Le mois dernier, les Canadiens de The Agonist ont sorti leur sixième album studio, « Orphans », via Napalm Records. C’était l’occasion pour nous de discuter de cet opus avec leur chanteuse américaine Vicky Psarakis. Le groupe vient juste de terminer quelques release shows et se prépare maintenant à partir en tournée européenne avec leurs comparses de Jinjer.

« Orphans » est sorti depuis quelques jours maintenant, comment te sens-tu ? Quels en sont les feedbacks jusqu’à présent ? Aussi, vous venez juste de finir quelques concerts de release, alors comment c’était ?

C’était fantastique, en fait ! C’est probablement la première fois que je suis aussi excitée pour un album et après sa sortie. Les retours ont été vraiment très positifs et ce que j’ai lors des release shows, c’est que nous avons joué de nouvelles chansons et le public connaissait déjà les paroles. La foule chantait en choeur, ce qui était fou à voir parce que je ne pense pas que ça m’était jamais arrivé auparavant. Alors oui, tout a été très positif jusqu’à présent, c’est super !

C’est génial ! Avez-vous des attentes particulières avec cette nouvelle sortie ?

J’espère le meilleur, évidemment. Chaque fois qu’un groupe sort un nouvel album, il y a toujours cette anticipation de voir comment les fans et les auditeurs en général vont le recevoir. Et il semble que c’est le meilleur feeback que nous ayons jamais eu. Beaucoup de gens disent que c’est notre meilleur album. Donc, nos attentes sont de plus en plus grandes à cause de cela. Maintenant, nous espérons tourner autant que possible et visiter des endroits que nous n’avons jamais visités auparavant, peut-être et… Ouais, nous espérons vraiment le meilleur !

Plus à propos de l’album maintenant. La première chose à laquelle j’ai pensé quand j’ai entendu « In Vertigo » c’était : OMG ça me rappelle les débuts de The Agonist, pour ainsi dire ! Et j’étais vraiment excitée à cette idée. Tu en penses quoi ? Etait-ce un choix délibéré de revenir aux racines du groupe ou c’est arrivé comme ça, pendant le processus de création ?

Je pense que c’était une combinaison des deux. Je pense que tout le monde dans le groupe a eu le sentiment que pour cet album, nous devions rester fidèles à nous-mêmes et faire ce qui nous semble naturel. Et c’est ce que je pense, comme tu l’as mentionné, qu’il y a des éléments d’anciens albums, peut-être mélangés à quelques nouveaux éléments aussi. Et je pense que c’est un son très mature pour ce groupe. C’est la direction qui nous convient et vers laquelle nous devrions nous diriger à partir de maintenant. Et pour moi, c’était vraiment un défi parce que les chansons étaient plus lourdes et plus rapides que tout ce que j’avais fait au chant jusqu’à présent. Mais c’était aussi très gratifiant. Je veux dire, quand je terminais une chanson et que je l’écoutais, je me sentais vraiment très bien, très fortement positive. Donc, je pense que c’est un bon sentiment à avoir. Tu sais, quand tu as fini quelque chose et que tu te sens à l’aise et heureuse avec ça.

Oui, je pense que c’est vraiment plus violent que les albums précédents ! Tu viens de parler de ton chant, alors parlons-en davantage. Je suis vraiment très impressionnée et j’ai l’impression que tu fais de plus en plus de choses avec ta voix et je pense surtout aux growls profonds et démoniaques que tu fais parfois, ils sont énormes ! Mais comment as-tu travaillé sur ces nouvelles compétences ? Tu as travaillé avec quelqu’un ?

