Il y a quelques temps on vous avait rapidement parlé de la Firemaster Convention qui avait pris place au début du mois de mai à Châteauroux, dans le Centre de la France (ici, dans cette news). Cette deuxième édition était déclinée en version “online” afin de respecter les restrictions en vigueur à cette période. Ce format nous avait donné l’occasion d’y participer virtuellement malgré la distance, et comme on a aimé, on a voulu en savoir un peu plus sur le sur le sujet.

Pour satisfaire notre curiosité, on s’est entretenu avec Joffrey Dériaud et Elodie Briffard, respectivement directeur et attachée de presse de la Firemaster Convention.

Pour commencer, pourriez-vous nous parler un peu du concept initial de la Firemaster Convention. D’où est venue cette idée d’événement et quelles sont ses valeurs ?

Joffrey (directeur de la FireMaster Convention) : L’idée de départ était de proposer un événement avec une forte valeur ajoutée. L’association pour laquelle je travaille, Tonnerre Productions, organise des concerts Musiques Actuelles depuis fin 2012. L’équipe a toujours eu l’envie de proposer et de porter des concepts via ses divers événements, c’est une façon de toujours mettre en action nos neurones et nous pousser dans la voie du développement. Aussi, avec notre ami Kermhit de France Metal, nous voulions organiser un projet ensemble. Après une courte réflexion, offrir un événement qui puisse d’une façon large s’enquérir du sujet « metal » via d’autres spectres que celui du pur live nous paraissait pertinent. Cette culture et sa communauté ont tellement de choses à partager qu’il semble qu’un programme varié d’activités et d’animations pour pouvoir la saisir ou la développer est une bonne chose. Les valeurs que nous souhaitons insuffler à cet événement sont bien sûr celles prônées par le metal en général : le partage et l’amitié. Cet événement est donc un lieu où nous souhaitons accueillir le plus grand nombre de headbangers pour le simple plaisir de se rencontrer et d’échanger. La convention se tient chaque année à Châteauroux pour une question d’opportunité économique et logistique. La ville se situe en plein cœur de France donc c’est un emplacement idéal, loin de rien, proche de tout.

Cette année l’événement a eu lieu en streaming. Hormis le fait qu’il n’était pas possible d’accueillir le public sur place, quels changements avez-vous dû apporter pour cette édition ?

Elodie (attachée de presse de la FMC) :  Je laisse Joffrey te raconter les changements scéniques mais de mon côté à la promo, c’est devenu n’importe quoi ! Comme on ne pouvait pas inviter les journalistes bénévoles (qui sont très nombreux) à cause des normes sanitaires, j’ai repris mon premier métier de journaliste et j’ai fait les interviews de l’ensemble des groupes de la convention. C’était super cool de préparer ces interviews et je pense que cela a pu apporter un petit plus pour le public.  C’était aussi l’occasion de repenser la partie animation de la convention. On avait même un Bingo où tu pouvais gagner plein de trucs cool y compris une guitare dédicacée de Didier Wampas. 

Joffrey : Il a fallu repenser entièrement l’événement tout en essayant de garder son intégrité, mais aussi son intérêt. Si nous n’avions pas pu assurer cela, nous aurions annulé. Le projet de digitalisation nous plaisait bien pour son côté challenge d’une part, mais aussi pour son intérêt professionnel pour tous les intervenants. Bien sûr, à deux mois de la date, garder le bateau à flot et ne pas être submergé par les éléments négatifs extérieurs fut très complexe. Nous ne sommes pas des professionnels de l’audiovisuel, mais du spectacle vivant, donc pour réussir notre projet, il a fallu compléter nos équipes par des spécialistes qui ont fait un travail remarquable (réalisateurs, cadreurs…). Nous avons alterné lives et enregistrements dans une danse constante et équilibrée durant les trois jours. Pour cela, il a fallu partir durant les deux mois précédant le rendez-vous pour faire des reportages et des captations afin de créer des contenus originaux. À réfléchir, c’était complètement dingue voir presque inconscient de faire cela…

La première édition a eu lieu l’année dernière il me semble. Avez-vous déjà pu apporter des améliorations par rapport à la convention de 2020 ?

