Un dimanche à Lokeren : le Metaldag des Lokerse Feesten

Un dimanche à Lokeren : le Metaldag des Lokerse Feesten

Je suis heureuse de retourner au « Metaldag » des Lokerse Feesten pour la troisième année consécutive. La programmation me semble plutôt soft cette année, mais avec une météo radieuse et de la bonne compagnie, c’est bien assez pour passer un très bon moment.

Les festivités débutent en fin d’après-midi avec les Belges de Brutus et leur rock agressif. Ce trio en pleine ascension est mené par une chanteuse, Stefanie, qui officie également à la batterie. Ce n’est pas commun, mais en la voyant, je ne peux m’empêcher de penser à Jen Ledger du groupe Skillet qui tient les mêmes rôles au sein de celui-ci. Concernant Brutus, leur son est très bon et l’ensemble du set se révèle énergique et puissant. Même si les morceaux me semblent parfois redondants, cela reste malgré tout une chouette découverte.

Je suis ensuite un peu sceptique en voyant les musiciens de Zeal & Ardor prendre place sur scène, l’air si grave. J’ai beaucoup entendu parler d’eux, mais je ne sais absolument pas à quoi m’attendre. Mais quand les trois chanteurs font résonner leurs voix, la magie opère immédiatement et je comprends leur succès. En effet, j’ai l’impression que de tout ce qui se fait sur la scène metal, Zeal & Ardor apporte réellement quelque chose d’inédit. Ces chœurs sombres, profondément imprégnés de blues, sur une trame de fond atmosphérique qui flirte avec le black… C’est le frisson assuré !

Après cette performance un peu hors du temps, on passe en terrain connu avec Life Of Agony et l’inénarrable Mina Caputo au chant. Aujourd’hui, bien qu’elle communique à merveille avec le public au fil des morceaux, elle se montre plutôt sage entre ceux-ci, laissant le rôle d’animateur au guitariste. Quoiqu’il en soit, même si l’on a déjà vu des shows explosifs, le set est propre et ne manque pas de punch.

Place à Alestorm pour poursuivre, que l’on a également connus plus remuants. Idem côté public, un peu plus timide que d’habitude. Leur concept s’essoufflerait-il ? Qu’à cela ne tienne, c’est toujours fun d’entendre leurs tubes en buvant des bières.

Voici maintenant Europe, ces papys du rock qui, pour la majorité des gens, n’ont fait qu’un tube. Ils ont pourtant une belle discographie à leur actif qu’ils ne manquent pas de brasser tout au long de leur set hyper énergique. Le chanteur, Joey Tempest,  est particulièrement en forme et ne manque pas d’occuper l’espace en démontrant sa souplesse et en faisant tournoyer son pied de micro à tout va. Il faudra patienter une dizaine de titres pour arriver au moment probablement le plus attendu de la soirée… Je parle bien sûr de « The Final Countdown » dont l’intro incomparable fait hurler l’assemblée toute entière. Cet instant fédérateur clôture parfaitement le concert des Suédois.

Nous restons dans le passé pour le grand final de ce « Metaldag » en compagnie des légendaires Scorpions. Le groupe enchaîne les tournées d’adieux depuis presque dix ans maintenant et le concept fonctionne à merveille. Cependant, même si c’est toujours un plaisir de les voir et d’écouter leurs plus grands hits en live, je me dis qu’il est peut-être temps pour Klaus Meine de prendre sa retraite. En effet, même si les musiciens se montrent toujours en pleine forme, le chanteur, lui, semble fatigué : il ne bouge presque pas sur scène, sa voix est faible et parfois fausse. J’ai trouvé ça triste, en fait. Hormis ce constat, j’ai tout de même passé un bon moment et ai fait le plein d’émotions.

Finalement, alors que la plaine du festival se vide en grande majorité, il est tout de même possible de prolonger un peu la fête en compagnie des DJ’s Goe Vur In Den Otto qui diffusent nos chansons préférées, tous styles et toutes époques confondues jusqu’à ce que la pluie nous rappelle à l’ordre.

Que dire de plus si ce n’est que le bilan de ce jour de fête était une fois encore très positif ? Affiche sympa, bon son, bonne ambiance et bons potes. Les éternels bémols se situent du côté du bar : les boissons sont toujours trop chères (mais on picole quand même) et il n’y a pas toujours pas de gobelets réutilisables. Ah oui ! J’oubliais presque : s’il n’y a pas de photos de Scorpions, c’est parce qu’il y avait une liste restrictive. Dommage !


Au coeur de la Grande Guerre avec Pär Sundström de Sabaton

Au coeur de la Grande Guerre avec Pär Sundström de Sabaton

C’est entre les murs du Musée Royal de l’Armée et d’Histoire Militaire que j’ai rencontré Pär Sundström, le bassiste de Sabaton. Le groupe de power metal suédois est sur le point de sortir son neuvième album studio, « The Great War ». Comme son nom l’indique, ce disque est dédié à la Première Guerre Mondiale. Mais avant de discuter de cela avec Pär, j’ai dû traverser le musée et j’ai pu observer son immense collection. Même si tout ce qui concerne la guerre ne m’intéresse pas vraiment, j’ai été réellement impressionnée par la qualité de conservation des nombreux éléments exposés. J’ai été d’autant plus subjuguée en entrant dans le hangar rempli d’avions authentiques où l’interview s’est déroulée.

C’est assez original, mais ça a aussi beaucoup plus de sens pour Sabaton de faire cette interview ici, plutôt que dans le lobby d’un hôtel ou quelque chose dans le genre. Je sais maintenant, grâce à Chris (l’un des promoteurs), d’où est venue cette idée, mais comment te sens-tu à l’idée d’être ici aujourd’hui ?

Une grande partie de ce musée est dédiée à la première Guerre Mondiale. Et ce n’est pas si courant. On est souvent invités dans différents musées et la plupart d’entre eux se concentrent sur la seconde Guerre Mondiale, comme partout dans le monde. Cette guerre a toute l’attention des médias, sauf depuis quelques années, à l’approche du centenaire de 14-18. Mais pouvoir me promener ici… C’est aussi intéressant, parce que c’est le premier musée sur la Première Guerre Mondiale que je visite. Donc, pour moi, c’est aussi intéressant, tu vois, ayant grandi en Suède, on n’apprend pas grand-chose sur la Première Guerre Mondiale. On sait qu’elle existe parce qu’il y en a eu une deuxième après. Et on a lu un livre à l’école primaire, « À l’Ouest, rien de nouveau ». Mais à part ça, on n’en sait pas beaucoup plus en Suède. Donc, quand on a fait cet album, on en a beaucoup appris.