Non, je suis complètement autodidacte. Je pense que c’est juste que j’ai toujours été très curieuse en tant que chanteuse de connaître les différentes techniques vocales, tant pour chanter que pour crier. Et je pense qu’après de nombreuses années à chanter et à comprendre exactement ce que je fais, j’ai décidé de me concentrer davantage sur mes cris ces dernières années. J’ai observé d’autres chanteurs de metal que j’admire et dont j’adore les compétences, leur façon de crier etc. J’ai ensuite essayé de comprendre comment ils s’y prennent et, comme tout, je pense qu’il est important d’essayer des choses et d’expérimenter. Il faut aussi se rendre compte que ça ne va pas toujours bien sonner au début, il faut y travailler. Et c’est essentiellement ce que j’ai fait. Je pense qu’une combinaison de cette mentalité que j’ai avec le chant et l’écriture de ces chansons-là spécifiquement, ont permis ça. J’ai senti que la musique me poussait à le faire, comme si c’était évident. Je devais le faire, je l’ai fait ! Ça convenait vraiment à l’ambiance d’ici.

Ok, c’est vraiment impressionnant ! On a parlé que des growls, mais tu chantes aussi des parties plus lyriques, si tu vois ce que je veux dire. Tu as aussi travaillé ces parties seules ?

Oui ! Tout ce que j’ai fait est autodidacte ! J’ai l’impression que chanter et crier, c’est un peu comme être actrice, mais avec la voix, tu sais, ton oreille doit capter certaines choses et ensuite tu dois trouver comment les transmettre avec ta propre voix. Et je pense que j’ai toujours eu cette curiosité et que j’aime énormément de genres musicaux différents, donc, bien sûr, j’ai toujours envie de le faire moi-même. Et je pense que cet album était un très bon album pour montrer cette diversité vocale.

Parlons maintenant du processus de création de l’album. Vous avez beaucoup tourné entre la sortie de « Five » et celle-ci, alors comment avez-vous travaillé sur ce nouvel album ? Combien de temps cela a-t-il pris ?

Je ne sais pas pour la musique, parce que de la façon dont on travaille, c’est Danny qui fait la plupart des instrumentaux. Il les écrit à la maison et nous les envoie ensuite. Donc, il m’envoyait constamment des chansons, mais je n’ai vraiment commencé à travailler dessus qu’une fois que j’ai eu neuf ou dix chansons. Là, je me suis dit qu’il était temps de commencer à travailler sur le chant et les paroles. J’ai peut-être commencé vers février 2018 et j’ai probablement fini vers avril, donc ça m’a pris peut-être trois à quatre mois, je dirais, pour faire le chant et les paroles de cet album.

Est-ce que « Orphans » est un concept album ? Sinon, quels sont les thèmes que tu as choisis d’aborder cette fois-ci ?

Ce n’est pas un album concept. Il y a beaucoup d’histoires différentes. Certaines d’entre elles sont basées sur des expériences personnelles ou des expériences avec le groupe. Beaucoup d’entre elles sont basées sur des histoires fictives, des livres et d’autres choses du genre, et certaines sont basées sur des tragédies de la vie réelle qui se sont produites dans le monde. Donc, ce sont juste des chansons différentes et des ambiances différentes. Mais je dirais que le point commun entre toutes les chansons est qu’il y a généralement ce thème très sombre, une sorte de violence sinistre, dans les paroles. On parle de quelque chose de désagréable en général, mais il faut en parler. Et je pense que le point commun est qu’il y a toujours une partie de la chanson qui transmet de la positivité et le sentiment que tout ira bien à la fin de la journée, ce qui est, je pense, le message le plus important qu’on peut transmettre dans nos chansons. Je parle de quelque chose de sérieux et c’est quelque chose à laquelle tout le monde peut s’identifier, mais au bout du compte, je veux donner l’espoir et la foi que tout ira bien.

C’est un beau message ! As-tu déjà une chanson préférée de « Orphans » ou il est encore trop tôt ?

Oui, c’est toujours difficile de choisir. Et j’ai l’impression que plus l’album est vieux et plus on écoute les chansons, plus on réalise lesquelles on préfère. Tu découvres aussi que tu pourrais te lasser, il y en a qui sont plus rapides que d’autres. Je dirais que dans l’ensemble, selon mon goût personnel, je choisirais probablement « Orphans » comme chanson préférée. C’est vraiment très « Vicky », je suppose ! (rires)

D’ailleurs, as-tu une chanson préférée de toute la discographie du groupe, peut-être une que tu aimes chanter sur scène ?