Elodie :  L’équipe a grandi ! Typiquement l’année d’avant je donnais juste une conférence. C’était le cas aussi pour Corentin Charbonnier (auteur et anthropologue) qui s’est occupé de toute la programmation des conférences par exemple. Je pense que cette nouvelle équipe plus nombreuse a pu permettre à l’équipe déjà en place de moins se disperser et de mieux gérer tout ce qu’ils avaient à faire.  

Joffrey : Effectivement, nous avons complété notre équipe et agrandi la famille. Néanmoins, comme l’événement a eu lieu en digital, les choses ont été pensées différemment. Les véritables améliorations, nous les verrons en 2022, en présentiel. Nous y réfléchissons d’ores et déjà car ça arrive vite. Ce qui est sûr, c’est que nous voulons rendre la convention plus attractive et plus scénographiée dans le but de s’évader de ce monde anxiogène. Le metal est aussi un exutoire pour beaucoup, alors cet outil doit être en accord avec cela.

Le choix des intervenants de cette année a-t-il été impacté par le format streaming : y a-t-il eu des intervenants qui ont décliné à cause du format ? La période de confinement a-t-elle posé problème pour certains intervenants ?

Joffrey : Nous avons gardé le format identique au niveau des intervenants. Comme je disais, il s’agit de conserver le programme initial pour respecter cette édition. Après, effectivement, des artistes n’ont pas souhaité venir pour des raisons qui leur sont propres et respectables comme Titan ou même Heavenly. Sur les douze groupes, seuls trois ont décliné leur venue. Pour le coup, les artistes ont vraiment joué le jeu et c’est rien de le dire. Pour le reste, nous avons dû annuler quelques ateliers, car le format digital ne permettait pas d’être cohérent. Par exemple, l’atelier sérigraphie doit se faire en physique, les participants doivent pratiquer et cela ne peut se faire que sur place. La période de confinement a été vécue différemment par les intervenants, mais les plus impactés sont les artistes qui ne pouvaient plus se rencontrer dans le cadre de leur pratique musicale. Donc le défi fut immense pour eux, ils ont pris énormément de risques.

Les intervenants de la convention 2021 étaient tous français. Est-ce une volonté de votre part de ne promouvoir que des artistes français ou était-ce une restriction du fait de la période de pandémie ?

Elodie :  En ce qui me concerne c’est une volonté. Mais ce n’est peut-être pas ce que le chef va dire, hein chef ?

Joffrey : Nous avons de très bons groupes Français, il faut donc les mettre en valeur. Nous souhaitons aussi inviter des groupes étrangers mais la crise du COVID ne le permettait pas donc c’est bien sûr du 100% Français que nous avons proposé. Nous souhaitons aussi promouvoir les groupes de la Région Centre-Val de Loire qui a de très bonnes formations en punk et hardcore notamment.

Financièrement, avez-vous dû faire face à des pertes conséquentes par rapport au format “présentiel” ? Le streaming a-t-il engendré des coûts supplémentaires ?

Joffrey : C’est ce que l’on peut appeler clairement un événement non-rentable (rires) ! Mais là n’était pas le but. L’idée était de se prouver et de se sentir capable de relever de nouveaux défis, en somme de se sentir vivant après des mois de rien. Nous avons souhaité un événement gratuit et accessible à tous car en format payant, je pense que ça n’aurait que moyennement fonctionné. Le point positif avec un événement sans revenu particulier à part les partenariats privés et publics, c’est que le budget est cadré dès le départ, très peu de ressources sont basées sur des recettes aléatoires en relation avec la consommation du public (bar, billetterie, merch…). Donc théoriquement il y a peu d’impondérables financiers si on anticipe les charges. Le streaming coûte cher, très cher. Il ne suffit pas de venir avec une caméra et un ordinateur et de se brancher sur la prise RJ45 de sa box, il y a tellement de choses à mettre en place. Le plus difficile, c’était notamment de garantir un flux important de qualité pour envoyer les données sur Internet et ça, ça coûte cher…

Avez-vous été confrontés à des incidents techniques ?

Elodie:  Évidemment ! Mais pas tant que ça pour une première fois. On a par contre eu un vrai problème avec la diffusion de clips sur le flux de facebook. On a été coupé pendant presque 1h le dimanche à cause de ça.  