C’est pour ça que vous avez choisi ce thème en particulier pour ce nouvel album ?

Non, ce n’est pas pour ça qu’on l’a choisi. On a déjà chanté quelques chansons sur cette guerre par le passé. Et on l’a toujours trouvée très intéressante, sous plein d’aspects. Il y a tellement d’histoires et d’angles différents et bien sûr, il y a un conflit de masse. Il y a donc beaucoup d’histoires à raconter. Puis, c’est un thème qui colle bien à notre musique et quand on l’avait abordé par le passé, c’était bien. Et grâce au centenaire, on a senti que c’était le bon moment pour faire cet album-là. Nous avons discuté d’autres sujets, mais ils sont reportés à plus tard.

« The Last Stand » est sorti il y a déjà trois ans. De combien de temps avez-vous eu besoin pour préparer votre nouvel album ? Est-ce que tu peux résumer son processus de création ?

À un moment donné l’été dernier, nous avons décidé du sujet. On connaissait déjà nos deadlines. Parce que c’est le genre de choses qui doivent être en place assez à l’avance, pour qu’on puisse booker le studio, rendre nos masterings et s’assurer de ne pas manquer la date de sortie. Donc, c’est comme ça que tout fonctionne. On a besoin de tout prévoir à l’avance, donc on a booké le studio peut-être un an et demi avant d’y entrer. C’est à peu près dans ces eaux-là qu’on doit prévoir certaines choses qu’on doit faire. Mais ce n’est pas à ce moment-là qu’on choisit le sujet. Ça, on l’a donc décidé l’été dernier. Et à la fin de l’été dernier, après les concerts et festivals d’été, disons à la fin du mois d’août, c’est là qu’on a commencé la composition à proprement parler. Au même moment, on a aussi réuni différentes idées de sujets : d’un côté, la musique prenait forme et d’un autre on développait les thèmes. Mais aucun texte n’était encore écrit à ce moment-là. Donc, vers le mois de novembre, juste avant d’entrer en studio, on avait les titres, les démos et beaucoup de sujets différents. Et c’est là qu’on a commencé à faire une sorte de puzzle, comme : « Cette chanson me donne tel type d’émotion, on doit l’associer à ce genre de sujet », et quand on avait quelque chose qui matchait, on a pu faire des recherches et écrire les paroles. Les recherches pour cet album ont été assez simples pour nous en comparaison des autres albums, parce que nous avons un grand historien à nos côtés maintenant, Indiana Neidell, qui gère la chaîne historique de Sabaton sur YouTube. C’est un expert de la Première Guerre Mondiale, il a constitué la plus grosse documentation historique sur cette guerre. Donc, il n’y avait aucun problème pour nous de simplement lui demander n’importe quelle information ou comment en trouver sur n’importe quel sujet. Il est toujours d’accord de nous aider. Il nous raconte les histoires de manière passionnée et peut aussi nous amener aux sources dont on a besoin. Donc, les recherches pour cet album n’ont pas été, dieu merci, si difficiles.

Justement, il existe une version historique de l’album. Est-ce une idée d’Indiana ?

Non, l’idée de cette version historique est venue à la fin du processus de création de l’album. À la fin du mix, en gros. Je voulais essayer de faire quelque chose parce que beaucoup de gens ont dit adorer quand on propose des albums avec un concept plus profond, quand tu as une narration qui lie les titres entre eux et donne quelques informations historiques. Des gens ont dit avoir aimé ça sur « The Art Of War ». D’autres, s’en sont plaints parce que ça ruine leur expérience d’écoute, si tu sors un morceau de l’album et que tu le mets dans ta playlist préférée. Donc, je suis tout à fait d’accord avec l’idée et c’est pourquoi j’ai décidé de faire deux versions différentes pour les auditeurs. Ce que je veux dire, c’est que si je suis assis là à écouter ma playlist préférée remplie de chansons festives, je n’ai pas envie qu’une femme arrive et explique le background d’un morceau, je veux juste l’action du heavy metal. Mais si tu veux vraiment profiter de l’album et l’écouter du début à la fin et que tu veux en savoir un peu plus à propos des chansons, la version historique est définitivement la meilleure version pour apprécier l’album. Cela ne t’en apprend pas tant que ça, mais ça te met dans l’ambiance et t’explique un peu de quoi parle le prochain titre. Donc, ce n’est pas un outil d’apprentissage. Mais nous avons aussi une version de l’album qui instruit vraiment, elle est pour les supporters et backers de la chaîne YouTube de Sabaton. Donc, il y a cette différente version de l’album où Indy explique des choses, il parle d’Histoire au sens propre, aussi entre les chansons. Je pense que c’est un peu lourd pour la majorité des gens, parce que c’est beaucoup d’informations. C’est sympa si tu veux écouter un album et avoir toutes ces informations entre deux morceaux et je pense que certaines personnes vont adorer ça. Je l’ai beaucoup apprécié quand je l’ai écouté, donc on verra !

On parlera de musique plus tard, comme tu viens d’évoquer votre chaîne YouTube historique. Quels sont les retours que vous avez reçu sur ce projet jusqu’à présent ?

Je savais depuis le départ qu’on ne pouvait pas mal faire avec la chaîne historique de Sabaton. Tout d’abord, ce n’est pas obligatoire, tu n’es pas obligé de regarder si tu n’en as pas envie. Donc, je n’ai vu aucun mal à ça. Le seul mal que je peux accepter, c’est que quelqu’un dise : « Oh vous avez passé du temps à ça au lieu d’écrire de nouveaux morceaux ». Mais ce n’est pas tellement vrai, parce que ce n’est pas la même chose. Je sais qu’on aurait pu faire un concert en plus au lieu de filmer des épisodes ou peu importe, mais ce ne sont pas des arguments très forts. Donc, je savais qu’il y aurait des gens très contents et des gens qui s’en fichent complètement. Et pour ça, c’était suffisant pour moi. Ça n’a pas été compliqué de décider de le faire une fois qu’on savait ça. Mais il y avait d’autres choses à prendre en considération… Ce que je veux dire, c’est que quand j’en ai parlé à Indiana et que je lui ai demandé s’il voulait le faire, il a répondu : « Hell yeah ! C’est une idée géniale ». Mais c’était juste le début. Ce que je veux dire, c’est que ça demande une équipe complète. Il y a à peu près dix personnes qui travaillent sur chaque épisode que l’on sort assez régulièrement, comme un par semaine. Donc, ça demande beaucoup de travail, aussi bien de préparation que d’exécution. Et on a aussi beaucoup d’idées sur la façon dont on va faire évoluer le projet dans le futur et ça va demander encore plus de gens. Donc, c’est un gros projet et ça nous a pris à peu près huit mois pour qu’on puisse publier le premier épisode. C’était aussi relativement épuisant parce que la majorité des finitions ont été faites au même moment que la compo du nouvel album, le morceau sur l’histoire du Bismarck, tout en travaillant sur un tout nouveau site web. On a aussi fait évoluer la « Sabaton cruise », maintenant c’est le « Sabaton battleship ». Donc, on était en train de travailler sur beaucoup de choses différentes en même temps et c’était assez fatiguant, autant pour les membres du groupe que pour les gens qui travaillent avec nous, parce qu’on n’est pas habitués à ça. Je suppose que ces six derniers mois, j’ai travaillé un peu plus que mes 16 heures quotidiennes habituelles.