C’est encore plus difficile à choisir. En fait, je dirais que les chansons que nous avons jouées en concert ne sont pas forcément mes préférées, peut-être parce que nous les jouons énormément et parfois on en a marre d’elles. Il y a beaucoup de bonnes chansons live, donc c’est assez difficile à choisir. Si je devais choisir une chanson que j’aime vraiment et que nous n’avons jamais jouée en concert, je pense que c’est une belle chanson, je dirais « As Above So Below » qui est sur « Eye Of Providence ».

Et donc, tu en as marre de certaines chansons, on peut en connaître une ?

Oh tu sais quand je dis que j’en ai marre, je veux dire que je suis juste un peu lassée. Peut-être que les chansons plus anciennes comme celles que je n’ai pas écrites, parce que ce sont surtout celles que nous avons le plus jouées. Mais, je ne sais pas, peut-être « Thank You Pain ». C’est une super chanson, ne vous méprenez pas, mais nous l’avons jouée tellement de fois…

Je comprends, le public s’attend toujours à ce que vous jouiez celle-là.

Exactement ! Et évidemment, au moment où tu la joues, c’est chouette. Mais quand tu le mets sur la setlist, tu es comme : cette chanson, encore ?! (rires)

D’un autre côté, avez-vous travaillé avec de nouvelles personnes les enregistrements etc. pour cet album ?

Non, en fait, pour celui-ci, nous sommes retournés vers notre producteur de longue date Christian Donaldson du The Grid Studio. Et à chaque fois que nous travaillons avec lui, c’est de mieux en mieux. On a ce sentiment d’être à l’aise avec lui parce qu’il est pratiquement le sixième membre du groupe maintenant. Nous voyons aussi qu’avec le temps, il s’améliore de plus en plus dans ce qu’il fait et il nous dit que nous nous améliorons dans ce que nous faisons aussi. Il semble donc que chaque fois que nous faisons un nouvel album avec lui, c’est toujours mieux.

As-tu un commentaire à faire sur l’artwork qui est vraiment sympa mais aussi très simple cette fois-ci ?

Oui, c’était un peu intentionnel. Nous avons eu toute une discussion sur l’artwork par le biais d’une chaîne de courriels et personne n’a vraiment trouvé une idée folle qui convenait à la musique. Et je ne me souviens pas exactement, mais je pense que c’est Danny qui nous a demandé ce qu’on pensait de faire un fond noir basique avec notre logo dessus et d’avoir juste quelques images dans le livret. Et nous avons pensé que c’était la voie à suivre pour cet album, comme pour laisser la musique parler d’elle-même et avoir une pochette appropriée, pas trop flashy ou folle. Peut-être que ce n’était pas la peine cette fois-ci.

Sinon, vous êtes sur le point de tourner avec Jinjer. Comment s’est passé le deal ? Et je suis juste curieuse, mais que penses-tu de leur musique ?

Tout a commencé lorsque nous avons joué un concert avec eux en 2016 en Europe et nous nous sommes tout de suite connectés en tant que personnes et nous sommes restés en contact depuis lors. Nous avions cette discussion depuis longtemps, nous devions tourner ensemble, nous devions faire quelque chose ensemble et c’est tout simplement arrivé : les étoiles se sont alignées et nous avons sorti un nouvel album. Leur album sort très bientôt et nous avons entendu via leur management, qui est le même que le nôtre, qu’ils planifiaient une tournée européenne mais qu’ils n’avaient pas encore de groupe en réserve. Nous les avons donc contactés directement et leur avons demandé et ils étaient très heureux de nous avoir. Alors, c’est génial. Je pense que ça va être une très bonne tournée parce que les deux groupes ont certaines similitudes, mais nous sommes aussi très différents en même temps. Donc, je pense que ce sera bon pour le public, ils vont avoir une ambiance différente avec nous et une autre avec Jinjer, donc c’est plutôt rafraîchissant. Et puis, personnellement, je dirais que j’aime beaucoup leur musique. Je pense qu’à chaque sortie, ils s’améliorent de plus en plus. Et ils ont vraiment trouvé leur propre style qui fonctionne vraiment pour eux, les gens aiment vraiment ça. C’est génial de voir des groupes qu’on a rencontrés grandir, gagner une fanbase etc.

