourriez-vous m’en dire plus sur cet album ? De quoi parle-t-il ?

Eh bien, tout ce qui nous entoure est en constante évolution. Nous, en tant qu’individus, nous changeons constamment. J’embrasse cela au lieu de me tromper sur les absolus. Si la musique est le langage de l’âme, et que mon âme est une manifestation immortelle d’une énergie indestructible, et que cette énergie coule éternellement à travers la rivière du temps, alors la création consciente ou divine d’un morceau de musique est un acte unique. Peut-être que l’aspect toujours changeant n’est qu’une allégorie de l’unicité.

Quant à « Worship Of The Gods », c’est un disque avec Julien l’Apostat comme personnage principal. Ce n’est pas une biographie textuelle mais un reflet des problèmes modernes et des sujets personnels avec lesquels je me débats. Il y a beaucoup de références historiques, mais ce n’est qu’une des couches. L’auditeur peut creuser plus profondément s’il le souhaite. J’ai même inclus une liste complète de biographies dans la version physique de « Worship Of The Gods », pour ceux qui sont assez intrigués pour y plonger.

Vous avez également sorti l’année dernière un single « Satyrs Wine Part II« . Quelle est l’histoire derrière cette longue chanson ?

C’est très personnel. Les paroles reflètent un moment particulier de ma vie. Des choses qui avaient besoin d’être enterrées. D’autres qui avaient besoin de naître. C’est un dialogue intérieur.

Vous aviez prévu de sortir un nouvel album cette année. Que pouvez-vous nous en dire actuellement ?

Nous y travaillons en ce moment même. Nous travaillons également sur un nouveau single indépendant qui ne fera partie d’aucun disque. Avec un peu de chance, il sortira très bientôt.

Enfin, avez-vous d’autres projets pour cette année ? Peut-on s’attendre à vous voir en tournée, par exemple ?

Seuls les dieux le savent maintenant. La crise du Covid fait des ravages. Nous avons ou avions prévu quelque chose dans un futur proche. J’espère que je pourrai bientôt vous donner des nouvelles à ce sujet.


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