Maintenant, revenons à ce nouvel album pour lequel vous avez commencé l’enregistrement le 11 novembre dernier, ce qui est assez symbolique. C’était un choix ou c’est arrivé par hasard ?

Cela semble hilarant, mais ce n’est pas un choix, ça aurait dû, mais ça n’a pas été le cas ! On devait booker le studio très en avance, donc nous ne pouvions pas prendre ça en considération. On ne savait même pas à l’époque qu’on allait faire un album sur la Première Guerre Mondiale. Donc, ça s’est passé par hasard et ça tombait vraiment bien !

Autrement, il y a quelques choses fascinantes au sujet de la musique de Sabaton et j’imagine qu’on vous en demande beaucoup là-dessus. La première chose, c’est que vous avez définitivement votre signature musicale, mais n’est-ce pas difficile, à force, de renouveler vos riffs ?

Bien sûr, si on voulait tout renouveler à chaque fois, ce serait vraiment difficile, mais nous ne sommes pas très enthousiastes à cette idée de tout renouveler, on n’en ressent pas le besoin. Ce qui est important pour nous, c’est de sortir un bon album qui sonne comme Sabaton et s’assurer que les fans ne soient pas inquiets, qu’ils puissent se détendre parce qu’un nouvel album arrive et qu’il va sonner comme Sabaton, avec peut-être quelques petites améliorations. Donc, on n’a pas vraiment besoin de beaucoup évoluer, on a juste besoin d’essayer de faire de super chansons.

Avez-vous eu des inspirations musicales particulières pour cet album ?

Musicalement, pas vraiment. Les chansons sont ce qu’elles sont. Tout a été composé avant l’écriture des textes pour être certains de le faire comme un groupe de heavy metal.

Donc, une autre chose vraiment intéressante dans votre musique, qui me semble un peu contradictoire personnellement, c’est que vous arrivez à faire une musique puissante et positive sur une des pires choses qui existe, la guerre. Qu’est-ce que tu en penses ?

Je pense que peu importe la façon dont tu le fais, comment tu vas raconter l’Histoire, comme ici, le fait d’être dans un musée… On fait la même chose que ce musée. On préserve une part de l’Histoire. On la raconte juste de manières différentes et intéressantes. Certaines personnes ne veulent pas venir ici, ou ne veulent pas lire un livre, mais il peuvent écouter une chanson. Donc, dans ce sens-là, on fait simplement la même chose que ce musée.

C’est une question que la plupart des artistes détestent, mais as-tu une chanson préférée sur « The Great War » ?

Probablement la piste principale, je pense que c’est une chanson géniale. Elle me fait penser à une sorte d’hybride entre nos chansons « Primo Victoria » et « Carolus Rex » et je ne crois pas qu’on puisse se tromper avec ça. Musicalement, je l’ai aimée depuis le début et quand j’en ai écrit les paroles, j’ai vraiment été très inspiré. L’artwork était en cours de réalisation à ce moment-là, donc c’était d’autant plus intéressant. Je voulais que cette chanson pose la question de ce qui est si grand à propos de cette guerre ? C’était l’idée principale. Tu vois, pourquoi on l’appelle la « Grande Guerre » ? C’était l’idée derrière cette chanson.

J’ai personnellement bien aimé « The Future Of Warfare », mais aussi « In Flanders Fields », qui est complètement surprenante. Tu as un commentaire à faire sur cette chanson ?

Ouais. La chanson d’avant, « The End Of The War To End All Wars » représente l’un des moments les plus épiques et grandiloquents dans l’histoire de Sabaton. Tout a 10/10 là-dessus. Si on avait fini l’album comme ça, les gens auraient été choqués, ç’aurait été une fin trop brutale, vu qu’on les emmène très haut, la chute aurait fait mal. Donc, on voulait plutôt finir l’album en douceur et c’est pourquoi ce morceau est là. En fait, ça a pris pas mal de temps de réfléchir à son orchestration et ses arrangements. Nous avions d’abord l’idée de la faire avec batterie et guitares, mais on l’a ramenée aux chœurs seuls. Les filles qui chantent là font partie de la chorale qui est avec nous depuis 2005 à l’époque de « Primo Victoria ».

Justement, est-ce que vous prévoyez un release show avec la chorale ou prévoyez-vous de les emmener en tournée ?

Ouais. Pas celles qui sont sur l’album, mais une autre chorale que l’on prévoit d’emmener au Graspop et on l’appelle la « Great War Choir ».

D’un autre côté, le nouvel artwork est assez fort et pour moi, il tend à montrer le chaos et le désespoir d’un soldat pendant cette « Grande Guerre ». Tu as un commentaire à faire à ce propos ? Et est-ce que le personnage représente quelqu’un en particulier ?

Il parle aussi du titre principal en quelque sorte. L’artwork représente tout un tas de choses de la guerre et tu peux voir différents détails qui ne peuvent pas se retrouver sur le même champ de bataille. L’histoire du titre principal se déroule à Passchendaele, mais la pochette est plus générale quant à la Première Guerre Mondiale avec plusieurs choses qui ne se trouvent normalement pas au même endroit au même moment.

Sabaton - The Great War - Artwork

Autrement, j’ai lu dans la presse française que vous avez fait une sorte de pèlerinage en visitant Verdun et d’autres endroits symboliques de la Grande Guerre. Pourquoi avez-vous décidé de le faire et quels souvenirs gardez-vous de cette expérience ?

On savait depuis le début que la bataille de Verdun était l’un des sujets que l’on allait aborder sur l’album. Alors, on a pensé à y aller et on se doutait que quelques médias d’ailleurs n’entendraient jamais parler de ça, donc a voulu les emmener avec nous. Et nous ferons la première présentation officielle de l’album à Verdun. C’était l’idée que nous avions en tête et cela nous a donné l’opportunité d’aller là-bas quelques jours pour tout visiter… Enfin, pas tout, il faut beaucoup plus que quelques jours mais on a quand même vu quelques trucs. Et c’était aussi intéressant pour tout le groupe, car normalement c’est le chanteur et moi qui écrivons les paroles. Là, tout le monde était présent pour en savoir un peu plus. Je pense que cette visite a été bénéfique pour chacun d’entre nous.