Joffrey : Comme le dit fort bien Elodie, oui, il y en a eu. Parfois le public ne le savait pas, parfois ça se voyait. Mais rien de bien grave. C’est là le résultat du travail d’une équipe de choc composée de professionnels. Lorsqu’on est bien entouré, on diminue grandement les problèmes, ou tout au moins on augmente les chances de les solutionner rapidement.

La diffusion en streaming de cette édition a permis de rallier un public plus large qui n’aurait peut-être pas pu se déplacer jusqu’à Châteauroux. Est-ce que vous songez à faire un double format pour les prochaines éditions, présentiel/streaming ?

Joffrey : Nous ne savons pas encore ce que nous ferons en 2022 concernant le digital. Ce qui est sûr c’est que nous voulons revoir notre public. Le numérique coûte cher et à moins d’avoir de grandes ressources, c’est un investissement fort pour les petites structures comme la nôtre. Nous avons ce désir de pouvoir garder une part de numérique, mais comment ? Nous ne le savons pas encore. Ce que nous ne souhaitons pas, c’est en tout cas supplanter le live par le numérique à distance.

Elodie :  Le format hybride reste une possibilité, mais on est des fervents défenseurs du live. Du coup, c’est évident que nous ne proposerons pas les mêmes choses à ceux qui se déplacent.  

Auriez-vous quelques chiffres à nous communiquer concernant le nombre de participants sur le weekend ?

Elodie :  C’est dommage que Karen ne soit pas venue ! (Ndlr : la responsable communication de la convention et également la modératrice de cette édition 2.0). Patron un petit mot ?

Joffrey : Nous avons fait presque 14 500 clics sur les trois jours. Un clic peut être la conséquence d’une ou plusieurs personnes et une vidéo peut être vue dix secondes comme une heure donc potentiellement 21 000 personnes peuvent avoir vu ne serait-ce que quelques secondes de nos productions (lol).

Pour terminer, quel bilan tirez-vous de cette édition online ? Les points positifs et les points négatifs ? Avez-vous des regrets ou au contraire êtes-vous totalement satisfaits d’avoir pris la décision de maintenir l’événement en l’adaptant à la situation ?

Elodie :  On regrette de ne pas vous avoir vu … Néanmoins, je suis presque sûre qu’on aurait pas eu les 5000 personnes du vendredi si on l’avait fait en réel. Je pense que la direction de la Firemaster Convention a bien fait de choisir dès janvier de passer au format livestream. On ne risquait plus de se faire annuler ainsi et du coup nous avons pu avancer et tout préparer pour que l’événement se passe au mieux.  

J’espère à titre personnel que cette édition particulière vous donnera envie de venir l’année prochaine ! En tant que parisienne, je peux te dire que c’est juste à trois heures de chez toi pour un week-end super sympa !

Joffrey : Une grande satisfaction du travail accompli, mais surtout un plaisir énorme et indescriptible d’avoir revu des amis, des artistes, des techniciens, et des gens s’affairer pour la réussite d’un projet. C’était énorme de voir cette ruche dynamique s’agiter partout et de voir le plaisir émaner des gens. Alors oui, même si nous aurions pu faire plus de connexions, nous avons été utiles pour beaucoup. Je pense que nous avons aussi été pionniers en France sur ce format-là : trois jours de livestream gratuit, soit plus de vingt-et-une heures de vidéos avec des concerts en direct, c’était inédit. Alors nous sommes satisfaits de cela. Les retombés se feront ressentir en 2022 peut-être. Juste un peu déçu que certains grands médias rock/metal ne se soient pas plus emparés du projet mais rien d’étonnant ici. On a eu Augustin Trapenard et ça, ça vaut de l’or. Merci Elodie et Karen !


Si tu as manqué la Firemaster Convention Online, les replays des concerts et des documentaires sont publiés chaque mardi depuis quelques semaines. Ils restent accessibles sur le site internet de l’événement. On peut également s’y procurer des t-shirts, gobelets et médiators à l’effigie de cette édition 2021 pour soutenir le projet.

Rendez-vous sur https://www.firemaster-convention.fr/

Et sur la page Facebook : https://www.facebook.com/firemasterconvention

Et à l’année prochaine !

 

 

Vanessa & Délia