D’un autre côté, il y a un sujet dont j’aimerais discuter avec toi, mais je comprendrai si tu ne le souhaites pas. Malheureusement, tu as vécu une sorte de mauvais buzz récemment. Comment tu t’en es sortie ? Je veux dire, les gens peuvent être horribles et surtout sur internet…

Je pense que c’est une combinaison des deux, tu sais. Lorsque tu mets quelque chose sur internet, ça génère un large éventail de réactions. Il y en aura d’extrêmement horribles, comme tu l’as mentionné, mais il y en aura aussi d’extrêmement positives et d’un grand soutien. Et tu sais, quand c’est arrivé, j’étais ok avec ça. J’ai vu une énorme réaction de nos fans et d’autres pairs de l’industrie, comme les gens avec qui nous avons tourné… Nous ne parlons pas trop, mais ils m’ont contactée et m’ont envoyé des messages et m’ont dit des choses très positives. C’était donc vraiment bon de voir qu’à la fin de la journée, on n’est pas seul dans quoi que ce soit. Comme beaucoup de gens m’ont dit qu’ils avaient vécu des expériences similaires et qu’ils comprenaient vraiment. Alors, c’était vraiment bien. Je ne me sens pas mal à propos de ça. Je pense que tout le monde doit pouvoir être libre et être soi-même et accepter tous les commentaires que vous recevez, qu’ils soient critiques ou positifs lorsqu’ils se présentent à vous.

Ce qui est triste, c’est que tu n’as rien dit de mal et ça a dérapé… Mais heureusement, tout va bien maintenant !

Ouais, c’est le truc classique du clickbait : vous faites une interview complète et ils vont prendre cette petite chose et la faire exploser de façon disproportionnée pour que les gens fassent des commentaires et likent. Mais je m’attendais à ce que cela se produise un jour et ça se reproduira à l’avenir. Tu sais, quand tu es une personnalité publique, il n’y a aucun moyen d’y échapper. Donc, je suis vraiment ok avec ça.

Maintenant, comme nous avons encore un peu de temps, veux-tu prendre une minute pour parler de ta passion pour les puzzles ?

Oh les puzzles ! Je ne m’attendais pas à ça ! Tu as fait tes recherches ! (rires) Mais c’est juste une de ces choses que j’aime faire quand je veux m’échapper de tout. Je ne fais pas ça souvent, ce n’est pas comme si chaque semaine je faisais un nouveau puzzle. Mais je pense que lorsqu’on travaille sur un casse-tête, notre cerveau est vraiment concentré là-dessus et on ne pense pas vraiment dans toutes ces autres pensées. Je pense que c’est une combinaison de ma capacité à me couper de tout ce qui se passe dans le monde, mais c’est aussi un retour à mon enfance et peut-être à l’enfance de beaucoup d’enfants des années 90, avant toute cette ère de technologie. Il fallait faire des choses comme ça, jouer à des jeux de société, faire des puzzles ou à d’autres jeux de divertissement. Donc oui, c’est un mélange de nostalgie et d’évasion de tout ce qui se passe.

Plus sérieusement, veux-tu ajouter quelque pour vos fans belges pour finir cette interview ?

Je veux juste remercier nos fans belges et je verrai tout le monde très bientôt, car nous allons jouer en Belgique. Je me souviens que nous avons joué là-bas et que ça a toujours été fantastique et que le public est formidable, alors j’ai vraiment hâte d’y être. Et finalement, un grand merci pour votre soutien au fil des ans et j’espère que vous apprécierez vraiment « Orphans ».


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