Vous avez déjà visité Bastogne, ici en Belgique ? Qui est plutôt un endroit lié à la Seconde Guerre Mondiale…

Oui, on a passé une journée là-bas, on est allés dans les bois avec un guide historien et on a passé la journée en ville.

Avec ce genre de visites, est-ce que vous avez touché un public différent, vu que les médias généraux se sont intéressé à vous ?

Oui, effectivement. Principalement parce que nous étions aussi présents. C’était un peu une histoire intéressante pour tout le monde : pourquoi un groupe de metal va là ? Pourquoi un groupe de metal fait ça ? Donc, c’était un peu différent que la majorité des magazines de rock habituels.

C’est aussi l’anniversaire de Sabaton cette année, vous atteignez 20 ans de carrière. Quelle est la première chose à laquelle vous avez pensé quand vous l’avez réalisé ?

On ne regarde pas souvent en arrière avec Sabaton et ce qu’on a fait, accompli etc. Mais de temps en temps, ça arrive. Mais pour nous, c’est comme si il n’y avait pas encore 20 ans d’écoulés et nous n’étions pas spécialement emballés de faire quelque chose de spécial. On aurait sorti l’album de toute façon et je suis sûr que nous aurions sorti la chaîne historique aussi. Mais « Bismarck », c’est l’histoire qui est liée à ça, avec l’idée d’offrir quelque chose aux fans pour leur 20 années de fidélité. Ce n’est pas quelque chose du passé, mais quelque chose pour le futur. Et c’était le sujet le plus attendu pour une chanson de Sabaton, sauf peut-être Star Wars. Enfin, c’est pour ça que nous avons fait cette chanson.

Finalement, comment tu imagines Sabaton avec 20 années de plus ?

Je l’imagine similaire à ce que nous sommes aujourd’hui, avec juste un peu plus d’expérience, je suppose et toujours en train de grandir !


J’en avais maintenant terminé avec mes questions, mais les promoteurs n’étaient plus en vue. Donc, nous avons commencé à discuter de choses et d’autres. Il s’est avéré, au cours de la discussion, que Pär n’est pas seulement un membre de Sabaton, il gère beaucoup d’autres aspects dans les coulisses du groupe, comme prendre part à la réalisation des clips, le management du groupe et l’organisation de son propre festival, le « Sabaton Open Air Festival ». Il s’intéresse aussi beaucoup aux nouveaux et jeunes groupes suédois et plus encore, il les aide à se développer en faisant leur promotion. Pour lui, c’est vraiment important que la scène continue de grandir et de se diversifier pour qu’elle perdure. C’était une conversation réellement intéressante qui apportait une vision différente de l’artiste qui, au-délà d’être musicien au sein d’un des plus grands groupes actuels, demeure un individu investi et passionné.

Pour en savoir plus sur Sabaton :


Live report du Fortarock 2019 @ Nimègue (NL)

Live report du Fortarock 2019 @ Nimègue (NL)

Pour la petite histoire, le Fortarock est un festival qui se déroule depuis dix ans à Nimègue, aux Pays-Bas. Et, bien que ses affiches soient relativement prestigieuses, cela reste un événement à taille humaine. Malgré une météo mitigée l’an dernier, l’expérience vécue là-bas était si positive que je me faisais une joie d’y retourner.

C’est donc très motivée que je suis entrée sur le site du festival le 1er juin dernier pour découvrir en live les Australiens de Ne Obliviscaris et leur metal progressif à tendance expérimentale. En effet, c’est très difficile de qualifier le style de ce groupe tant son univers est vaste. Mais une chose est sûre, ils parviennent à marier une multitude d’influences avec aisance et cohérence. Et, alors que l’on vient à peine d’arriver, le groupe nous emporte déjà dans une autre dimension. Superbe !

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Sans mauvais jeu de mots, le stoner lancinant de Monolord qui suit sur la seconde scène, sous tente, me semble monotone et ne me convainc pas. Je préfère le metalcore, somme toute très facile, des Américains d’Atreyu. Le show est super énergique et les refrains efficaces. Tout semble réglé au millimètre… Et pourtant ! J’apprends dans le photopit que c’est le batteur du groupe qui assure le chant aujourd’hui. Même si les fans l’ont forcément remarqué tout de suite, les novices n’y ont vu que du feu. Chapeau ! J’ai beaucoup aimé leur reprise du tube de Bon Jovi, « You Give Love A Bad Name », qui a fait chanter toute la plaine du festival.

On repart s’abriter du soleil brûlant maintenant pour écouter les Norvégiens d’Enslaved. J’avais déjà eu l’occasion de les voir par deux fois, mais n’avait jamais été réellement conquise. Le son est tellement bon aujourd’hui que l’on peut entendre toutes les subtilités de leur musique et la beauté qui se dégage des morceaux moins typés black. Le voyage astral est assuré, on plane complètement en parcourant la discographie nuancée du groupe.

On ne change pas tellement d’ambiance avec Myrkur qui investit la mainstage. Une fois n’est pas coutume, l’enchanteresse Amalie Bruun se produit en plein jour et, surprise, arbore fièrement son ventre rond. C’est l’occasion aussi d’enfin voir le visage des musiciens qui l’accompagnent. Même si la musique de Myrkur est plus propice à l’obscurité, le show ne manque pas de mysticisme et la voix de la chanteuse me donne toujours autant de frissons, qu’elle soit angélique ou démoniaque. Le moment est splendide.

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Je fais un passage éclair devant les Britanniques d’Uncle Acid And The Deadbeats. Je ne suis pas hyper fan de leur stoner / doom, mais j’ai surtout une interview avec Ne Obliviscaris. Heureusement que le site du festival n’est pas immense, cela me permet de retrouver rapidement le point presse. Je serre un peu les dents quand, en plein entretien, j’entends l’intro de « The Bee » retentir. En effet, je suis en train de manquer le début d’Amorphis… Ce n’est pas si grave, car j’ai largement eu l’occasion de les voir durant ces trois dernières années. Quoi qu’il en soit, je suis quand même heureuse d’assister ensuite à la moitié de leur set pour entendre des morceaux que j’adore, tels que « Silver Bride », « Wrong Direction » ou encore le célèbre et sublime « House Of Sleep » qui conclut cette belle prestation.

C’est à présent au tour de Cult Of Luna et le public semble conquis par leur doom varié et rythmé. Personnellement, cela ne me dérange pas, mais je ne suis pas transportée. Je partais un peu dans le même état d’esprit à l’approche du concert de Children Of Bodom, les ayant déjà vus trois fois sans y prendre réellement de plaisir. Mais ce soir, je trouve ça super ! Outre la bonne humeur apparente des musiciens et l’excellente ambiance qui émane du public, on entend absolument tous les instruments distinctement. Je n’en reviens pas ! Le choix de setlist était aussi judicieux, le groupe naviguant habilement entre ses hymnes, parmi lesquels on compte notamment « Are You Dead Yet », « In Your Face » ou encore « Downfall », et ses nouveaux morceaux issus de son dernier album, « Hexed », sorti en mars dernier.

Bloodbath a beau être une référence du death metal, je n’y connais rien et je ne sais vraiment pas à quoi m’attendre en voyant débarquer ces drôles de types ensanglantés. Pour la première fois de la journée, les lumières sont catastrophiques, la dominante est rouge et les fumigènes n’arrangent rien. Je râle un peu, mais au-delà de ça, j’en prends plein les oreilles. Quelle ambiance, quelle énergie ! Je ne suis pas certaine d’avoir tout compris, mais j’ai adoré cette prestation.

Ah Behemoth ! J’étais enthousiaste à l’idée de les shooter, ça faisait un bail. Malheureusement, le début du show des Polonais est sensiblement identique à tous ceux que j’ai vus depuis la sortie de « The Satanist ». Avec l’arrivée de « I Loved You At Your Darkest » l’an dernier, dont les morceaux constituaient d’ailleurs la majorité de la setlist, j’espérais autre chose visuellement parlant… J’ai donc été un peu déçue. Néanmoins, que l’on aime ou non leur black mainstream, on se doit de reconnaître le professionnalisme, l’énergie et la précision des musiciens. Cette dernière, sublimée par la qualité du son qui nous est offert. Enfin, mon dépit ne m’empêche pas de faire l’andouille sur certains hymnes du groupe, dont « Blow Your Trumpets Gabriel » ou encore « Chant For Ezkaton 2000 » et son riff infernal. Enfin, c’est sous une pluie de paillettes noires que Behemoth tire sa révérence et clôture la première partie de ce Fortarock.

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Enfin, pas tout à fait… Pour les plus téméraires, il reste la prestation d’un groupe nommé Ploegendienst, qui a l’air de jouer du hardcore. Cela, sur une troisième scène (« Hank’s Garage »), plus petite, que je n’ai pas encore évoquée. Et pour cause, si l’on veut assister entièrement aux concerts sous la marquee, il est impossible de visiter ce podium supplémentaire qui propose des groupes plus underground.

Contre toute attente, la nuit a été agréable et reposante, donc l’enthousiasme est toujours bien présent à l’abordage de ce deuxième jour de festivités qui commence avec les jeunes Anglais de Savage Messiah et leur heavy plutôt efficace.

Cette première prestation a pu sembler banale, mais c’est loin d’être le cas pour la deuxième… Alors que l’on s’attend à voir Allegaeon, ce sont les Américains de Car Bomb qui se présentent à nous avec un metal hyper complexe, destiné aux oreilles averties. Le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est original. Bien que le groupe n’était pas prévu, leur mathcore semble faire excellente impression. Pour ma part, si je n’avais pas été à jeun, j’aurais sûrement eu le mal de mer…

On s’évade ensuite au pays des licornes avec Gloryhammer et leur power metal transposé dans un univers complètement délirant. Avec son armure en cuir vert et son legging argenté, le chanteur ressemble à une grenouille de l’espace. Malgré sa dégaine, on est tout de même impressionnés par sa performance vocale de haut niveau.

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Changement radical après avec Decapitated dont le death metal acéré me fait l’effet d’une droite en pleine figure. Même si le groupe ne propose pas de mise en scène particulière, les musiciens sont captivants, le chanteur en tête. Quelle énergie ! Un gros coup de cœur pour ce groupe que je n’avais jamais écouté.

L’après-midi est superbe et je profite d’un moment sur l’herbe au détriment du stoner de Kadavar qui résonne au loin. Ce n’était pas plus mal de faire une pause avant le concert le plus glauque de tout l’univers donné par Batushka. La scène s’est transformée en église, il y a des dorures, des icônes et des bougies partout. Bougies, que le chanteur a pris le temps d’allumer une à une avant d’entamer sa litanie diabolique, planté derrière son pupitre devant lequel est posé une sorte de reliquaire contenant probablement des ossements. Et en parlant d’ossements, des crânes humains font également partie du décor. Ça sent l’encens, aussi. On aurait pu croire à un one man show, mais les musiciens sont simplement en retrait, fondus dans les tapisseries et les fumigènes avec leurs costumes de cardinaux. J’avais vu Batushka l’an dernier au Graspop et même si le show était particulier, il n’était pas aussi poussé. Ici, les Polonais sont à fond et j’ai un peu la mâchoire qui pendouille après leur set.

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L’ambiance s’allège tout de suite avec Symphony X qui ravit son public avec son prog speedé. Je préfère cependant la mélancolie de Katatonia jouant exclusivement son album « Night Is The New Day », sorti il y a dix ans. Mais ce que j’attends avec impatience aujourd’hui s’en vient enfin : Hammerfall ! Les Suédois se montrent en pleine forme et débitent tube sur tube, voyageant dans leur discographie, dans la joie et la bonne humeur : « Hammer High », « Renegade », « Blood Bound », « Any Means Necessary », « Last Man Standing », « Let The Hammer Fall » et « Hearts On Fire ». Aussi, le groupe propose un extrait de son nouvel album, « Dominion », à paraître en août : « (We Make) Sweden Rock ». Un moment de pur plaisir qui m’a semblé beaucoup trop court !

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Par contre, le passage d’Animals As Leaders me paraît, lui, interminable. Même si le trio exécute ses compos instrumentales complexes à souhait avec brio, l’absence de chant à tendance à m’ennuyer. Mais les amateurs du genre, eux, en prennent plein les yeux et les oreilles.

Soudain, un riff familier retentit au loin, c’est Amon Amarth qui déboule de son drakkar avec « The Pursuit Of Vikings » pour enflammer le public. Je ne suis pas spécialement fan de leur death teinté de folk, mais l’effet qu’ils ont sur la foule est impressionnant. Dans le photopit, j’entends les gens chanter en chœur derrière moi. Dans la foule, tout le monde saute et danse. L’amusement est au rendez-vous du début à la fin du set. Ce n’est pas la pluie qui s’abat sur nous en guise de final qui nous gâche le plaisir. Néanmoins, l’avis de tempête est donné et le site du festival est évacué, à peine les Suédois ayant quitté la scène du Fortarock qui se termine déjà.

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Que dire en guise de conclusion si ce n’est que ce festival était une fois de plus génial ? En effet, le Fortarock a beaucoup de qualités : le vaste parking est gratuit et se situe à peine à cinq minutes de marche du site, tout est facilement accessible sur ledit site sans avoir besoin de marcher des kilomètres pour atteindre l’une ou l’autre scène, les bars, la nourriture ou les toilettes. J’ai rarement entendu un son d’une telle qualité de manière générale sur un festival, les lumières étaient également globalement soignées. Une affiche variée, le personnel hyper accueillant et la météo splendide ont aussi contribué à l’excellent week-end passé là-bas. Néanmoins, s’il y a un aspect négatif à signaler, c’est sans doute le prix élevé des tickets boissons (pas loin des 3€), comme lors de nombreux événements. Enfin, même si d’un côté c’est super qu’il n’y ait pas d’attente entre les groupes, d’un autre c’est parfois sportif d’enchaîner concert sur concert. Hormis ces petits détails, le bilan est donc hyper positif et je suis repartie ravie ! On ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve, mais comme on dit : jamais deux sans trois… Alors, Fortarock, à l’année prochaine ?!


Forever Still

Maja de Forever Still parle de "Breathe In Colours"

Forever Still est un groupe danois que j’ai découvert il y a de cela deux ans. À cette époque, ils venaient de sortir leur premier album, « Tied Down », et tournaient avec Children Of Bodom. Cet album fait partie de mes favoris, donc j’étais vraiment contente et curieuse de découvrir leur tout nouvel effort « Breathe In Colours ». Ainsi, quelques jours avant cette sortie, j’ai eu la chance de pouvoir discuter avec Maja Shining, la gentille chanteuse du groupe, pour en savoir un peu plus….


Quand on s’est rencontrées la première fois, c’était en 2017 et Forever Still tournait avec Children Of Bodom. Quels souvenirs gardes-tu de cette expérience ?

Oh c’était vraiment une superbe tournée ! C’était génial de pouvoir tourner avec « Tied Down » partout en Europe et en particulier avec Children Of Bodom. Cette partie de la tournée nous a permis de voyager dans de plus petites villes où beaucoup de gens nous ont dit être vraiment heureux de voir des groupes qu’ils adorent, parce qu’ils n’en avaient pas souvent l’occasion. C’était super et je suis impatiente de faire d’autres tournées dans le même genre. J’espère que cela arrivera en 2020 !


Est-ce que cette tournée a changé quelque chose pour le groupe ?

Bien sûr… Je pense que chaque tournée nous rapproche de beaucoup de nouvelles personnes. Il ne s’est rien passé de vraiment particulier, mais chaque tournée nous permet de rencontrer de nouvelles personnes, dont des gens avec qui nous discutions en ligne depuis des années et c’est une expérience vraiment cool. Aussi, en général, ça aide à faire connaître le groupe.


Que s’est-il passé pendant les deux années précédant cette nouvelle sortie ?

Quand on a fini de tourner avec « Tied Down », on s’est tout doucement remis à l’écriture, ensuite il y a eu la saison des festivals. Après ça, on a décidé qu’il était temps de se poser et de se concentrer à fond sur l’écriture et le bouclage de notre nouvel album. C’est à ça que l’on a passé beaucoup de temps et je pense que l’on a tout terminé à la fin de l’été 2018. Mais cela a pris un peu de temps pour le faire passer dans le grand système de Nuclear Blast. Bien sûr, ils voulaient s’assurer que l’on puisse le sortir au meilleur moment possible. Donc oui, on a dû attendre le printemps pour le voir sortir, mais nous sommes vraiment excités à l’idée que les gens puissent enfin l’entendre !


Ce que j’avais vraiment apprécié chez Forever Still, quand on a discuté la première fois, c’était tout l’aspect DIY de votre projet. Est-ce que vous avez travaillé dans le même esprit pour ce nouvel album ?

Définitivement, pour beaucoup d’aspects ! On compose, enregistre, mixe et masterise tout nous-mêmes et on a fait notre artwork. Je pense que « Tied Down » était plus un album introspectif, donc on voulait vraiment tout faire nous-mêmes. Maintenant, « Breathe In Colours » est plus extraverti, tourné vers le monde et en ce sens, c’était l’occasion de commencer à travailler avec d’autres personnes. On a vraiment trouvé de super personnes avec qui travailler, notamment sur les clips, mais on a quand même tout supervisé, parce qu’on savait vraiment ce qu’on voulait. C’était vraiment chouette de partager cette fibre créative avec d’autres personnes expertes dans leur domaine. C’est comme ça que l’on a rencontré Tim Tronckoe. On avait beaucoup d’idées, de thèmes, d’ambiances pour nos images et il nous a dit qu’il adorait ça, quand un groupe l’abordait avec un concept qu’il peut s’approprier. On a adoré ses résultats ! C’était vraiment bien pour nous, particulièrement pour les photos, parce que c’est vraiment chiant parfois d’être à la fois devant et derrière l’appareil photo !


Justement, Tim Tronckoe est un photographe belge. Comment l’avez-vous rencontré ?

C’est quelqu’un que l’on connaissait déjà online. Il a fait tellement de superbes images et on aime vraiment beaucoup son style. Donc, on a décidé de travailler avec lui cette fois. Nous avons partagé nos idées, il a adoré et savait comment obtenir l’ambiance qu’on voulait. On l’a fait venir au Danemark, dans un lieu qu’on a trouvé et beaucoup de photos cool sont sorties de cette rencontre.


À propos du nouvel album maintenant, qu’est-ce que tu veux dire par « Breathe In Colours » ? Ce titre a l’air à la fois poétique et conceptuel…

Eh bien, j’ai l’impression que pour l’expliquer, il faut parler de tout le concept de cet album, ce qui équivalait pour nous à nous inspirer du monde tel qu’il est aujourd’hui, quand on regarde les nouvelles, etc. Tout a l’air sombre, gris, morne, avec le climat qui va mal. Il y a aussi beaucoup de corruption dans des endroits importants, comme le gouvernement. Et tout ça, transmis par les médias, génère énormément de peur et tout semble terrifiant et sombre. « Breathe In Colours » est fait pour rappeler de regarder le monde différemment et trouver toutes ces couleurs qui sont bel et bien là, même quand tout a l’air sombre. Quand tu les trouves et quand tu les respires, tu dois les garder à l’intérieur. C’est comme ça qu’on arrive à changer sa vision de la vie, en cherchant en soi.


Donc, vous avez une sorte de message à faire passer avec cet album…

Oui, c’est certain ! Le grand message est que quand tout semble majoritairement gris, ce ne l’est pas seulement, il y a tellement d’autres couleurs à trouver. Mais parfois, on doit travailler un peu pour les trouver. On connait beaucoup de gens qui devraient travailler ensemble, sortir et expérimenter le monde au lieu de seulement le voir à travers les médias qui décrivent tout ce qui est différent comme quelque chose de dangereux et de terrifiant. Au lieu de cela, tu devrais juste sortir et vivre dans le monde réel et pas seulement vivre dans le monde digital.


À propos de la musique, maintenant. J’étais tombée amoureuse de votre premier album, « Tied Down », principalement grâce à ta voix et tes textes… Donc, j’étais vraiment curieuse d’entendre ce nouvel album et quelle surprise ! J’ai l’impression que votre musique a vraiment évolué, elle est plus puissante et plus expérimentale aussi. Qu’en penses-tu ?

Je suis d’accord et je suis ravie que tu penses cela. C’est très difficile, parce que beaucoup de gens ont dit aimer notre premier album et je ne sais pas vraiment ce qui va se passer maintenant et si je vais être à la hauteur. Mais jusqu’à présent, tout le monde semble plus que positif concernant ce nouvel album. Je pense que tu as raison, il est beaucoup plus expérimental et je pense qu’on se cherchait encore sur notre premier album. Je veux dire qu’il faut bien commencer quelque part… Je pense que sur celui-ci, nous avons expérimenté davantage pour chercher et découvrir notre son. On s’est montrés plus curieux aussi et je pense que beaucoup de nos inspirations extérieures se sont un peu invitées. Parce que l’on écoute tellement de musiques différentes et sur cet album, j’ai l’impression d’entendre plus d’influences post rock. Il y a aussi pas mal de moments électro et quelques riffs inspiré du djent. Ce sont beaucoup de choses différentes rassemblées pour en former une autre.


En parlant des variations dans votre musique : dans la vidéo qui est sortie pour « Rewind », on peut te voir utiliser un thérémine, ce qui est assez particulier et surprenant. Pourquoi avoir choisi cet instrument plutôt qu’un clavier, par exemple ? Aussi, comment l’as-tu découvert ?

Oui, c’est un instrument tellement bizarre et je pense que c’est ce qui nous a réellement intrigués. En fait, on a décidé de ce thème dystopique pour l’album qui donne cette vision très ancrée du futur, pas spécialement brillant et idéalisé. Et pour essayer de représenter cela en son, on a pensé au thérémine. C’était une suggestion de Mikkel et en fait, cela faisait des années que je regardais des vidéos de thérémine sur YouTube, parce que cet instrument bizarre me fascine. On a opté pour cet instrument qui n’est pas toujours très net et aussi stable qu’on clavier ou un synthétiseur. Tu sais, c’est très irrégulier comme instrument et très difficile à contrôler. Ça sonne un peu cassé et c’est ce que j’aime avec ça. On l’a utilisé avec des effets très hasardeux qui ont donné ces sons électroniques bizarres. Tout ça nous a aidés à obtenir le son qu’on voulait pour l’album et il reste dans l’ambiance dystopique du thème choisi.


Est-ce que vous allez l’utiliser en live ou non ?

Oh on adorerait ! Je pense que ce serait vraiment amusant de l’amener sur scène. Le problème avec ça, c’est que c’est très sensible aux sons extérieurs… Si quelqu’un s’en approche de trop, ça va commencer à grésiller. Mais on essaie de trouver un moyen de l’amener sur scène, ce serait tellement bien !


Au fait, comment qualifieriez-vous votre musique aujourd’hui ?

C’est toujours difficile. J’ai l’impression qu’on a toujours eu du mal avec ça ! Tu sais, on n’a jamais été un groupe d’une seule note, donc… Quelqu’un m’a demandé quelle chanson nous représentait le mieux sur cet album. Et je ne sais pas ! Parce que ce sont des chansons tellement différentes et j’ai l’impression que si les gens écoutent les trois singles qui sont sortis, ils auront une assez bonne idée de la variation qui parcourt cet album. Je pense que l’on se sent comme un groupe de rock moderne, mais les gens nous qualifient de metal moderne ou encore de hard rock mélodique… Je prends tout. Je pense que ça nous correspond, du fait de la variété qui se trouve sur l’album.


D’un autre côté, j’ai été très impressionnée par ta voix parce que tu utilises aussi beaucoup de variations, de types de chants différents. J’ai particulièrement aimé les screams, très originaux et pleins d’émotions. Comment tu expliques ça ?

Beaucoup de ces sons un peu râpeux que je mets sur ma voix, c’est quelque chose que j’ai commencé à expérimenter en live sur les chansons du premier album, quand on a tourné avec Lacuna Coil en 2016. Ça procure tellement d’énergie de faire les chansons en live que ces sons ont commencé à sortir comme ça. En m’en rendant compte, je me suis dit que j’aurais dû faire ça sur « Tied Down », donc c’était assez naturel de le faire sur le nouvel album.


Voici une question que la plupart des artistes détestent, mais as-tu une chanson préférée sur « Breathe In Colours » ?

Non ! Particulièrement quand il s’agit d’un tout nouvel album, c’est pratiquement impossible ! Mais honnêtement, je pense que plus tard j’en aurais une. Maintenant, chaque chanson que nous avons choisie pour l’album nous semblait être la meilleure chanson possible. Les chansons qui ne figurent pas sur l’album nous semblaient incomplètes ou pas assez puissantes. Je pense que chaque chanson de l’album peut fonctionner à part entière, on n’a pas juste sorti trois singles avec d’autres chansons pour boucher les trous. J’étais assez excitée de sortir le titre principal, « Breathe In Colours », juste parce qu’il est plein de variation et tu peux y entendre des ambiances vraiment différentes. Pour moi, c’est définitivement l’une des chansons les plus intéressantes à écouter !


Peut-être que j’aurais dû commencer avec cette question, mais comment te sens-tu à quelques jours de la sortie de l’album ?

Je n’y pense pas tellement. Tu sais, on reste occupés, on travaille sur beaucoup de choses, on travaille encore sur d’autres vidéos et trailers pour l’album, on répond aussi à beaucoup d’interviews. Donc, nous sommes très concentrés sur l’album. En fait, je suis beaucoup plus impatiente que nerveuse, parce qu’on a mis beaucoup de cœur et d’énergie sur cet album et nous n’avons fait aucun compromis, nous n’avons pas essayé de plaire à qui que ce soit, juste à nous-mêmes. Ce que nous sortons, nous sommes à 110% derrière. Je sais que ce ne sera pas la tasse de thé de tout le monde, mais je peux gérer ça. Ça ne me hante pas de savoir que tout le monde ne va pas aimer notre musique.


Avez-vous des plans après la sortie ?

Oh absolument ! Nous sommes en train de planifier nos tournées pour 2019 et aussi pour 2020. Je pense que c’est rassurant de dire que nous allons passer par beaucoup de villes européennes avec ce nouvel album. Nous annoncerons tout ça sur foreverstill.dk dès que ce sera officiel. Pour l’instant, c’est en cours, mais ça arrive !


Avons-nous une chance de vous voir en Belgique cette année ?

Oui, il y a définitivement une chance ! Pour l’instant, on s’organise, donc je ne peux pas dire exactement par quelles villes on passera, mais on va essayer de faire un maximum de dates et on ne veut pas manquer la Belgique.


Je ne sais pas si vous êtes déjà venus ici…

Oui, on est venus ! Je ne sais plus très bien, parce que parfois je mélange les différentes tournées, mais oui, on est venus en Belgique, au Biebob. Je pense que c’était avec Lacuna Coil.


J’en ai terminé avec mes questions, donc est-ce que tu as quelques mots pour nos lecteurs pour terminer cette interview ?

Juste que j’espère vraiment que l’on va pouvoir voir beaucoup d’entre vous en tournée, parce que cet album était vraiment écrit pour être joué et vécu en live. Cela amène une toute nouvelle énergie aux morceaux de l’album, donc on est vraiment impatients de venir vous voir et de partager ça avec vous !


Vous voulez en savoir plus sur Forever Still ?


Infected Rain @ De Verlichte Geest

Infected Rain @ De Verlichte Geest

Nom : Infected Rain + Dust In Mind + Klogr + Moebius
Date : 20.03.2019
Lieu : De Verlichte Geest

Je n’avais plus mis les pieds au Verlichte Geest depuis avril 2017. Autant dire que j’ai eu le temps d’oublier à quel point la route est longue depuis Charleroi pour y arriver ! Une fois sur place, nous avons à peine le temps de boire un verre que les Italiens de Moebius prennent place sur la petite scène du célèbre café-concert… À l’exception du chanteur qui restera au niveau du commun des mortels tout au long de la performance. Il aura d’ailleurs tendance à me filer le mal de mer à tourner en rond du début à la fin du court set. Musicalement, c’est sympa, mais pas hyper accessible. En effet, le groupe évolue dans un registre djent donnant lieu à des compos assez alambiquées qui appellent à la concentration plutôt qu’au lâcher prise. Pour ma part, leur temps de jeu est trop court pour que la mayonnaise prenne, mais le moment reste tout de même agréable.

Une petite pause et on explore un tout autre registre avec d’autres Italiens, ceux de Klogr. J’adore ! Mais c’est très difficile de caser leur musique dans un genre en particulier. Une sorte de stoner métallisé ? Avec leurs titres groovy à souhait, il semble que le groupe tend à sensibiliser le public à la sauvegarde de la planète, comme en témoignent les interventions du chanteur entre les morceaux, ainsi que le single « Something’s In The Air », issu de leur dernier album « Keystone », que je vous invite à aller écouter.

Après cette chouette prestation qui aura commencé à réchauffer un public qui s’agrandit de minute en minute, nous accueillons maintenant les Français de Dust In Mind qui semblent très attendus. De fait, la rumeur laisse entendre que beaucoup de gens sont venus pour eux plutôt que pour les « stars » moldaves. Il faut dire que depuis la formation du groupe en 2013, nous n’avons pas souvent eu l’occasion de les voir en Belgique. Pourquoi n’ai-je pas entendu parler de ce groupe avant ce soir ? C’est un mystère, mais l’erreur est maintenant réparée !

Dès le premier morceau, Dust In Mind nous embarque dans un univers parallèle. Les musiciens s’éclatent sur scène et dégagent tellement d’énergie positive qu’on ne peut que se laisser aller avec eux. Aussi, leurs refrains s’impriment rapidement, ce qui nous permet de les accompagner en chœur. Je pense notamment à un de leurs derniers morceaux intitulé « This Is The End », qui résonne encore dans ma tête au moment où j’écris ces lignes. Pour l’anecdote, avec son metal teinté d’électro et un duo de chanteur féminin / masculin, Dust In Mind me fait énormément penser à Lacuna Coil, le côté dark/ambiant en moins. Bref, le moment passé en leur compagnie est plus que plaisant et constitue une excellente découverte !

Comme le temps passe vite ! Le moment est déjà venu de retrouver la tête d’affiche de la soirée, celle pour laquelle nous avons fait tant de kilomètres en pleine semaine, alors que nous l’avons déjà vue et revue : Infected Rain, bien sûr ! Je ne m’explique pas ce phénomène, mais à chaque fois que ce groupe apparaît, c’est la folie. Il faut dire que les musiciens sont excellents sur scène, ils arrivent à installer un climat tropical dans la salle en même pas trois morceaux. Sans parler de la présence de Lena, la chanteuse haute en couleurs, dont il est très difficile de détacher le regard tant elle est captivante. Une heure durant, le groupe enchaîne ses tubes, dont beaucoup sont extraits de l’album « 86 » : « Mold », « Serendipity », « Orphan Soul », « Freaky Carnival » etc. Nous avons également le plaisir de découvrir deux nouveaux titres : « Passerby » et « The Earth Mantra » que l’on retrouvera sans doute sur le prochain album du groupe qui, soit dit en passant, sortira via Napalm Records.

Le grand absent de la soirée sera tout de même l’inénarrable « Me Against You », qui doit pourtant être le plus grand succès du groupe avec ses presque trois millions de vues sur YouTube. Cela constitue une petite déception pour ma part, même si dans l’ensemble le show d’Infected Rain était irréprochable.

À peine sortis de scène, les musiciens filent tout droit vers leur table de merch pour partager un moment avec les fans, comme après chaque concert. Une manière agréable de terminer la soirée. Sauf pour certains spécimens inconscients (je ne dirai pas qui) qui ont prolongé la fête jusqu’aux petites heures du matin…

Enfin, on devine dès lors que le bilan de cette soirée est très positif ! Outre les découvertes musicales qui rendent ce genre de soirées vraiment intéressantes de manière générale, c’était aussi une soirée riche sur le plan humain avec pas mal de nouvelles rencontres.